Que sait-on (de plus) sur le variant Omicron?

Omicron commence à livrer ses secrets. Le cinquième « variant préoccupant » identifié jusqu’à présent par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) accapare les efforts d’une multitude de scientifiques, et certaines tendances émergent de leurs recherches. État des lieux avec des experts.

À quelle vitesse Omicron se propage-t-il ?

Beaucoup d’incertitudes planent autour d’Omicron, mais une chose est sûre : ce variant se répand très vite. Son taux de transmission (Rt) est de 4,01 selon les autorités sanitaires de l’Ontario, tandis que le Royaume-Uni l’estime plutôt à 3,7. Autrement dit, chaque individu infecté par Omicron infectera à son tour entre trois et quatre autres personnes. Cette vitesse de propagation équivaut à celle observée au tout début de la pandémie.

Ces données sont « crédibles », confirme le virologue Benoit Barbeau. Omicron « se transmet extrêmement activement, même dans une population qui est relativement bien vaccinée ».

Les personnes qui ont déjà contracté la COVID-19 sont aussi plus à risque de tomber malade une deuxième fois. « On parle de deux fois plus de chances de réinfection avec Omicron comparé avec la souche Wuhan », relève la Dre Judith Fafard, directrice médicale du Laboratoire de santé publique du Québec.

Omicron a été détecté dans 77 pays jusqu’à présent, selon l’OMS.

 

Les vaccins protègent-ils contre ce variant ?

Omicron réduit l’efficacité des vaccins de manière « significative », selon les patrons de Pfizer-BioNTech et de Moderna.

La double dose du vaccin de Pfizer-BioNTech prévient 70 % des hospitalisations liées à Omicron, selon une étude sud-africaine présentée mardi. Le vaccin était auparavant efficace à 93 % contre les cas sévères. Les données de Moderna n’ont pas encore été rendues publiques.

Une troisième dose « neutralise » le variant Omicron, a récemment précisé le patron de BioNTech, Uğur Şahin. Cette dose de rappel permet d’atteindre un niveau de protection de 95 % d’efficacité « contre n’importe quel niveau de sévérité de la maladie ».

On parle de deux fois plus de chances de réinfection avec Omicron comparé avec la souche Wuhan

 

Au Québec, cette troisième dose n’est recommandée qu’aux personnes immunodéprimées, aux 60 ans et plus, aux résidents de CHSLD, aux gens ayant reçu deux doses d’AstraZeneca, aux femmes enceintes, à ceux qui souffrent d’une maladie chronique ainsi qu’aux travailleurs de la santé en contact avec les usagers.

Omicron réduit aussi la faculté des vaccins à prévenir les infections, selon des données préliminaires obtenues en laboratoire. « Pour certains patients, le potentiel de neutralisation des vaccins est 23 fois moins efficace pour Omicron », observe la Dre Judith Fafard.

 

Omicron cause-t-il des symptômes plus graves ?

Bon nombre de scientifiques se penchent sur la question. Les symptômes paraissent « légers à modérés et moins graves que Delta » aussi bien en Afrique australe qu’en Europe, selon l’OMS.

« C’est assez risqué de transposer ça ici », nuance Alain Lamarre, spécialiste en immunologie et virologie pour l’Institut national de la recherche scientifique. Les populations étudiées sont plus jeunes, moins vaccinées et ont été plus infectées dans le passé qu’au Québec. « Pour le moment, je pense qu’Omicron ne semble pas plus virulent. Mais de là à dire qu’il l’est moins, il faudra attendre encore un peu que d’autres études sortent. »

Des données fiables de Grande-Bretagne devraient être publiées « d’ici quelques jours ».


Comment peut-on se protéger autrement ?

Comme avec les autres variants, le port « de bons masques », le télétravail et les tests rapides permettent de « contrôler » la pandémie, souligne Benoit Barbeau. « Il y a aussi des interventions à faire au niveau de la ventilation, la purification de l’air. »

Par ailleurs, les professionnels de la santé disposent d’un arsenal de traitements pour lutter contre la COVID-19. Pfizer a confirmé mardi que sa pilule anti-COVID réduisait de près de 90 % les hospitalisations et décès chez les personnes à risque.

La poussée pa ndémique semble cependant inévitable, selon Alain Lamarre. « Est-ce que ça va permettre d’éviter complètement une vague ? Je ne pense pas. On voit que les cas sont en augmentation, et ce n’est probablement encore que du Delta, ou en majorité. On n’y échappera pas. »


À quel point doit-on s’inquiéter de ce variant ?

Omicron arrive « au mauvais moment », conviennent les spécialistes. Le temps des Fêtes et son lot de rencontres sont propices à la contagion. « C’est le temps de conserver nos mesures et de conscientiser un peu la population en se disant que ce n’est pas parce qu’on a le droit qu’on est obligé de faire un party de 20 personnes », conseille M. Lamarre.

« Même si Omicron n’est pas plus sévère, à cause d’une explosion de cas, ça risque de donner plus d’hospitalisations et de mettre encore un stress sur le système de santé, prévient la Dre Judith Fafard. Du point de vue du risque individuel, ce n’est pas la fin du monde, mais c’est l’accumulation de tous ces cas-là qui inquiète. »

Les répercussions réelles d’Omicron dépendront ainsi du taux d’hospitalisations et de l’importance du nombre d’infections.



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