Des centaines de tests COVID bloqués dans des frigos

L’instrument de diagnostic moléculaire qui fait défaut au laboratoire de l’hôpital de Verdun est un M2000.
Photo: Karen Ducey Getty Images Agence France-Presse L’instrument de diagnostic moléculaire qui fait défaut au laboratoire de l’hôpital de Verdun est un M2000.

En pleine explosion du nombre de cas et d’hospitalisations de COVID-19, plus de 700 tests s’accumulent depuis jeudi dernier au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal (CCSMTL) après le bris d’une machine de dépistage. Le personnel médical estime que le laboratoire « ne tient qu’à un fil », mettant en péril la santé des patients et des employés.

Des centaines de tests s’accumulent dans les frigos depuis qu’une des machines servant à effectuer les tests PCR est tombée en panne à l’Hôpital de Verdun. La situation est critique à ce laboratoire, qui est également chargé de l’analyse des tests de l’Hôpital Notre-Dame et des CHSLD du secteur Sud-Ouest/Verdun (SOV).

« On ne va même pas avoir fini les tests du 31 décembre en date du 3 janvier. Ce ne sont pas des tests COVID dans la communauté ou de gens qui ont un rhume qu’on dépiste. Ce sont des patients d’hôpitaux et de CHSLD, des personnes très vulnérables. Comme hier, on nous a envoyé des spécimens qui n’ont pas encore été passés dans la machine. Est-ce que l’information que je sors 3 jours plus tard est pertinente, surtout s’il s’agit d’une éclosion ? », interroge, découragée, une employée du laboratoire de Verdun.

« Le labo ne fonctionne plus que par un fil. On a deux vieilles machines qui brisent chaque semaine. Des dizaines de représentations ont été faites par nos microbiologistes pour les remplacer, mais on se bute toujours à une fin de non-recevoir », indique un cadre de l’hôpital de Verdun qui a accepté de se confier au Devoir de manière confidentielle, tout comme tous les autres employés ayant témoigné, puisqu’il leur ait interdit de parler aux médias.

« On a demandé au CHUM de faire nos tests pendant que notre machine est brisée et la réponse a été non parce qu’eux aussi ont un backlog. Nos tests s’accumulent mais rien ne se passe », précise-t-il.

Le CCSMTL n’a pas souhaité commenter la situation au laboratoire de l’Hôpital de Verdun, renvoyant la balle à Optilab-CHUM qui gère tous les laboratoires de la grappe CHUM, dont celui de Verdun. Le CHUM a indiqué que l’appareil défectueux sera réparé au courant de la semaine.

Une priorisation constante des patients

Les problèmes de dépistage de la COVID-19 du laboratoire de Verdun forcent le personnel des urgences à se tourner vers des solutions d’appoint comme l’utilisation d’une machine qui ne traite que 7 tests à la fois en 1 h 30.

« Actuellement, ça fonctionne à bout de bras avec la machine rapide pour prioriser les patients qu’on veut monter aux étages, qu’on veut faire entrer aux soins intensifs, ceux qui doivent avoir une chirurgie. Ça a aussi un impact sur le personnel qui doit se faire tester », indique un cadre du CIUSSS qui précise également que les patients en consultation ambulatoire doivent attendre jusqu’à 5 jours leurs résultats.

« La procédure au bloc opératoire est très différente quand il s’agit d’un patient COVID positif. On double la durée de l’opération », explique quant à lui un médecin de l’urgence de l’Hôpital de Verdun.

Le médecin souligne également l’importance de tester tous les patients qui sont admis à l’hôpital dans un délai raisonnable afin d’éviter de possibles éclosions.

« Je dois impérativement tester un patient pour l’envoyer aux soins intensifs pour une crise cardiaque. Si je l’envoie dans un lit froid [zone sans COVID] et qu’on reçoit son test positif plus tard, c’est plein de gens qu’on vient de contaminer », lance-t-il.

La situation au laboratoire de l’hôpital de Verdun empêche aussi depuis le 31 décembre de réaliser d’autres types de tests.

« Notre labo ne fait rien d’autre en ce moment. Habituellement, quand un patient est admis à l’hôpital, on ne fait pas juste des tests pour la COVID. On vous teste pour savoir si vous n’avez pas de bactérie résistante, comme le fameux SARM. À Verdun, on ne le fait plus. On n’a plus la capacité de faire les deux. C’est une gestion de risque », indique un cadre de l’hôpital.

Des machines obsolètes

L’instrument de diagnostic moléculaire qui fait défaut au laboratoire de l’hôpital de Verdun est un M2000. Il a été acquis par l’hôpital il y a plus d’une dizaine d’années, avant d’être géré par Optilab-CHUM suite à la réforme du système de santé.

« C’est une vieille machine qui n’est pas faite pour rouler continuellement à travers une pandémie. Quand la COVID-19 a commencé, elle arrivait déjà à la fin de sa vie technique. On a demandé un autre appareil mais ils nous ont acheté la même cochonnerie. Ils n’en font même plus de ces appareils. Elles brisent constamment, chacune leur tour », indique découragé un employé du laboratoire. « Ce dernier fonctionne bien, une seule réparation est répertoriée jusqu’à présent », a tenu à préciser Optilab — CHUM.

Même si elle fonctionne à plein régime, 24h/24h, la M2000 ne fournit que 360 tests par jour et prend plus de 7 heures pour obtenir un résultat.

Fin 2020, alors que son équipement tombe en panne, le laboratoire de l’Hôpital de Verdun a ainsi demandé à Optilab-CHUM de le remplacer par une nouvelle génération de machine, plus performante. « Il y avait des machines Alinity disponibles au Québec. On en avait demandé une mais cela nous a été refusé. La grappe Optilab de la Montérégie les a tous achetés pour fournir leurs hôpitaux. C’est beaucoup plus moderne, on peut constamment le remplir de tubes. Ils donnent les résultats en 1 h 30. Pourquoi on ne l’a pas eu ? Bonne question ! On n’est pas loin d’être le plus gros CIUSSS au Québec pourtant », déplore-t-il.

Optilab-CHUM a fait savoir au Devoir que « cette décision relève du Ministère de la santé et des services sociaux. Les trousses de dépistage COVID sur les appareils de nouvelle génération d’Abbott n’étaient pas encore disponibles au moment de la demande de remplacement », selon lui.

Le laboratoire de Verdun avait aussi à sa disposition avant même le début de la pandémie deux dispositifs de test individuel donnant le résultat en 15 minutes. Mais c’est seulement cette semaine qu’il a reçu l’autorisation de pouvoir enfin les utiliser pour le dépistage de la COVID-19 selon nos sources.

« Il a été proposé d’en avoir une aux urgences. C’est fait pour ça. Mais ce n’est pas encore le cas… », indique un employé du laboratoire.

« Ce qui est dommage, c’est qu’en pleine pandémie, le laboratoire aurait la capacité de traiter un grand nombre de tests s’il était équipé adéquatement », lance quant à lui un cadre de l’hôpital. « Au lieu de ça, on est en train de patiner en pleine pandémie ! », déplore une employée du laboratoire.

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