Le couvre-feu de retour, pour tous les Québécois

Le premier ministre du Québec, François Legault, a annoncé le retour du couvre-feu dès vendredi 22 h.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le premier ministre du Québec, François Legault, a annoncé le retour du couvre-feu dès vendredi 22 h.

Le réveillon du jour de l’An se passera sous le signe du confinement au Québec. Dès vendredi 22h, un nouveau couvre-feu entrera en vigueur et il ne sera pas possible de se promener dans les rues jusqu’à 5h, sauf exception. Les rassemblements dans les maisons seront également interdits pour une période de temps indéterminée. Des mesures nécessaires, insiste le premier ministre François Legault, qui veut donner « un grand coup » pour faire face à la hausse de cas de COVID-19 et l’augmentation marquée des hospitalisations au Québec.

« C’est un geste extrême, parce que la situation est extrême », a lancé M. Legault lors d’une conférence de presse jeudi, entouré du ministre de la Santé, Christian Dubé, et du directeur national de santé publique, Horacio Arruda. « Le premier assouplissement qu’on va faire quand la situation va redevenir sous contrôle dans les hôpitaux, ça va être de l’enlever, ce couvre-feu là », a-t-il promis.

Le couvre-feu de 22h à 5h sera en vigueur pour une durée indéterminée et les contrevenants seront passibles d’une amende de 1000 $, pouvant aller jusqu’à 6000 $. Les personnes itinérantes seront exemptées, comme c’était le cas l’année dernière, ainsi que les gens qui promènent leur chien, précise une liste d’exceptions publiée par le gouvernement du Québec. Les personnes qui se rendent à l’hôpital, à la pharmacie ou à une clinique de vaccination pourront également être à l’extérieur après 22h. Les travailleurs autorisés devront quant à eux avoir en main un formulaire d’attestation signé par leur employeur.

Plus de 16 000 cas de COVID-19 ont été recensés jeudi, un nombre qui est sous-évalué, et les hospitalisations sont passées de 473 à 939 en une semaine, a précisé le premier ministre. Il y a maintenant plus de 12 500 employés du réseau de la santé absents, un chiffre qui a doublé en une semaine. « Il y a un risque réel de dépasser la capacité hospitalière dans les prochaines semaines, a insisté François Legault. On pourrait attendre toutes sortes d’études, mais c’est mieux d’agir, quitte à ajuster plus tard ».

Des projections de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux publiées jeudi prévoient dans deux scénarios que de 300 à 375 lits en soins intensifs pourraient être occupés d’ici trois semaines, et de 1600 à 2100 lits réguliers.

Seuls les occupants d’une même résidence pourront se rassembler dans une maison. Mais les personnes qui vivent seules pourront se joindre à une bulle et les proches-aidants ne seront pas concernés par la mesure.

Le retour en classe dans les écoles, cégeps et universités est quant à lui repoussé au 17 janvier. Les salles à manger des restaurants seront fermées, mais les livraisons et les commandes pour emporter restent permises. Les lieux de culte seront fermés, sauf pour les funérailles. Les commerces seront fermés les dimanches pour les trois prochaines semaines et les sports intérieurs en équipe seront suspendus.

Toutes ces mesures entrent en vigueur ce vendredi à 17h.

Des mesures pour les non-vaccinés

Le gouvernement Legault a par ailleurs jonglé avec l’idée d’imposer un couvre-feu uniquement aux personnes non-vaccinées, mais a finalement conclu qu’il ne serait pas possible pour les policiers d’appliquer une telle mesure.

Le premier ministre prévoit toutefois élargir l’utilisation du passeport vaccinal à plus de commerces et de lieux. « Partout où on va être capable, en pratique, de mettre le passeport vaccinal, on va le mettre », a dit François Legault. Les adultes non-vaccinés représentent 10 % de la population, mais 50 % des hospitalisations. « Je comprends qu’il y a une certaine colère, a-t-il ajouté. Il y a des Québécois qui suggèrent qu’on arrête de soigner les personnes qui ne veulent pas se faire vacciner. Ce n’est pas le genre de société qu’on veut au Québec et on n’ira pas dans cette direction ».

Et il insiste : le couvre-feu, dont l’efficacité est remise en cause par certains, a son utilité. « On a des indications que c’est utile. Et actuellement, la situation est tellement grave qu’on ne peut pas se permettre de ne pas ajouter dans notre coffre à outils tout ce qu’on peut ajouter », a-t-il dit.

Il est également confiant que les Québécois vont adhérer aux mesures, malgré la fatigue pandémique ressentie par certaines personnes et le nombre de décès pour l’instant beaucoup plus bas que l’hiver dernier. « Je pense que les Québécois comprennent qu’on s’approche de notre capacité maximale [dans les hôpitaux] et que c’est important de pouvoir soigner notre monde », a-t-il déclaré.

Questionné à savoir si ce resserrement doit être perçu comme un échec de la gestion de la pandémie par le gouvernement dans les dernières semaines, François Legault a répondu qu’ « il n’y a pas lieu de croire, actuellement, que nous sommes dans une situation pire ici qu’ailleurs ». Et pourquoi être la seule juridiction en Amérique du Nord à imposer un nouveau couvre-feu ? « Aux États-Unis, avec entre autres le réseau privé des hôpitaux, il y a beaucoup plus de lits et de capacités qu’au Canada », a soutenu le premier ministre.

Concernant l’accès difficile aux tests PCR et aux boîtes de tests rapides, le ministre de la Santé Christian Dubé a mentionné que « l’enjeu était de s’ajuster ». « Malheureusement, et je ne veux pas en faire un débat, mais nous sommes dépendants de ce qu’on reçoit du fédéral au niveau des autotests », a-t-il dit.

Cette déclaration a malgré tout fait réagir sur Twitter son homologue au gouvernement fédéral, Jean-Yves Duclos. « Important de noter que le fédéral a livré 11,2M de tests rapides au Québec pour le mois de décembre seulement. La demande de Québec était de 10M. Plusieurs millions de tests supplémentaires suivront au cours des prochaines semaines », a-t-il écrit.

Le premier ministre Legault offre malgré tout ses meilleurs vœux aux Québécois. « On va tous se souhaiter moins de virus en 2022, et plus de nouvelles joyeuses à partager. À tous les Québécois, bonne année », a-t-il dit.



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