Vers une endémie au nord de Toronto

Relativement épargné depuis mars 2020, le centre-ville de Toronto est désormais l’épicentre de cette cinquième vague.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Relativement épargné depuis mars 2020, le centre-ville de Toronto est désormais l’épicentre de cette cinquième vague.

La région de Peel, au nord-ouest de Toronto, était l’une des régions du pays les plus décimées par la COVID-19 lors des trois premières vagues, mais son médecin hygiéniste et des infectiologues ontariens avancent maintenant que la région s’approche de la phase endémique. L’expérience de la région pourrait se reproduire ailleurs au pays au premier trimestre de 2022, selon l’infectiologue Sumon Chakrabarti.

« Je pense qu’il y a beaucoup de raisons d’être optimiste », a lancé le médecin hygiéniste de la région, le Dr Lawrence Loh, au journal Caledon Entreprise, le 26 décembre. Si les infections dues au variant Omicron sont moins sévères, dit-il, la cinquième vague pourrait représenter la fin de la pandémie telle qu’on la connaît. Selon une récente analyse de Santé publique Ontario, le risque de décès ou d’hospitalisation associé au variant Omicron serait 54 % moins élevé que celui du variant Delta.

« La vague d’Omicron pourrait accélérer le passage à la phase endémique puisque le variant est extrêmement contagieux, ce qui veut dire que la majorité de la population qui n’a pas eu la COVID sera infectée », explique le Dr Fahad Razak, interniste et épidémiologiste à l’hôpital St. Michael, à Toronto. Mais c’est déjà en partie chose faite dans la région de Peel, où près de 10 % de la population a été infectée, sans compter que 88,7 % des personnes âgées de plus de 12 ans ont obtenu deux doses. Au plus fort de la troisième vague — entre le 28 mars et le 8 mai 2021 —, le taux de positivité du code postal L6P, au nord-ouest de Brampton, oscillait en moyenne autour de 22,3 %, d’après l’Institut des sciences cliniques évaluatives, l’un des taux les plus élevés au pays.

Ainsi, peu de gens sont hospitalisés aux deux centres hospitaliers régionaux — l’hôpital Trillium Health de Mississauga et l’hôpital Civic de Brampton —, même si la région de Peel rapportait 1468 nouveaux cas le 30 décembre. L’hôpital Civic soignait plus de patients COVID que tout autre centre hospitalier en Ontario lors de la troisième vague, en avril 2021. Par contre, seulement deux patients étaient aux soins intensifs le 29 décembre.

Rattrapage des régions

 

«On assiste actuellement à une stabilisation des cas dans la province, selon le Dr Sumon Chakrabarti infectiologue à l'hôpital Trillium Health Partners de Mississauga ». Le centre-ville de Toronto — relativement à l’abri de la concentration des cas depuis mars 2020 — est désormais l’épicentre de cette cinquième vague. C’était plutôt le cas des banlieues ou des villes environnantes comme Brampton, où résident des populations moins nanties, dans le passé.

La région de Kingston, jusqu’à maintenant peu affligée, a fait face à une explosion des cas au début du mois de décembre, malgré un taux de vaccination élevé, puisqu’un faible pourcentage de la population avait été exposé au virus, selon le Dr Gerald Evans, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital de Kingston.

« Tous ces endroits qui ont été loués dans le passé [en raison de leur faible nombre de cas], comme les provinces atlantiques, sont en train d’être décimés puisque les personnes non vaccinées n’ont pas été exposées au virus », indique le Dr Chakrabarti.

Une situation bientôt comparable à celle de l’influenza ?

Un risque existe toujours pour ces personnes à court terme, même si le variant Omicron est moins virulent. Le taux d’hospitalisation par million d’habitants en Ontario est de 311 pour les non-vaccinés, contre 44,7 pour ceux ayant obtenu au moins deux doses, selon le compte rendu hebdomadaire de la table scientifique de la province. Bien qu’elles ne représentent que 23 % de la population, les personnes non vaccinées occupent 65 % des lits de soins intensifs en Ontario.

Mais d’ici deux ans, le nombre de décès liés à la COVID pourrait être comparable à celui de l’influenza — qui coûte la vie à environ 1365 Ontariens chaque année, selon le Dr Gerald Evans. Le Dr Sumon Chakrabarti partage son opinion. « Vous allez voir des pics durant l’hiver, mais ça ne va pas submerger le système de santé », indique-t-il.

Possibilité d’un autre variant ?

Le Dr Fahad Razak explique qu’il faudra que la population des pays en voie de développement soit vaccinée pour qu’on puisse prévenir la propagation d’un nouveau variant qui déjouerait notre système immunitaire, comme l’a fait Omicron. Mondialement, seulement 8,4 % de la population de ces pays a reçu au moins une dose. « Les recherches sur l’origine du variant Omicron pointent vers les populations qui comptent peu de gens vaccinés », poursuit le médecin.

« Le gros défi, c’est de convaincre les gens [dans ces pays] que ça vaut la peine d’être vacciné, ainsi que la possibilité d’avoir l’infrastructure et le personnel pour vacciner », souligne la Dre Valérie Sales, infectiologue à l’hôpital de Markham-Stouffville. « Nous espérons qu’en arrivant à l’équité vaccinale, nous pourrons mettre fin à la phase critique de la pandémie », a mentionné Michael Ryan, responsable des opérations d’urgence pour l’Organisation mondiale de la santé, le 29 décembre.

À voir en vidéo