Des soignants malades forcés de travailler dans Chaudière-Appalaches

Le port des masques N-95 pour les soignants infectés ainsi que pour les gens de toute leur équipe est obligatoire.
Photo: Archives Associated Press Le port des masques N-95 pour les soignants infectés ainsi que pour les gens de toute leur équipe est obligatoire.

La pression monte dans les hôpitaux du Québec. Le nombre d’hospitalisations de patients atteints de la COVID-19 ne cesse d’augmenter. Les soignants infectés par le virus se multiplient. Pour maintenir les services et éviter de reporter davantage d’interventions chirurgicales, beaucoup d’établissements de santé exigent le retour au travail d’employés infectés, mais asymptomatiques.

C’est le cas du CISSS de Chaudière-Appalaches, région où les hospitalisations de patients souffrant de la COVID-19 sont en hausse constante. Selon le CISSS, en date de mardi, 79 personnes atteintes de la maladie étaient hospitalisées en soins ordinaires ; 12, aux soins intensifs ; 1, dans l’unité mère-enfant ; et 6, dans les unités de soins psychiatriques. Il s’agit d’une augmentation de 11 par rapport à la veille.

« À l’hôpital de Saint-Georges, il y a vraiment beaucoup d’hospitalisations COVID par rapport au nombre d’habitants du territoire », indique Mireille Gaudreau, porte-parole du CISSS. Le centre hospitalier, situé en Beauce, compte en effet 33 patients souffrant de la COVID-19, soit à peine 6 de moins que l’Hôtel-Dieu de Lévis.

La cinquième vague frappe aussi durement les soignants. Dans les quatre hôpitaux de Chaudière-Appalaches, 778 employés ont été retirés du travail, dont 584 ayant reçu un diagnostic de COVID-19. Parmi eux, 14 employés positifs, mais asymptomatiques ont dû reprendre du collier. Le CISSS assure qu’avant d’en arriver à cette décision, il a envisagé les autres options — retour de travailleurs en vacances, déplacement de personnel d’une unité à l’autre et heures supplémentaires obligatoires —, « mais malheureusement sans succès ».

« Ces employés COVID positifs asymptomatiques sont ramenés au travail avec certaines conditions, notamment le port de masques N95 pour eux et pour les gens de toute leur équipe, question de bien protéger les autres travailleurs, mais aussi les usagers », souligne Mireille Gaudreau.

Situation critique en Estrie

La situation est aussi critique en Estrie. Le Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) fait face à de nombreuses éclosions — Radio-Canada en rapportait une trentaine lundi, une information que le CIUSSS de l’Estrie disait ne pas être en mesure de confirmer mardi.

Chose certaine, l’absence de nombreux travailleurs et l’augmentation des hospitalisations font mal. L’hôpital Fleurimont et l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke — les deux sites du CHUS — dénombraient mardi 100 hospitalisations en lien avec la COVID-19, plus précisément 83 en lits ordinaires et 17 aux soins intensifs. Près de 1300 employés sont absents.

« Nous déployons tous les efforts possibles afin de les ramener au travail en vertu de la directive ministérielle nous autorisant à rappeler au travail les employés asymptomatiques après 7 jours d’isolement plutôt que 10, dit Julie Drouin, porte-parole du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Comme nous devons notamment apparier ces personnes avec les besoins sur le terrain et que, surtout, nous devons assurer la sécurité de tous dans ce contexte, les retours se font au compte-goutte. »

En date du 30 décembre, une vingtaine d’employés infectés asymptomatiques étaient revenus au travail à la demande de l’employeur, selon Sophie Séguin, présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (affilié à la FIQ).

Le Dr Jean-François Joncas, orthopédiste au CHUS, estime qu’il est « possible » que l’hôpital de Fleurimont passe très prochainement au niveau d’alerte 4 en matière de délestage. « De l’autre côté [à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke], ça pourrait peut-être prendre 24-48 heures [de plus] avant que ce soit le cas, juge-t-il. On est sur le qui-vive. Je pense qu’on va vivre le restant de la semaine avec cette possibilité. »

Si cette mesure était mise en place, les patients en attente d’une opération du genou ou de la hanche seraient les premiers touchés, se désole le Dr Joncas, président de l’Association d’orthopédie du Québec. « À ce moment-là [au niveau d’alerte 4], on diminue presque à zéro le nombre d’opérations non urgentes », précise-t-il.

Le personnel en orthopédie doit alors être réaffecté dans des unités où il manque d’employés. « C’est un retour à la case départ, une impression de déjà-vu, déplore le Dr Joncas. Il y a des gens qui mettent en doute l’efficacité du vaccin, mais pendant ce temps, ceux qui attendent une intervention qui améliorera leur qualité de vie sont directement touchés par un groupe de gens qui pensent peut-être un peu trop à eux plutôt qu’aux autres. »

Ailleurs au Québec

D’autres hôpitaux sont sous tension. Le CISSS de Laval signale avoir « passé le stade 3 » en ce qui concerne les mesures de délestage. « Nous sommes rendus à appliquer des mesures de l’arrêté ministériel », dit sa porte-parole, Judith Goudreau. Des employés ayant un poste à temps partiel sont contraints de travailler à temps complet. Le CISSS a aussi ramené au travail 77 employés atteints de la COVID-19, mais asymptomatiques, en vertu des nouvelles règles en vigueur.

Le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, lui, garde le cap sur le maintien de 50 % des activités chirurgicales dans ses hôpitaux, malgré la hausse des hospitalisations et les éclosions dans ses installations. « On veut vraiment maintenir les services requis au niveau 3 », a répondu en point de presse son président-directeur général, Carol Fillion.

Des services pourraient toutefois être regroupés au sein d’un seul site, a-t-il ajouté. « Par exemple, des services de néonatalogie pourraient être concentrés dans certaines installations. Ça demande une plus grande distance pour obtenir le service, mais ça garantit quand même l’accessibilité pour l’ensemble de la population. »

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