Un protocole et d'autres maux de tête pour le retour des travailleurs essentiels infectés

Le retour au travail d’employés positifs à la COVID-19 aurait lieu «en dernier recours».
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le retour au travail d’employés positifs à la COVID-19 aurait lieu «en dernier recours».

Le gouvernement du Québec a précisé mercredi les conditions qui permettraient le retour en poste des travailleurs essentiels atteints de la COVID-19. Cette situation aurait lieu « en dernier recours », et d’autres étapes devraient être franchies avant d’en arriver là, notamment une diminution de la période d’isolement et l’obtention de tests négatifs. Les modalités, nombreuses, pourraient toutefois causer des maux de tête aux employeurs, qui seront chargés de les appliquer.

Les représentants des médias ont assisté à une séance d’information regroupant des représentants du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Plus de détails ont été donnés sur les travailleurs essentiels qui seront touchés, outre ceux du secteur de la santé. Il n’y a pas de liste, mais les changements concernent notamment les pompiers, les policiers, les employés du déneigement ainsi que ceux des secteurs de l’électricité, de l’aqueduc et de l’alimentation.

Les conditions ne s’appliqueront pas au personnel scolaire et aux employés des garderies, a précisé le conseiller médical stratégique de la Direction générale de la santé publique du MSSS, le Dr Richard Massé. « On parle de mesures extraordinaires pour préserver les services qui ont un impact direct sur la santé ou la sécurité », a-t-il souligné.

À la première étape, dans le cas où il n’y aurait pas de rupture de service, mais qu’un employeur voudrait l’éviter, un pompier qui a été en contact avec une personne positive, mais qui est asymptomatique pourrait revenir au travail après cinq jours d’isolement plutôt que dix. Cela, à condition d’avoir obtenu un résultat négatif à un test rapide le sixième jour. Le retour de ceux qui ont reçu trois doses de vaccin se fera en premier, suivi du retour de ceux qui ont reçu deux doses, et ainsi de suite. L’employé devra également être isolé de ses collègues lors des pauses et des repas.

Si les services sont trop perturbés et que la sécurité des citoyens est en jeu, la période d’isolement pourrait être réduite à trois jours. Un test rapide négatif devrait être obtenu les jours 4, 5 et 6. Si le nombre d’employés n’est toujours pas suffisant, un travailleur positif et asymptomatique pourrait revenir après cinq jours d’isolement, sans test, une « étape presque ultime ». Et, si cela n’est toujours pas suffisant, en dernier recours, un travailleur positif symptomatique pourrait revenir au travail après approbation par la Direction générale de la santé publique, « au cas par cas ».

Contacté par Le Devoir, Alain Lamarre, professeur et chercheur spécialisé en immunologie et en virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), est rassuré par les modalités et trouve qu’elles sont « bien réfléchies ». Elles pourraient toutefois être compliquées à appliquer pour certains employeurs. « Je mettrais en place une ligne de soutien téléphonique où des gens pourraient expliquer aux employeurs la démarche, parce que c’est un peu technique et que ça risque d’être un peu compliqué pour des employeurs qui n’ont pas l’habitude de patauger dans ça », suggère l’expert.

Règles différentes en santé

 

Les règles seront différentes du côté des travailleurs de la santé étant donné qu’ils œuvrent auprès de personnes vulnérables.

Une infirmière qui a reçu au moins deux doses de vaccin et qui a côtoyé une personne positive dans la communauté ou au travail ne serait plus renvoyée à la maison. Elle devrait toutefois subir des tests de dépistage réguliers.

Si une personne avec qui elle vit est positive, par exemple son enfant, l’infirmière devra plutôt rester chez elle pour une période de sept jours. Dans la situation où il y aurait un risque de rupture de service et où l’employée serait asymptomatique, cette période pourrait être écourtée.

En cas de symptômes, la personne devrait rentrer chez elle, et un test négatif pourrait permettre un retour plus rapide au travail. Finalement, si une personne reçoit un résultat positif, la période d’isolement de dix jours pourrait être réduite à sept jours pour les asymptomatiques. « L’idée est de faire rentrer les gens qui sont les moins susceptibles d’être contagieux », mentionne le directeur médical de la protection de la santé publique au MSSS, le Dr Yves Jalbert.

Que se passerait-il si un travailleur de la santé ne voulait tout de même pas rentrer au travail pour ne pas risquer d’infecter quelqu’un ? Richard Massé mentionne que les conventions collectives seront respectées, et en appelle au sens moral des employés. « S’il y a une rupture de service, il y a un contrat moral, à moins d’un empêchement qui peut être discuté, que le service soit offert, dit-il. Il peut y avoir un enjeu de vie et de mort. »

Selon Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, il faudra faire très attention à l’exposition des travailleurs. « Il faut s’assurer qu’ils sont tous très bien protégés et qu’ils ont accès à des masques N95 », a-t-elle indiqué au Devoir.

Cas positifs chez les pompiers

 

Pour l’instant, la situation n’est pas problématique du côté de plusieurs services de pompiers de la province, mentionne le président du Syndicat des pompiers et pompières du Québec, Daniel Pépin, qui représente 2800 de ces professionnels. « Avec le personnel qu’ils ont, cela suffit, et ils peuvent donner le service à la population. »

Il reste que le nombre de pompiers positifs augmente. Le président a fait des vérifications pour Sherbrooke, Trois-Rivières, Lévis et Saguenay, et il estime qu’entre 8 et 10 pompiers par service sont actuellement atteints de la COVID-19. « Un endroit comme à Sherbrooke, 7 sur 180, il n’y a pas de problème. Mais d’autres services sont moins gros », explique-t-il.

Les pompiers de petites municipalités avoisinantes peuvent s’aider mutuellement en cas de problèmes, mentionne-t-il. Daniel Pépin réclame un horaire de 24 heures plutôt que de 12 heures, ce qui limiterait les contacts en créant des « bulles » plus stables.

À Montréal, où se trouvent 2400 pompiers, une trentaine par jour sont déclarés positifs, tandis que d’autres reviennent au travail, selon un porte-parole de l’Association des pompiers de Montréal. La situation n’est pas problématique pour le moment, assure-t-on.

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