Petit guide pour un Noël sécuritaire

Nathalie Grandvaux, directrice du Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du CHUM recommande de limiter le nombre de convives lors des festivités.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Nathalie Grandvaux, directrice du Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du CHUM recommande de limiter le nombre de convives lors des festivités.

Québec permettra des rassemblements d’un maximum de 20 personnes vaccinées durant le temps des Fêtes. Comment festoyer sans se mettre en danger ? «Le Devoir» a demandé à six experts de se prononcer. Voici leurs recommandations, recueillies par Marie-Eve Cousineau.

De petites fêtes à 10

Oui, Québec autorise les rassemblements de 20 personnes vaccinées. Mais rien n’oblige les Québécois à se réunir en aussi grand nombre, a souligné le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique du Québec, lors du point de presse mardi.

Nathalie Grandvaux, directrice du Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du CHUM, est du même avis. Elle recommande de limiter le nombre de convives lors des festivités. « C’est mieux de faire plusieurs petits groupes qu’un gros rassemblement parce qu’on peut garder un peu de distance, dit-elle. Organiser un repas avec 20 personnes, on est forcément tous collés dans une petite salle à manger, tous ensemble, à un moment. » À moins, bien sûr, qu’on habite dans une « très très grande maison ».

L’épidémiologiste Nimâ Machouf conseille d’ailleurs aux familles de choisir le plus grand lieu possible pour tenir leurs rassemblements. Tante Linda a beau organiser le traditionnel repas de Noël depuis des lustres, il vaut mieux déménager la dinde chez oncle Serge si celui-ci a une plus grande maison. « Pas besoin que tout le monde soit assis à la même table pour manger, ajoute la chargée de cours à l’Université de Montréal, membre du groupe COVID-Stop, qui prépare un guide pour un Noël sécuritaire. Certains s’assoient à table, sur des chaises, un peu dispersés, sur des fauteuils. »

Parmi les rassemblements, certains peuvent aussi être tenus dehors, ce qui diminue le risque de transmission de la COVID-19.

Le statut vaccinal

Les policiers ne feront pas irruption dans les fêtes pour savoir si ceux ayant 12 ans et plus sont adéquatement vaccinés, assure Québec. Mais les hôtes peuvent demander à leurs invités s’ils ont reçu leurs doses de vaccin, selon les experts consultés.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, croit que cette question doit être mise sur la table dès le moment des invitations. « Il faut en discuter, mais pas de manière abrupte et accusatrice », pense-t-elle. Les non-vaccinés ont leurs raisons — valables ou non — pour refuser le vaccin contre la COVID-19, rappelle-t-elle. « Il faut leur expliquer que c’est pour les protéger qu’on recommande qu’ils ne se présentent pas dans les rassemblements, poursuit-elle. Ils sont vraiment à risque avec le variant Delta de développer des symptômes graves et de se retrouver hospitalisés. Personne n’a envie de vivre ça. »

Des symptômes ?

Le Dr Karl Weiss, président de l’Association des médecins microbiologistes infectiologues du Québec, plaide le « gros bon sens ». « Je comprends que les gens sont tentés, mais quelqu’un qui dit “ce n’est pas grave, je tousse un peu, je mouche un peu, j’ai mal à la tête pis je suis un peu fiévreux, mais je suis correct”, ce n’est pas une bonne idée », dit-il. Dans ce contexte, il faut rester à la maison, signale-t-il.

Nathalie Grandvaux recommande d’annuler notre participation « si on a le moindre symptôme, que ce soit à cause de la COVID-19, de la grippe, du RSV [virus respiratoire syncytial] ou d’autre chose ». « On surveille ses symptômes et on remet à plus tard son repas de Noël », précise-t-elle.

Un autotest

On ignore encore si l’ensemble de la population aura accès, gratuitement, à des tests de dépistage rapide d’ici Noël. Le gouvernement québécois dit en avoir acheminé aux services de garde qui les remettront prochainement aux parents. Les écoles primaires pourraient aussi en distribuer aux familles si Québec reçoit les 10 millions de tests commandés à Ottawa.

