Un CIUSSS recommande le N95 dans certaines unités froides en CHSLD

Le CIUSSS a décidé d’agir prestement, sans attendre une directive ministérielle au sujet des N95.
Photo: Marie-France Coallier (Archives) Le Devoir Le CIUSSS a décidé d’agir prestement, sans attendre une directive ministérielle au sujet des N95.

Les cas de COVID-19 fracassent des records au Québec et des gériatres s’inquiètent du sort des résidents vivant en CHSLD. Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal vient de publier une directive recommandant le port du masque N95, plutôt que le masque chirurgical, dans les unités froides où des résidents ont été en contact avec des personnes atteintes de la COVID-19.
 

Le CHSLD Bruchési, qui fait partie du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, est aux prises avec une éclosion dans l’une de ces unités. Deux résidents et deux travailleurs de la santé ont été déclarés positifs. Le nombre de personnes infectées pourrait grimper puisqu’un dépistage est en cours, indique la Dre Sophie Zhang, co-cheffe adjointe de l’hébergement au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

« Omicron change beaucoup de choses, dit-elle. Avant, je n’étais pas une grande fanatique des N95. Mais là, je pense qu’il y a zéro doute qu’il y a une transmission aérienne importante. Ça m’inquiète parce qu’en CHSLD, on n’a pas de très bonnes ventilations. »

Les deux aînés ont contracté la COVID-19 même s’ils étaient bien protégés : l’un d’eux avait obtenu trois doses de vaccin et l’autre, deux doses après une infection. Quant aux soignants, un n’était pas vacciné (mais se soumettait à un test de dépistage trois fois par semaine), tandis que l’autre avait reçu deux doses.

Le CIUSSS a décidé d’agir prestement, sans attendre une directive ministérielle au sujet des N95. Il recommande désormais aux employés en CHSLD de porter ce type de masque lorsque des cas sont détectés dans une unité.

Au CHSLD Bruchési, l’unité où des cas ont été détectés a été mise en pression négative afin d’éviter que l’air ambiant ne soit contaminé. « Oui, les patients sont négatifs pour le moment, mais on considère qu’ils sont très très à risque, dit la Dre Zhang. Si on attend les consignes [du ministère], on perd du temps précieux. »

Réclamé par les syndicats

 

Depuis mars, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) exige le port des N95 pour tous les travailleurs de la santé en zone tiède (cas suspects en attente de résultats de test), mais pas en zone froide. Des syndicats le réclament en toutes circonstances.

La FSSS-CSN a récemment envoyé une lettre au gouvernement Legault ainsi qu’au directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, afin que les N95 soient déployés « dans tous les milieux et pour l’ensemble du personnel, et ce, même en attente que l’ensemble des tests d’ajustement soit effectué ».

Le syndicat réclame également ce type de masques pour les travailleuses en centre de la petite enfance (CPE). La FSSS-CSN fait valoir qu’avec la vague d’Omicron, beaucoup d’employés pourraient tomber au combat ou devoir s’isoler. Une rencontre avec la CNESST a eu lieu à ce sujet jeudi.

La Dre Zhang redoute aussi les effets d’Omicron sur les travailleurs de la santé. « Ce que je crains pour cette vague, ce n’est pas la maladie et les décès parmi nos résidents, comme c’était le cas lors des premières vagues, explique-t-elle. Avec la triple vaccination, même si les résidents l’attrapent, la maladie est souvent moins sévère. Ce que je crains, c’est une pénurie sévère de personnel qui nuira aux soins de base. »

Le Dr Quoc Dinh Nguyen, gériatre et épidémiologiste au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), croit que les soignants, les proches aidants et les visiteurs en CHSLD devraient porter un masque plus protecteur que le masque chirurgical, comme des KN94 et des KN95. « Ils sont quand même assez confortables », remarque-t-il.

En fait, si le gouvernement n’a pas de KN94 ou KN95, les N95 pourraient « certainement rassurer et diminuer nettement la transmission », estime le Dr Nguyen. À condition que le Québec en ait en quantité suffisante. « Ce serait une consommation nettement plus effrénée, reconnaît-il. Mais je ne veux pas qu’on retombe dans la même erreur de dire “comme on ne les a pas, on ne fait pas la recommandation”. Il faut aller là où les évidences nous poussent. »

Le Dr David Lussier, gériatre à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, pense pour sa part que les N95 devraient être utilisés dans les CHSLD « dès qu’un employé est positif ou qu’on a une alerte éclosion », et pas seulement avec les résidents positifs. Sa position est la même que celle de la Dre Zhang. « Idéalement, on aurait [tous] des N95, dit-il. Mais il faut toujours faire l’équilibre entre les risques et les inconvénients. Dans les CHSLD, il y a encore très très peu [de cas]. »

Lors du point de presse du premier ministre François Legault, mercredi soir, le Dr Horacio Arruda a été questionné au sujet des N95. Il a indiqué qu’un avis avait été demandé à l’Institut national de santé publique (INSPQ) à ce sujet, précisant que « très peu de publications » en lien avec Omicron avaient été publiées jusqu’à maintenant.

« Dans certaines études cliniques qui sont faites sur le terrain, la supériorité du N95 versus le masque chirurgical n’est pas toujours démontrée en temps réel, a-t-il affirmé. En laboratoire, c’est supérieur. »

Le Dr Horacio Arruda a ajouté que les directives concernant le N95 seront adaptées en fonction de l’avis de l’INSPQ. « On va s’assurer d’avoir le matériel nécessaire pour protéger à la fois la clientèle et les travailleurs de la santé et dans les différents milieux. »

Des experts estiment au contraire que la supériorité des N95 a déjà été démontrée. Le Dr André Veillette, médecin et immunologiste à l’Institut de recherches cliniques de Montréal, pense que les professionnels de la santé devraient en porter en zone froide. « Même un N95 mal ajusté est supérieur à un masque chirurgical », affirme-t-il.

Certains modèles sont aussi « très confortables », selon lui. « Et pas de buée dans les lunettes ! » ajoute-t-il.

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