Hospitalisations: quand la COVID-19 est un diagnostic secondaire

À l’Hôpital général juif, mercredi, 23 patients sur les 73 infectés étaient hospitalisés pour cause de COVID-19, d’après la présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Francine Dupuis.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir À l’Hôpital général juif, mercredi, 23 patients sur les 73 infectés étaient hospitalisés pour cause de COVID-19, d’après la présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Francine Dupuis.

Le nombre d’hospitalisations de patients atteints de la COVID-19 frôle des sommets au Québec. Quelque 1750 Québécois infectés par le virus sont hospitalisés, soit 116 de moins qu’au pire de la pandémie, lors de la première vague. Mais combien parmi eux se retrouvent à l’hôpital pour la COVID-19 et non pour un autre problème de santé ? Entre 30 % et 50 %, selon des données obtenues par Le Devoir.

À l’Hôpital général juif, mercredi, 23 patients sur les 73 infectés étaient hospitalisés pour cause de COVID-19, d’après la présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Francine Dupuis. Ce qui représente 32 % des cas. « Les autres ont aussi la COVID-19, mais il s’agit d’un diagnostic secondaire », précise-t-elle.

Au CISSS de Laval, on estime que 50 % des patients positifs hospitalisés à la Cité-de-la-Santé le sont en raison de la COVID-19. « Pour les soins intensifs, c’est 100 % », précise toutefois la porte-parole du CISSS, Judith Goudreau.

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, lui, indique qu’en date de mardi, 19 patients sur les 62 infectés ont été admis pour la COVID-19, soit 31 %. L’établissement dit toutefois ignorer le diagnostic d’admission pour 11 autres cas potentiels.

Dans les hôpitaux pédiatriques, les jeunes patients admis pour des complications liées à la COVID-19 demeurent rares. « Aujourd’hui [mercredi], sur nos 20 patients infectés, il y en a peut-être trois ou quatre qui sont malades de la COVID-19, dit le Dr Marc Girard, directeur des services professionnels au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine. Les 16 autres, ils ont une autre affection. Ils sont hospitalisés parce qu’ils ont une appendicite, parce qu’ils ont un mal de ventre, une maladie chronique. »

Qu’en est-il de la situation à l’échelle du Québec ? Le variant Omicron frappe-t-il moins fort ? Le ministère de la Santé et des Services sociaux dit « travailler » à déterminer la proportion exacte des patients qui sont hospitalisés pour cause de COVID-19 au Québec.

En point de presse mercredi, le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, a avancé qu’« au moins 30 à 40 % des patients » hospitalisés et atteints de la COVID-19 n’avaient pas été admis pour traiter cette maladie. C’est donc dire que 60 % à 70 % le seraient.

Certaines études montrent que le risque d’hospitalisation est « moins fort avec Omicron qu’avec Delta », d’après le Dr Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec. « La robustesse des preuves devient meilleure, observe-t-il. On peut assez bien dire que oui, l’Omicron entraîne moins d’hospitalisations par 1000 cas que le Delta. »

Selon une étude menée au Royaume-Uni, le variant Omicron entraîne entre 25 % et 40 % moins d’hospitalisations que le Delta, indique la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au CHUM. « Mais étant donné que le nombre absolu de cas est tellement plus élevé, le nombre absolu d’hospitalisations est énorme, comme en témoignent les chiffres actuels », dit-elle.

Plus longtemps à l’hôpital

Que les patients infectés soient hospitalisés pour la COVID-19 ou non « ne change rien » à la réalité sur le terrain, estime le Dr Hoang Duong, président de l’Association des spécialistes en médecine interne du Québec. Les malades porteurs du virus restent aussi plus longtemps à l’hôpital, signale-t-il.

« Tous les traitements sont plus compliqués à administrer, explique le Dr Duong. S’il faut transférer le patient au service de radiologie pour qu’il passe une radiographie, c’est plus long. S’il faut qu’un physiothérapeute vienne lui prodiguer des soins en physiothérapie, des fois c’est plus long, des fois c’est carrément impossible à cause de l’isolement. Donc, ça veut dire que le patient va devoir rester quelques jours de plus que s’il n’était pas COVID positif. »

Cette prolongation des séjours se répercute sur les urgences. « Les patients qui attendent un lit à l’urgence ne peuvent pas monter à l’étage, et ça explique en partie pourquoi les urgences depuis quelques jours sont vraiment bondées un peu partout dans les hôpitaux du Québec », poursuit le Dr Duong.

Face à la montée en flèche des hospitalisations, les hôpitaux doivent réaménager leurs unités froides et chaudes. Certains centres en sont rendus à mettre en place un « nouveau modèle », où des patients positifs asymptomatiques se retrouvent sur le même étage que des patients négatifs, d’après le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec.

« Les patients qui ont des symptômes et qui ont besoin d’être hospitalisés, on les garde dans une unité COVID-19, explique-t-il. Mais tous les autres patients, on commence à les “cohorter” sur des unités normales. »

Il cite en exemple le cas d’un patient positif, sans symptômes et « avec de l’eau sur les poumons à cause du cœur » qui sera admis en cardiologie. L’unité est alors divisée en deux. « Mettons qu’on a 18 lits, les six du bout, on les met en COVID », dit le Dr Boucher. Les soignants portent les « mêmes protections » que dans les unités chaudes, comme le masque N95, assure-t-il. « C’est sûr que c’est pas un modèle idéal, convient le Dr Boucher. Mais il faut comprendre, on est rendus au plan C. »

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