Omicron pourrait frapper comme une «première vague» de COVID-19 au Québec

Des personnes venues se faire dépister à l'Hôtel-Dieu, à Montréal
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des personnes venues se faire dépister à l'Hôtel-Dieu, à Montréal

Certains experts prédisent déjà un « feu de brousse » et des hospitalisations en hausse, face à l’avancée foudroyante du variant Omicron contre qui le double vaccin ne serait plus une arme efficace pour empêcher des millions de Québécois d’être infectés.

Déjà responsable de 20 % des cas d’infections au Québec, selon les données de criblage révélées jeudi, le variant Omicron risque de nous ramener à l’équivalent d’une « première vague », où la majorité de la population se retrouve presque sans immunité contre le risque d’infection, a insisté jeudi Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, avant que Québec n’annonce de nouvelles mesures pour ralentir la pandémie.

« Il faut que les gens se rendent compte qu’on se retrouve presque comme en décembre 2020, quand personne n’était vacciné, car Omicron peut infecter, même avec deux vaccins. Si on n’a rien pour l’arrêter, on va y goûter. Nos modèles prévoyaient déjà 500 hospitalisations juste avec le Delta », affirme-t-il.

Les premières données venues du Royaume-Uni font état d’une protection réduite à 30 % ou 40 % contre les infections dues à Omicron avec les vaccins ARN. Mais sur le terrain, les données montréalaises font plutôt état d’infections chez des personnes doublement vaccinées, dans 90 % des cas. « Si 100 000 personnes peuvent être infectées, plutôt que 1000, ça va nécessairement se refléter dans les hôpitaux », ajoute l’épidémiologiste.

La grande inconnue demeure la capacité d’Omicron à échapper à la protection contre les infections graves conférée par les vaccins. Jusqu’à présent, les rares données font état de très peu d’hospitalisations et encore moins de décès.

70 fois plus rapide

 

« Si le variant peut infecter à la fois les vaccinés et les non-vaccinés, on va vivre une immense vague sous peu, avec moins de cas graves. Mais compte tenu du nombre de personnes atteintes, il va y avoir un éventuellement un engorgement des hôpitaux », évalue Benoît Mâsse. Ce dernier prévoit que la capacité de détection du réseau de la santé publique sera rapidement dépassée et qu’il sera difficile de tenir le compte réel du nombre de personnes touchées.

Quant au risque de contagion, il serait extrêmement élevé selon une nouvelle étude de l’Université de Hong Kong, menée en laboratoire, démontrant que le variant peut se multiplier 70 fois plus vite dans les voies respiratoires supérieures que le variant Delta ou les souches précédentes du virus.

« Ça expliquerait sa très grande contagiosité. Avec un facteur de reproduction estimé entre 4 et 9, c’est bien plus contagieux que l’influenza ou que la souche initiale de SARS-CoV-2 (autour de 2). Aller dans un restaurant sans masque vous donne peu de chance d’y échapper. Ça va être un feu de brousse », ajoute l’épidémiologiste. À titre comparatif, un facteur de reproduction de 4 à 9 se compare à la contagiosité observée pour certaines maladies infantiles comme les oreillons, la polio ou la variole.

La Direction régionale de la santé publique de Montréal, qui a fermé jeudi trois nouvelles écoles, portant le total à six, pour stopper la progression d’Omicron, s’attend à ce que le nombre de cas dus à ce nouveau variant double tous les 2 à 3 jours. Jeudi, 949 cas de COVID-19 ont été détectés dans la métropole, une hausse de près de 100 % en une semaine. Le criblage d'un échantillon, représentant le tiers des 1747 cas positifs dépistés mardi dernier, a démontré que 20% étaient des cas liés à Omicron

Aplatir la courbe, encore

 

Même si Québec annonce un resserrement des mesures sanitaires à 18 h, des experts croient que la flambée sera difficile à freiner rapidement. Malgré le congé scolaire des enfants et des travailleurs pour la période des Fêtes, les modélisations dévoilées jeudi par l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) prédisent un pic d’hospitalisations en janvier si des rassemblements sont permis entre le 23 et le 27 décembre, et « une transmission continue » si davantage rassemblements sont autorisés.

Dans ce contexte, « aplatir la courbe » par la réduction importante des contacts demeure la seule l’option rapide pour infléchir la progression d’Omicron, estime le Dr Jesse Papenburg, chercheur au Centre des maladies infectieuses du Centre Universitaire de santé McGill (CUSM) et membre du Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI).

Prévisions des hospitalisations dues à la COVID-19 avec Omicron

Graphique: INESSS

« Le variant est plus transmissible, donc Il faut très agir vite. Il faut limiter les interactions sociales. Il faut malheureusement revenir au bon vieux concept d’aplatir la courbe », insiste-t-il.

Le nouveau profil du variant Omicron pourrait aussi remettre en question la validité même du passeport vaccinal, la capacité des personnes doublement vaccinées de contracter ce variant et d’en infecter d’autres étant maintenant élevée, souligne-t-il.

Cette brèche créée par Omicron dans la protection contre les infections milite pour l’octroi rapide d’une troisième dose au plus grand nombre, capable de rehausser à 70 % la protection contre les infections symptomatiques, ajoute ce spécialiste des maladies respiratoires. « Omicron échappe à l’immunité contre l’infection conférée par les vaccins, mais aussi à l’immunité chez les personnes qui ont déjà été malades », dit-il.

L’octroi d’une troisième dose dépend non seulement du bon vouloir de la population, mais aussi de la capacité logistique du gouvernement. Mardi, il manquait 500 vaccinateurs pour renforcer la capacité vaccinale au Québec. Jeudi, le ministère de la Santé a indiqué avoir reçu 830 nouvelles candidatures sur la plate-forme Jecontribue.

avec Marie Eve Cousineau



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