S’ils en ont à leur disposition, les Québécois ont tout intérêt à recourir aux tests rapides, estime le Dr André Veillette, médecin et immunologiste à l’Institut de recherches cliniques de Montréal. « Idéalement, les gens devraient avoir fait un test le même jour [que le rassemblement] », affirme-t-il. C’est d’autant plus important pour les enfants de moins de 12 ans, non vaccinés ou partiellement immunisés, qui représentent actuellement « des vecteurs majeurs » de la maladie, signale-t-il.

Ventiler la pièce

Le Dr André Veillette recommande d’« ouvrir les fenêtres une fois de temps en temps, quitte à porter un chandail un peu plus chaud ». « On sait que le virus est transmis par aérosols et que les aérosols peuvent rester longtemps en suspension dans l’air. Alors l’idée, c’est de faire circuler l’air », explique-t-il. Les gens qui possèdent des purificateurs d’air à particules aériennes à haute efficacité (HEPA) devraient les utiliser, selon lui. Le ventilateur de la salle de bains et la hotte de la cuisine devraient aussi demeurer en marche, selon Nimâ Machouf.

Des câlins ou pas ?

« Il va en falloir un peu ! » dit en riant Nathalie Grandvaux. Après pratiquement deux ans de pandémie, les gens ont besoin de se retrouver et de se faire l’accolade, selon elle. Les grands-parents, qui se sentent vulnérables, peuvent prendre leurs petits-enfants si chacun porte un masque.

La Santé publique recommande d’ailleurs le port du masque lors de contacts étroits lors des rassemblements de Noël.

Chansons à répondre

Mauvaise idée, à moins d’être « sûr que les gens ne sont pas infectés et qu’ils ne fréquentent pas des milieux à risque », répond Nimâ Machouf. « S’il y a dans le groupe des gens à risque, parce qu’ils vont à la garderie ou à l’école, parce qu’ils sont allés dans quatre partys et dans les bars, ceux-là, qu’ils ne chantent pas. » La chorale rétrécit soudainement…

La Dre Catherine Hankins, professeure à l’Université McGill et coprésidente du Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19, suggère que les chanteurs s’éloignent des autres et que les aînés de 70 ans et plus portent un masque pendant que les autres poussent la note.

Étiquette sanitaire

On continue de se laver les mains régulièrement, comme on le fait depuis le début de la pandémie. On tousse dans le coude.

Un nez qui coule ?

Le jour de Noël, le nez du petit dernier coule. Le test de dépistage rapide — à supposer que l’on en ait un — est négatif. On participe ou pas à la fête familiale de Noël ?

« Quand le test est négatif, ça réduit beaucoup les chances que ce soit la COVID, mais ça n’élimine pas [entièrement le risque] », répond la Dre Hankins. Les participants au rassemblement sont donc confrontés à un choix : ils accueillent l’enfant et portent le masque (sauf au repas) ou refusent que l’enfant soit présent, vu les circonstances.

« C’est un jugement que chaque famille doit faire, dit la Dre Hankins. Il faut penser aux plus vulnérables : les gens âgés, les immunosupprimés, les femmes enceintes. Ça dépend du mélange de personnes qui est au party. »

Et les non-vaccinés ?

Ils pourraient faire une quarantaine avant de participer à un rassemblement, selon Nathalie Grandvaux. « Dans ce cas-là, la personne est non vaccinée, mais elle ne posera pas un risque », indique-t-elle. Quant aux gens non vaccinés qui font du télétravail et sortent très peu de chez eux, ils « sont potentiellement très peu à risque de contaminer quelqu’un », d’après elle. « C’est une évaluation globale », affirme-t-elle.

Nimâ Machouf, elle, recommande aux hôtes de ne pas inviter les gens non vaccinés qui, par exemple, sont déjà allés à trois fêtes. Elle souligne que ceux qui ont choisi de ne pas s’immuniser contre la COVID-19 ont aussi la « responsabilité de protéger les autres ».

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