Une troisième dose cruciale pour limiter les dégâts

Des gens attendaient pour recevoir leur dose de rappel mercredi à Laval.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Des gens attendaient pour recevoir leur dose de rappel mercredi à Laval.

Même si la vaccination à deux doses confère encore vraisemblablement une bonne protection contre les formes graves de la COVID-19 induite par le variant Omicron, l’administration d’une troisième dose devient plus importante que jamais pour freiner la propagation de ce variant qui, se répandant comme une traînée de poudre, pourrait accentuer la pression sur le système de santé et les services essentiels.

Si, à ce jour, Omicron ne semble pas plus dangereux que le variant Delta, sa très grande transmissibilité risque de multiplier les infections au point où les personnes vulnérables et non vaccinées pourraient envahir, voire saturer les hôpitaux, et où le nombre de personnes infectées mises en quarantaine pourrait perturber sérieusement les services offerts dans les hôpitaux, les écoles et d’autres lieux essentiels de la société.

On ne sait pas encore très bien si Omicron peut provoquer des symptômes graves, car jusqu’à maintenant, il a surtout infecté des personnes jeunes, déjà immunisées par une infection antérieure ou par un vaccin, dans des pays du sud de l’Afrique, remarque Marc-André Langlois, directeur du Réseau de réponse rapide aux variants du coronavirus de l’Université d’Ottawa. Or, sachant que l’âge avancé et l’obésité — deux facteurs prédisposant à une forme grave de la COVID-19 — sont beaucoup plus fréquents au Canada qu’en Afrique, on peut imaginer que si les personnes qui ne sont pas vaccinées ont également un surplus de poids et sont âgées, une infection à Omicron entraînerait des effets importants. Il y a de fortes probabilités que ces personnes aient des symptômes aussi graves que ceux provoqués par le variant Delta, explique-t-il. « Et comme environ 10 % de notre population n’a pas été vaccinée, on peut appréhender un débordement dans nos hôpitaux, qui ne pourront plus offrir des services de chirurgie et de traitement contre le cancer. »

Efficacité sous la loupe

 

L’efficacité des vaccins à nous protéger contre Omicron est actuellement évaluée par de nombreux chercheurs. Deux équipes reconnues dans le domaine ont rendu publics en prépublication (c’est-à-dire avant révision par les pairs) les résultats qu’elles ont obtenus en laboratoire après avoir mis le variant Omicron en présence du plasma de personnes ayant reçu deux doses de vaccin à ARNm, notamment.

Dans les deux études, le taux d’anticorps capables de neutraliser le variant Omicron était bas, voire sous la limite de détection dans le plasma chez une part significative des personnes doublement vaccinées, ce qui se traduisait par une très faible neutralisation du variant Omicron. « La diminution de l’efficacité des anticorps pourrait expliquer le grand nombre de réinfections et d’infections après vaccination », avancent les chercheurs de l’Institut Pasteur.

Il faut toutefois souligner que ces deux études avaient été menées avec le plasma de personnes ayant reçu leurs deux premières doses de vaccin dans un intervalle de quatre semaines, alors qu’au Québec, le délai entre les deux doses a été étendu à huit semaines. Et il a été démontré que cet allongement du délai a permis d’offrir une protection de meilleure qualité et plus durable contre tous les variants en circulation jusqu’à Omicron.

Par contre, chez les personnes ayant reçu une dose de rappel, la neutralisation d’Omicron était jusqu’à 154 fois plus élevée, selon les chercheurs de la Rockefeller University.

Malgré de très hauts niveaux d’anticorps, le sérum de ces personnes avait une efficacité neutralisante de 5 à 31 fois moindre contre Omicron que contre le variant Delta, précisent les chercheurs de l’Institut Pasteur.

Tout de même une piste valable

 

Même si les anticorps produits après la réception d’une troisième dose ne sont pas aussi efficaces, leur quantité est telle qu’ils parviendront probablement à contrer les infections, souligne le spécialiste en immunologie Benoit Barbeau, de l’UQAM. Et comme Omicron est hautement transmissible, prévenir les infections aiderait grandement à limiter les dégâts. « Car la prolifération des cas d’infection se traduira inévitablement par une augmentation des hospitalisations, et ce, même si la proportion des personnes infectées qui développent des formes graves est plus faible », dit-il.

« En ce moment, la stratégie consiste à freiner la transmission de ce variant, car si les travailleurs de la santé contractent l’infection, ils devront se mettre en quarantaine jusqu’à ce qu’ils reçoivent un résultat négatif à leur test de dépistage, et il en sera de même dans les écoles. Si le variant Omicron se répand trop, des travailleurs essentiels au bon fonctionnement de la société devront s’absenter », souligne M. Langlois.

La troisième dose a plusieurs effets positifs : elle augmente les anticorps, qui peuvent pour leur part réduire la transmission en neutralisant les virus avant qu’ils infectent nos cellules, et elle accroît la réponse immunitaire, permettant de prévenir les symptômes graves de la maladie. Plus précisément, elle augmente le nombre de cellules immunitaires capables de reconnaître le virus, dont de cellules T, ces sentinelles qui vont repérer les cellules infectées et les éliminer, et de cellules B, qui vont produire de nouveaux anticorps.

« Et il ne faut pas oublier que c’est bientôt le temps des Fêtes, on va se retrouver dans des rassemblements, personne ne veut transmettre le virus à des personnes vulnérables pendant Noël. Recevoir sa troisième dose maintenant, avant les Fêtes, c’est une très bonne idée », conseille le Dr Langlois, qui recommande que cette dose de rappel soit donnée à tous les adultes de 18 ans et plus.

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