La troisième dose, de la théorie à la réalité

L’injection des troisièmes doses de vaccin contre la COVID-19 débutera en janvier pour les Québécois de moins de 60 ans. Ceux qui ont reçu deux doses et qui ont contracté la maladie peuvent toutefois profiter d’une immunité comparable, selon les experts consultés par le Devoir.

Les vannes seront grandes ouvertes pour les injections de troisièmes doses dès le début de 2022, a assuré mardi le ministre de la Santé, Christian Dubé, en conférence de presse. Par contre, les milliers de personnes qui ont contracté la maladie et qui avaient reçu deux doses « ne devraient pas se précipiter pour leur troisième dose », affirme le professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM et expert en virologie Benoit Barbeau. « Théoriquement, avoir une infection après deux doses, c’est un peu comme avoir reçu trois doses, explique-t-il. Ça réactive le système immunitaire, et vos anticorps sont dans le plafond. »

L’infection par le variant Omicron pourrait même s’avérer plus efficace qu’une troisième dose, car cette contamination provoque « une réponse immunitaire mieux adaptée à ce variant que [l’administration d’]une troisième dose qui est à l’image du virus d’origine ».

Cette immunité acquise par infection n’est toutefois que « théorique », car elle dépend de la force des symptômes, nuance Alain Lamarre, professeur spécialisé en immunologie et en virologie à l’Institut national de la recherche scientifique. « Plus l’infection a été grave, plus le système immunitaire aura été stimulé en général. Si on fait une forme asymptomatique ou très peu symptomatique de la maladie, là il est peut-être bon d’aller chercher une troisième dose. C’est du cas par cas. »

« Je serais plus prudent que pas assez, ajoute-t-il. Si on peut s’éviter de faire une deuxième infection, je n’aurais pas de misère à recommander à ce qu’on aille chercher cette protection supplémentaire. »

Le gouvernement n’a pas formulé de directive particulière pour ce type de cas. Lors de son annonce, le ministre Dubé a surtout détaillé le calendrier de vaccination pour ces doses de rappel.

La prise de rendez-vous pour la troisième dose sera ainsi ouverte aux 55 à 59 ans le 4 janvier ; aux 50 à 54 ans, le 6 janvier ; aux 45 à 49 ans, le 10 janvier ; aux 40 à 44 ans, le 12 janvier ; aux 35 à 39 ans, le 14 janvier ; aux 30 à 34 ans, le 17 janvier ; aux 25 à 29 ans, le 19 janvier ; et finalement aux 18 à 24 ans, le 21 janvier.

« On veut en fait vacciner de deux à trois millions de personnes par mois, ce qui nous amènerait en mars pour avoir vacciné l’entièreté de la population », a signalé le ministre de la Santé du Québec.

Être vacciné ou être malade

 

M. Dubé a lancé un avertissement aux gens qui se refusent toujours à la vaccination. « Dans moins de trois mois, tous les non-vaccinés vont avoir contracté la maladie. Ou bien vous allez vous faire vacciner, ou bien vous allez faire la maladie, et de faire la maladie quand vous n’êtes pas vacciné, c’est de mettre une pression inutile sur notre réseau de santé. Il n’est jamais trop tard pour recevoir votre vaccin. »

45%
C’est le pourcentage des hospitalisations que représentent les non-vaccinés. Ils ne comptent pourtant que pour 11 % de la population.

Des propos que confirment les experts consultés par Le Devoir. « On a un virus qui est plus contagieux que la varicelle. C’est sûr que la majorité des Québécois non vaccinés vont se faire infecter », assure M. Barbeau.

Même s’ils ne forment que 11 % de la population, les non-vaccinés représentent 45 % des hospitalisations des 28 derniers jours, selon les données de Santé Québec.

Dans la province, ces 11 % correspondent à environ 600 000 personnes. « S’il y a un groupe qui peut nous aider en ce moment, ce sont les non-vaccinés », a souligné Christian Dubé.

L’efficacité de la troisième dose

La capacité d’Omicron à déjouer les vaccins actuels se précise au fil des nouvelles études. La vaccination à deux doses ne protège plus qu’à hauteur de 15 % contre les infections par le variant Omicron, selon des données provenant de l’Ontario, ou de 30 %, selon des données sud-africaines. « Ça prend une troisième dose pour faire remonter ça à peu près à 70 % », note Alain Lamarre. Les vaccins protègent surtout contre les formes graves de la maladie. Deux doses protègent à 70 % contre les hospitalisations dues à Omicron, toujours selon des données d’Afrique du Sud. L’administration d’une troisième dose fait remonter ce taux à 80 % ou 85 %.



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