Confusion et longues files dans les centres de dépistage

Il fallait prendre son mal en patience au centre de dépistage de la rue Chauveau, à Montréal, mardi. Lors du passage du «Devoir», un peu avant 13h, plusieurs patientaient depuis 7h45 pour passer un test de dépistage de la COVID-19.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Il fallait prendre son mal en patience au centre de dépistage de la rue Chauveau, à Montréal, mardi. Lors du passage du «Devoir», un peu avant 13h, plusieurs patientaient depuis 7h45 pour passer un test de dépistage de la COVID-19.

Les centres de dépistage de la COVID-19 continuent d’être débordés à Montréal : de nombreuses personnes attendent plusieurs heures dans le froid, tandis que la confusion règne autour de certaines directives. Les cliniques subissent également la pression de résidents de la Rive-Sud qui n’arrivent pas à avoir un rendez-vous proche de chez eux.

À la clinique de dépistage de la rue Chauveau, dans l’est de Montréal, plusieurs patientaient depuis 7 h 45 mardi matin lors du passage du Devoir, un peu avant 13 h.

« J’ai congé, donc j’ai pu me rendre », lance Isadora Morin, qui a récemment été en contact direct avec quelqu’un ayant obtenu un résultat positif. Malgré le froid, elle garde le moral. Tout comme Suzanne Cyr, dans la soixantaine. « Ma fille est venue me porter des nouvelles bottes et j’ai pu manger un petit quelque chose », dit-elle. Son petit-fils a contracté la COVID-19, et son rendez-vous pour une troisième dose est le 12 janvier. L’agent de sécurité leur ouvre la porte, elles peuvent finalement entrer au chaud.

Un infirmier vêtu d’un uniforme médical et à l’air un peu fatigué, qui porte un masque N95, sort du centre pour demander à la cantonade qui a un coupon jaune orange. Personne ne répond. « On les distribue pour calculer le temps d’attente. On les donne à des gens, mais des fois ils s’en vont, raconte-t-il au Devoir. C’est un peu une catastrophe, on a environ cinq heures d’attente. » Le problème, souligne-t-il, est un manque d’effectifs.

À cela s’ajoute un nombre très élevé de personnes en provenance de la Rive-Sud, qui n’arrivent pas à se faire tester dans leur coin. « Il y a du monde de partout », lance-t-il, avant de retourner à l’intérieur.

C’est le cas de Martin, masque sur le menton et cigarette au bec, qui est arrivé d’Otterburn Park vers 9 h 30. « Il n’y a rien d’ouvert sur la Rive-Sud. On ne peut pas réserver. Le système dit qu’il y a une plage horaire à 8 h 15, tu essayes de cliquer dessus, et ça dit que ce n’est plus disponible. Et il n’y a pas de places sans rendez-vous », raconte-t-il.

Des trois CISSS de la Montérégie que Le Devoir a contactés mardi, seul celui de la Montérégie-Est a répondu.

 

« Il nous est difficile en ce moment d’augmenter notre capacité à prendre des rendez-vous sur nos trois sites de dépistage, car nous manquons de ressources, mentionne Marianne Paquette, chargée des relations avec les médias. Nous redoublons d’efforts pour faire du recrutement pour trouver de nouveaux préleveurs. »

Le système dit qu’il y a une plage horaire à 8 h 15, tu essayes de cliquer dessus, et ça dit que ce n’est plus disponible

 

Des mesures ont été mises en place pour répondre à la demande, comme l’allongement des heures d’ouverture des centres, la mise en place d’une équipe mobile, et l’autodépistage à l’interne des employés, qui libère de la place pour le grand public.

La confusion règne également autour des directives. Amélie, qui a pris la place de sa sœur dans la file à la clinique Chauveau, raconte qu’un employé a demandé à celle-ci de partir, car elle avait déjà un test rapide positif en poche. Ce qui les a surprises, parce que la directive est d’obtenir un test PCR dans un centre si le test rapide est positif. La même situation a été rapportée à l’Hôtel-Dieu.

Danny Raymond, conseiller en communications au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, parle d’une « nouvelle stratégie sur le terrain ». « Quand le temps d’attente prévu est trop important, on invite les gens positifs au test rapide à rentrer la maison, à s’isoler et à prendre rendez-vous pour un test PCR sans se rendre au sans rendez-vous. »

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) insiste de son côté pour dire que les consignes sont claires. « Si le résultat est positif, il faut s’isoler et prendre rendez-vous dans un centre de dépistage, dès que possible. Se présenter au sans rendez-vous n’est pas une bonne idée, il y a un risque de propagation du virus », indique-t-on dans un courriel envoyé au Devoir.

Augmentation de l’offre

L’achalandage était également très élevé à la clinique de dépistage de La Petite-Patrie et de Villeray mardi matin, et des tests rapides ont été distribués dans la file. Face à cette demande qui explose, l’offre sera augmentée, a précisé le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal au Devoir.

L’établissement a décidé de proposer des rendez-vous sept jours sur sept, entre 8 h et 20 h, à ses quatre cliniques, une mesure qui entre en vigueur mardi et mercredi. « Nous sommes à préparer la mise à jour de notre site Web avec ces nouvelles informations », mentionne la porte-parole, Marie-Hélène Giguère.

De son côté, le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal n’exclut pas d’augmenter son offre. La clinique sans rendez-vous de l’Hôtel-Dieu était pleine lors du passage du Devoir mardi midi, et une travailleuse de la santé distribuait deux tests rapides par personne symptomatique. « Notre stratégie est toujours en évolution, il n’est pas exclu qu’on élargisse l’offre », indique le porte-parole de l’organisation.

Une dizaine de personnes qui se sont manifestées sur la plateforme Je contribue se joindront par ailleurs à l’équipe de vaccination et de dépistage.

Au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, on indique avoir « largement augmenté notre capacité de dépistage dans les dernières semaines ». « Sachez que nous suivons la situation de près et que nous fonctionnons à plein régime pour répondre à la demande et dépister le plus possible », écrit dans un courriel au Devoir une porte-parole, Hélène Bergeron-Gamache. L’établissement insiste sur le fait que le ministre de la Santé, Christian Dubé, a demandé que la priorité soit accordée aux personnes symptomatiques dans les centres de dépistage.

Le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal a quant à lui bonifié son offre très récemment. Il a ajouté deux sites de dépistage avec ou sans rendez-vous ouverts de 8 h à 20 h, selon un porte-parole.

Et tous insistent : il ne faut pas recourir aux centres de dépistage pour avoir l’esprit tranquille en vue de rassemblements ou de soupers.

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