Jusqu’à 10 000 cas quotidiens de COVID-19 en Ontario d’ici janvier 2022 si rien n'est fait

Il ne sera pas possible d’aplatir la courbe, seulement de l’«atténuer», affirme le Dr Adalsteinn Brown, coprésident du Groupe consultatif scientifique ontarien de lutte contre la COVID-19.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Il ne sera pas possible d’aplatir la courbe, seulement de l’«atténuer», affirme le Dr Adalsteinn Brown, coprésident du Groupe consultatif scientifique ontarien de lutte contre la COVID-19.

Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 quotidien en Ontario pourrait atteindre de 6000 à 10 000 d’ici le 1er janvier 2022 si aucune nouvelle restriction sanitaire n’est mise en place pour court-circuiter la propagation du variant Omicron. « Cela pourrait être la pire vague de la pandémie », a prévenu le Dr Adalsteinn Brown, coprésident du Groupe consultatif scientifique ontarien de lutte contre la COVID-19, une équipe d’experts qui conseille le gouvernement dans sa réponse à la crise sanitaire.

Selon le doyen de l’École de santé publique de l’Université de Toronto, les contacts doivent être réduits de 50 % à partir d’aujourd’hui si la province veut limiter à 5000 le nombre de nouveaux cas quotidiens. Il ne sera pas possible d’aplatir la courbe, affirme le Dr Brown, seulement de l’« atténuer ». Chaque cas de COVID-19 dû au variant Omicron infecte 6,1 fois plus de personnes que le variant Delta.

Pour atteindre la limite des 5000 cas, la province devra aussi administrer une troisième dose à environ 250 000 Ontariens chaque jour. 19 % des Ontariens de 5 ans et plus n’ont toujours pas eu leur deuxième dose. Seulement 25 % des personnes âgées de 70 ans et plus dans la province ont reçu leur troisième.

Si le variant Omicron est aussi sévère que son prédécesseur, le Delta, près de 300 personnes pourraient être hospitalisées aux soins intensifs d’ici la fin de l’année, même avec de nouvelles mesures sanitaires. Sans celles-ci, le chiffre pourrait atteindre 600. Mais les experts jugent que le niveau de sévérité n’est pas encore clair.

De récentes données provenant d’Afrique du Sud suggèrent que la COVID-19 attribuable à ce variant pourrait être 25 % moins sévère. Dans cette éventualité, le nombre de patients aux soins intensifs pourrait tout de même atteindre 300, malgré l’imposition de nouvelles mesures de santé publique pour réduire les contacts entre les personnes. La situation aux soins intensifs pourrait devenir « insoutenable » en janvier constate l’équipe de scientifiques.

« L’Afrique du Sud est citée comme preuve de la moindre gravité du variant Omicron, mais les hospitalisations, le taux d’occupation des unités de soins intensifs et les décès à l’hôpital sont en hausse malgré une population plus jeune présentant une certaine immunité », lit-on dans le rapport du Groupe consultatif scientifique ontarien de lutte contre la COVID-19.

En se basant sur des données préliminaires du Danemark, le Dr Brown a souligné que 0,81 % des personnes ayant contracté le variant Omicron ont été hospitalisées, comparativement à 0,75 % pour les autres variants au cours des six derniers mois. « Si le pourcentage d’hospitalisation d’Omicron est de 1 % et qu’il y a un million de cas, ça fait beaucoup de personnes aux hôpitaux », observe le Dr Santiago Perez Patrigeon, spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital général de Kingston.

Troisième dose importante

 

D’après l’analyse du groupe de scientifiques ontariens, l’efficacité des deux doses du vaccin de Pfizer-BionNTech à prévenir une infection est de 35 % après quatorze semaines. Une troisième dose augmente l’efficacité à 75 %, un mois après qu’elle ait été obtenue. « Le risque de développer une forme grave de la maladie est considérablement plus élevé chez les personnes non-vaccinées », a toutefois noté le Dr. Brown.

« Le virus va trouver les personnes qui ne sont pas vaccinées et c’est probablement suffisant pour créer un problème dans le système de santé », analyse le Dr Philippe El-Helou, médecin des maladies infectieuses et professeur associé au département de médecine de l’Université McMaster.

Le professeur de gériatrie George Heckman, à l’Université de Waterloo, affirme que le vaccin pourrait être moins efficace chez certaines personnes âgées avec un état de santé fragile, comme celles avec des besoins fonctionnels ou des maladies cognitives. La vaccination dans la communauté devient d’autant plus importante, insiste-t-il. « Plus il y a de virus dans la communauté, plus il y a de chance que ça rentre dans les foyers de soins de longue durée », laisse tomber le gériatre.

Nouvelles restrictions ?

De nouvelles mesures de santé publique permettraient de réduire la vitesse à laquelle les gens sont infectés, leur donneraient le temps d’obtenir leur troisième dose et de la laisser leur donner une meilleure immunité, a expliqué le Dr Brown.

Le gouvernement ontarien a annoncé de nouvelles mesures de santé publique le mercredi 15 décembre, comme la disponibilité de troisième dose pour les personnes de 18 ans et plus dès le lundi 20 décembre. Certaines pharmacies offriront la troisième dose dès vendredi. Les lieux de rassemblement intérieurs pouvant accueillir 1000 personnes devront réduire leur capacité de moitié, et des tests de dépistage gratuits seront distribués dans les LCBO.

Le coprésident du Groupe consultatif scientifique ontarien de lutte contre la COVID-19 n’a toutefois pas voulu dire si ces restrictions seront suffisantes, soulignant seulement que les mesures devraient être « fortes ». « Ce n’est pas un confinement ou un ordre de rester à la maison », a-t-il précisé.

25 personnes peuvent se rencontrer à l’intérieur selon les directives de la province. « Si les gens ont une période des fêtes normale, ça va se propager », souligne le Dr. El-Helou. Pour sa part, le Dr. Perez Patrigeon recommande de ne pas mélanger les foyers à Noël. « La COVID ne lâche pas prise et ne perd aucune opportunité de s’introduire », dit-il.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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