Ruée vers les tests de dépistage rapide dans les pharmacies du Québec

Les Québécois sont engagés dans une course contre la montre pour obtenir des tests rapides de dépistage gratuits dans les pharmacies de la province. Dès lundi matin, les sites Internet des principales chaînes ont éprouvé des problèmes en raison du fort achalandage. Avant l’ouverture des pharmacies, des citoyens faisaient la file pour mettre la main sur une trousse.

« Erreur de serveur » : c’est ce qu’indiquaient ces sites Internet lorsque Le Devoir a tenté de réserver une plage de rendez-vous pour recevoir une boîte de cinq tests de dépistage rapide, notamment dans un Jean Coutu. Une demi-heure plus tard, le message ne s’affichait plus, mais il était toujours impossible de télécharger la page. 

« Depuis ce matin, nos sites connaissent un fort achalandage, a reconnu la chef des communications du Groupe Jean Coutu, Catherine Latendresse. Nos équipes informatiques travaillent activement à trouver des solutions. »

L’entreprise rappelle que « pour le moment, la quantité de tests est extrêmement limitée, mais que de nouveaux tests continueront d’arriver au cours des prochains jours ». « Nous demandons à la population d’éviter d’appeler en pharmacie », a ajouté la porte-parole. Dans certaines succursales, le système téléphonique a connu des ratés en raison des trop nombreux appels.

Le site de Familiprix, qui demande aussi aux citoyens de prendre rendez-vous plutôt que de se présenter sur place, était également engorgé lundi.

Chez Pharmaprix, c’était « premier arrivé, premier servi ». Dès 8 h, Maria Odorisio et son conjoint ont fait la file devant une succursale montréalaise de la chaîne — qui ouvre ses portes à 9 h — afin d’obtenir les précieux autotests. « On veut en avoir pour le temps des Fêtes, dit-elle. C’est important pour voir le monde qu’on aime. »

Ces Montréalais ont prévu deux rassemblements de neuf personnes. « On a demandé que tout le monde se teste, et ils ont dit oui », affirme Mme Odorisio. Le couple espère toujours pouvoir partir en vacances au Mexique le 28 décembre.

Martin Morissette, lui, veut éviter à tout prix que son bébé de huit mois contracte la maladie. « On fête Noël juste avec les grands-parents, dit-il. Ils vont aussi se tester. »

Parmi les citoyens interviewés qui faisaient la queue devant des pharmacies, plusieurs ont exprimé leur volonté de protéger des personnes âgées de 70 ans et plus qui seront présentes à leurs rencontres familiales de dix personnes maximum.

Plus de tests demandés

Le gouvernement québécois devait livrer aux quelque 1900 pharmacies de la province une première caisse de 108 trousses de tests rapides lundi (ou mardi au plus tard en régions éloignées). L’opération s’est déroulée « très rondement », selon le directeur général de l’Association québécoise des distributeurs en pharmacie, Hugues Mousseau, qui rappelle toutefois que ses membres sont tributaires des arrivages. « Si on avait pu distribuer dix fois plus de tests que ce qu’on a eu, la demande aurait aussi été au rendez-vous », estime-t-il.

De nouvelles boîtes doivent être acheminées aux pharmacies chaque jour jusqu’au 23 décembre. Chaque Québécois a droit à cinq tests de dépistage gratuits par période de 30 jours.

En point de presse lundi, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a demandé aux parents d’enfants fréquentant des écoles primaires ou des services de garde de ne pas se procurer une trousse en pharmacie pour le moment puisqu’ils en ont déjà reçu une.

Québec attend d’ici Noël 10 millions de tests rapides de la part du gouvernement fédéral. De son côté, le directeur général de la gestion exécutive et opérationnelle de la pandémie, Daniel Paré, a confirmé que la province avait déjà signifié à Ottawa son intérêt à recevoir davantage de tests.

« On demande au gouvernement fédéral d’en acheter le plus possible et que le Québec ait sa part, sa part historique de 22,6 % qui représente bien notre poids populationnel », a dit M. Paré, soulignant la bonne collaboration existant entre Québec et Ottawa dans ce dossier.

Sur le terrain, des pharmaciens craignent des délais dans l’approvisionnement ainsi que des ruptures de stock. Alexandre Chadi, pharmacien communautaire dans le quartier Parc-Extension à Montréal, espère ne pas avoir à gérer des déceptions. « Les tests ont été bien médiatisés, dit-il. Ils sont très convoités. »

La première journée de distribution a d’ailleurs déjà donné lieu à « des déceptions, à certains moments de tension ou d’émotion », confirme Hugues Mousseau. Des citoyens sont retournés bredouilles à la maison. « Il y a des pharmacies où ça s’est envolé en l’espace de quelques minutes », explique-t-il.

Benoit Morin, président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires, trouve normal que les trousses se soient écoulées aussi rapidement — dans sa pharmacie, en moins d’une heure — en raison de la demande actuelle. « Ça va se stabiliser dans les prochains jours », pense-t-il.

Il espère pouvoir réserver des tests de dépistage rapide à sa clientèle vulnérable, ce qu’il n’a pu faire lundi.

On veut en avoir pour le temps des Fêtes. C’est comme important pour voir le monde qu’on aime.



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