La Dre Mylène Drouin face à la vague Omicron

La directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, souhaite que les élèves des écoles primaires montréalaises subissent un test de dépistage rapide de la COVID-19 avant leur retour en classe en janvier. Il faudrait toutefois que Québec distribue davantage d’autotests à chaque écolier — cinq seront fournis en prévision des Fêtes. Selon la Dre Drouin, le dépistage pourrait aussi se faire à l’école le jour même de la rentrée.

« Clairement, c’est une des stratégies pour nous amener en janvier à possiblement éviter des éclosions, éviter de refermer rapidement des classes, estime la Dre Drouin, qui s’est entretenue avec Le Devoir. C’est sûr qu’il va falloir voir la disponibilité [des tests rapides] qu’on a au Québec. »

Ce n’est qu’une question de temps avant que le variant Omicron ne prenne le pas sur le Delta au Québec. Huit cas ont été confirmés jusqu’à présent dans la province, selon la dernière mise à jour de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). À Montréal, la Direction régionale de santé publique recense une quarantaine de cas suspects.

« On ne connaît pas encore toutes les données concernant Omicron et l’échappement immunitaire, mais on voit clairement que ça semble indiquer qu’il y a un certain échappement [au vaccin], affirme la Dre Drouin. Pour les gens qui ont trois doses, probablement que les formes vont quand même demeurer moins sévères. »

La Dre Drouin s’inquiète du sort des 70 ans et plus vivant à domicile. « Au-delà du fait que les gens n’ont pas nécessairement atteint les six mois [d’intervalle entre la deuxième et la troisième dose], c’est quand même assez lent, la couverturedans ce groupe d’âge, observe-t-elle. On est à peu près autour de 50 %, y compris les rendez-vous pris. » Elle « recommande très fortement » aux aînés d’obtenir une troisième dose. La COVID-19 circule à Montréal : 461 cas y ont été enregistrés lundi.

Fatigue pandémique

 

Pour limiter la transmission du virus durant les Fêtes, la Dre Drouin mise notamment sur la vaccination des 5 à 11 ans. Elle ne se fait toutefois pas d’illusion. En date du 9 décembre, 32,5 % des jeunes de cette catégorie d’âge avaient reçu une dose, selon l’INSPQ. « Si on se rend à 50 % avant Noël, je vais être bien contente », dit-elle. L’immunisation des 5 à 11 ans sera un long « marathon », selon elle.

Quant aux adultes, la Dre Drouin ne s’attend pas à ce que le taux de vaccination pour la troisième dose atteigne celui, « assez exceptionnel », de la deuxième. En date du 7 décembre,91 % de la population montréalaise de plus de 12 ans était adéquatement vaccinée. « Des fois, je me pince », dit-elle.

La Santé publique doit désormais composer avec la fatigue pandémique. « Actuellement, on est assez déconfinés, les gens ont le sentiment de sécurité avec la vaccination et, là, avec l’arrivée d’un nouveau variant, c’est assez difficile de réengager la population quand ça fait deux ans [de pandémie] », explique-t-elle. Les hospitalisations sont aussi moins nombreuses que lors des vagues précédentes. « On est à se dire comment on vit avec [ce virus] », poursuit la médecin.

Pour la Santé publique, la gestion des cas est « beaucoup plus complexe », vu le nombre de contacts et de milieux impliqués. « Les gens nous disent, “ben là, je suis vacciné, ça va faire” », rapporte la Dre Drouin.

C’est assez difficile de réengager la population quand ça fait deux ans [de pandémie]

 

La directrice régionale de santé publique croit que l’année 2022 sera sous le signe de la transition. « Il faut que la population devienne un peu plus responsabilisée et autonome, précise-t-elle. Toute la question des autotests rentre dans cette vision-là. »

Québec n’a-t-il pas tardé à les introduire ? « On aurait peut-être pu les utiliser un petit peu avant en service de garde pour alléger les familles » , juge la Dre Drouin, qui précise que les tests rapides ne doivent pas être utilisés « n’importe comment ». « Ça nous aurait permis aussi d’apprivoiser cette autonomisation-là peut-être. »

La Dre Drouin demeure satisfaite du travail accompli par ses troupes cette année. Montréal a évité la troisième vague. Les écoles et les commerces sont demeurés ouverts au printemps, contrairement aux régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches. Un « bon coup » de la Santé publique montréalaise, souligne-t-elle. « Je ne pense pas pouvoir refaire ça avec Omicron parce que tout est déconfiné et on a un variant encore plus transmissible, dit-elle. Mais somme toute, on peut être fiers de la métropole. »

Les deux chapeaux du Dr Arruda

Le Dr Horacio Arruda devrait-il cumuler deux fonctions, soit celles de directeur national de santé publique du Québec et de sous-ministre ? La Dre Drouin se garde bien de répondre directement à la question. « Je pense que, somme toute, il faut quand même qu’il y ait une ligne claire qui démarque l’avis scientifique de la décision gouvernementale, dit-elle. Dans l’opinion publique, pour la population, ce n’est pas si clair que ça. »

 

La Dre Drouin rappelle que le Dr Arruda reçoit des avis scientifiques de l’INSPQ, qui joue en quelque sorte un « rôle de pare-feu ». « Le directeur national part avec l’avis et, là, met son chapeau de sous-ministre et analyse avec ses collègues les autres éléments de contexte, que ce soient les ressources, la main-d’oeuvre, etc., pour après ça se dire, “qu’est-ce qu’on est capables de faire à partir de cet avis-là ?” “Est-ce qu’on est capables de l’appliquer à 100 % ou à 75 % ?” »

 

La Dre Drouin juge qu’il est « normal » d’« ajuster » les décisions gouvernementales en fonction de considérations autres que scientifiques. Elle insiste cependant sur l’importance d’être transparent, surtout lorsqu’une crise s’éternise et que la fatigue gagne la population. « Quand on explique pourquoi on n’a pas pris la “même, même, même” décision que l’avis scientifique, il y a comme une confiance qui s’installe entre la population et les autorités, entre la population et la Santé publique, qui fait ces avis. »


Transmission communautaire d’Omicron au Canada

Le variant Omicron se répand à une vitesse folle, et tout indique qu’il y a une transmission communautaire un peu partout au pays, selon les administrateurs en chef de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC).

Lundi, le comité d’experts de l’Ontario sur la COVID-19 révélait que le variant Omicron représentait désormais 21 % des cas de COVID-19 dans cette province. Il s’agit d’une augmentation fulgurante, puisque les responsables de la santé publique ne comptaient que 87 cas du variant Omicron au Canada il y a quelques jours à peine.

L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, est d’avis que l’Ontario n’est pas un cas isolé. « Selon moi, le variant Omicron est partout dans la province et au Canada maintenant. Ce n’est pas juste en Ontario. Il y a peut-être une transmission un peu plus faible dans les autres provinces, mais c’est une question de temps. Dans les prochains jours, on va avoir beaucoup plus de cas », a soutenu la Dre Tam lors d’une conférence de presse virtuelle, lundi.

« Dans la ville de Montréal, on a signalé quelques cas non liés, où on ne retrouve pas de lien avec les voyages à l’étranger. Donc je pense qu’on a les indications que la transmission communautaire est un peu partout dans le pays », a fait remarquer l’administrateur en chef adjoint de la santé publique, le Dr Howard Njoo.

François Legault a déclaré lundi qu’il espérait toujours que les rassemblements de 20 personnes vaccinées soient autorisés au Québec à compter du 23 décembre. Il devait rencontrer la Santé publique du Québec en soirée, et il fera le point sur la situation mardi.

La Presse canadienne



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