Québec serre la vis à l’approche des Fêtes

Le Québec se dirige vers un deuxième Noël en format réduit. Une vague de contaminations sans précédent force le gouvernement à serrer de nouveau la vis des mesures sanitaires.

« Ça a changé complètement cette semaine », a laissé tomber un premier ministre François Legault « tanné », en conférence de presse, aux côtés du ministre de la Santé, Christian Dubé, et du directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda.

Les autorités sanitaires ont enregistré jeudi plus de 3700 nouveaux cas, un record absolu depuis le début de la pandémie. Le variant Omicron, la souche la plus contagieuse du coronavirus observée jusqu’à présent, circule déjà dans la population québécoise. Les hospitalisations grimpent aussi, et selon les pronostics, il y aura saturation des hôpitaux en janvier, si rien ne change.

« On va être frappés », prévient François Legault. Les contacts sociaux doivent diminuer « de 50 % », a prescrit à regret le premier ministre, et les fêtes de famille devront se limiter à dix personnes. « L’effort de chacun va être très important. Ça va prendre du courage, de la détermination. » Il y a tout juste deux semaines, M. Legault répétait une troisième fois son souhait que des rassemblements des Fêtes de 20 à 25 personnes soient possibles.

Les autorités policières ne scruteront pas l’intérieur des chaumières pour faire appliquer la règle, a relativisé le ministre de la Santé. « On se fie à la responsabilité des Québécois. »

À partir de lundi prochain, les commerces, les restaurants, les bars, les amphithéâtres et les lieux de culte devront aussi réduire leur capacité d’accueil de moitié. La danse et le karaoké seront de nouveau interdits. Cette fois, les responsables « doivent s’attendre » à une visite des policiers si les règles ne sont pas respectées, a prévenu François Legault.

Il s’agit d’un nouveau coup dur pour les bars et les restaurants, qui ont retrouvé l’autorisation d’ouvrir au maximum de leur capacité le 1er novembre dernier. « C’est l’hécatombe », souffle Pierre Thibault, président de la Nouvelle association des bars du Québec. Les annulations se comptent par centaines dans certains restaurants. « Ce sont des pertes qui tournent autour de 20 000, 25 000 $ pour les établissements de 100 places et moins. »

Les sportifs amateurs se voient aussi touchés par ce resserrement. Tous les tournois sont annulés ou suspendus. La pratique de toute activité à l’intérieur est limitée à 25 participants.

Les écoles primaires, qui commencent ces jours-ci le congé des Fêtes, rouvriront comme prévu début janvier. Les écoles secondaires, les cégeps et les universités amorceront 2022 avec de l’enseignement à distance pour au moins une semaine.

Le premier ministre ne ferme pas la porte à un nouveau durcissement des mesures dans un futur proche. « C’est pas impossible que la semaine prochaine, on doive ajuster. »

Troisième dose

 

« La priorité des priorités » se trouve dans la vaccination, a plaidé le premier ministre. Les éclosions au sein de groupes doublement vaccinés se multiplient à cause du variant Omicron, qui contourne les défenses immunitaires. L’injection de troisièmes doses doit s’accélérer en janvier. Cette « clé importante » réduit les risques de contracter la COVID-19, a fait valoir le premier ministre.

Pour ce faire, l’intervalle de temps minimum requis entre la deuxième dose et la troisième dose a été réduit de six à trois mois.

Seuls les individus de plus de 70 ans, les résidents des CHSLD et les travailleurs de la santé en contact avec le public peuvent s’en prévaloir pour l’instant.

Lundi prochain, les personnes de 65 ans et plus pourront obtenir un rendez-vous pour cette dose de rappel. Les Québécois de 60 ans et plus seront admissibles à partir du lundi suivant. La troisième dose sera ensuite offerte à tous à partir de janvier.

« Si on est capables d’accélérer la vaccination, on va le faire », a assuré Christian Dubé. L’ajout de vaccinateurs volontaires « pourrait nous permettre d’aller encore plus rapidement ».

Québec ne ferme pas la porte à une adaptation du passeport vaccinal afin de ne laisser passer que les « triples dosés », a précisé le Dr Horacio Arruda. « On ne peut pas exiger un passeport vaccinal si les gens n’ont pas eu l’opportunité d’avoir été vaccinés. […] Quand [la troisième dose] va être assez généralisée, on va pouvoir regarder la situation. »

« Techniquement, c’est très facile , a précisé M. Dubé. Sur mon téléphone, aujourd’hui, j’ai ma troisième dose. »

Comme une « première vague »

Certains experts prédisent déjà un « feu de brousse » et des hospitalisations en hausse, face à l’avancée foudroyante du variant Omicron.

Déjà responsable de 20 % des cas d’infection au Québec, selon les données de criblage révélées jeudi, cette mutation risque de nous ramener à l’équivalent d’une « première vague », où la majorité de la population se retrouve presque sans immunité contre le risque d’infection, a insisté jeudi Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, avant que Québec annonce de nouvelles mesures pour ralentir la pandémie.

« Il faut que les gens se rendent compte qu’on se retrouve presque comme en décembre 2020, quand personne n’était vacciné, car Omicron peut infecter, même avec deux vaccins. Si on n’a rien pour l’arrêter, on va y goûter. Nos modèles prévoyaient déjà 500 hospitalisations juste avec le Delta », affirme-t-il.

Les premières données venues du Royaume-Uni font état d’une protection réduite à 30 % ou 40 % contre l’infection due à Omicron, pour les vaccins à ARNm. Sur le terrain, les données montréalaises font quant à elles état d’infections chez des personnes doublement vaccinées dans 90 % des cas. « Si 100 000 personnes peuvent être infectées, plutôt que 1000, ça va nécessairement se refléter dans les hôpitaux », ajoute l’épidémiologiste.

La décision du gouvernement d’annoncer de nouvelles restrictions survient le même jour que la publication des projections hospitalières de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). « La forte croissance du nombre de cas devrait se traduire par une augmentation marquée du nombre d’hospitalisations quotidiennes au cours des prochaines semaines et conséquemment du taux d’occupation des lits réguliers et de soins intensifs », souligne l’INESSS, qui se base sur un scénario élaboré à l’aide de données sud-africaines. C’est là qu’est d’abord apparu le variant Omicron.

« Selon ce scénario, l’occupation des lits devrait atteindre le niveau 1 défini par le MSSS d’ici trois semaines », poursuit le rapport. Autrement dit, la totalité des lits d’hôpitaux prévus pour les patients COVID-19 pourraient être occupés dès la première semaine de janvier.

La COVID-19 frappe le gouvernement

Québec — La COVID-19 est venue bouleverser le quotidien politique d’une autre manière, jeudi, quand le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a annoncé qu’il avait testé positif à la maladie. « Je précise que je me suis placé en isolement préventif depuis lundi 13 décembre », a-t-il indiqué sur les réseaux sociaux.

 

« Pour l’instant », le ministre « se porte somme toute bien », a indiqué son attaché de presse, Florent Tanlet, dans un échange de messages textes avec Le Devoir, jeudi. Le ministre a reçu deux doses de vaccin contre la COVID-19.

 

L’élu caquiste était au parlement vendredi dernier. « Il n’y avait pas de [contacts] problématiques », a indiqué M. Tanlet. Les députés qui l’ont côtoyé n’auront donc pas à subir de test. « Normalement, non », a-t-il assuré.



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