Une vie vouée à la santé gastro-intestinale

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
En plus de ses découvertes scientifiques, le professeur Émile Levy a organisé de nombreux colloques et symposiums pour faciliter le transfert de connaissances entre les experts.
Photo fournie par Émile Levy En plus de ses découvertes scientifiques, le professeur Émile Levy a organisé de nombreux colloques et symposiums pour faciliter le transfert de connaissances entre les experts.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Il a découvert le fonctionnement de nombreuses pathologies liées au système digestif, y compris plusieurs problèmes cardiovasculaires. Il a tissé des relations étroites entre experts dans la francophonie et a transféré sa passion à la prochaine génération. Lauréat 2021 du prix Acfas Adrien-Pouliot pour la coopération avec la France, Émile Levy continue de consacrer sa vie au service de la médecine.

Avec un sourire chaleureux, Émile Levy demande des nouvelles et s’excuse de son manque de disponibilité au cours des derniers jours — il était pris dans un tourbillon d’événements en France. Le chercheur, joint par vidéoconférence, présente une humilité et une accessibilité déconcertantes au vu de son impressionnant curriculum vitæ et de son horaire chargé.

Émile Levy est professeur titulaire au Département de nutrition à l’Université de Montréal et directeur scientifique de l’unité de gastro-entérologie, hépatologie et nutrition du CHU Sainte-Justine. Depuis 2016, il détient la Chaire J.A. DeSève de recherche en nutrition. Au total, il possède près d’une dizaine de titres professionnels. De même, le prix de l’Acfas est le dernier de la longue liste de prix d’excellence qui ont été décernés au chercheur. Mais c’est surtout pour sa capacité à créer des partenariats qu’il croit avoir remporté cette nouvelle distinction.

« Dans le passé, un chercheur pouvait rester sur un sujet ou sur une maladie tout au long de sa carrière ; aujourd’hui, on n’a plus le temps et le droit de faire ça, croit-il. Si on cherche des coopérations, on peut activer et accélérer la recherche et, déjà, au bout de quelques années, on a des résultats pour les patients. »

Faciliter le transfert de connaissances

Émile Levy a notamment cocréé un réseau qui compte près d’une vingtaine d’hôpitaux mère-enfant francophones. Il a fondé le réseau international EPODE (Ensemble, prévenons l’obésité des enfants), lequel a propulsé l’adoption d’une saine alimentation dans plusieurs villes du monde, grâce par exemple à des partenariats avec des supermarchés pour réduire le prix des fruits et légumes. Ces villes avaient significativement réduit leur taux d’obésité, se réjouit le Dr Levy. « C’est un exemple où une personne seule dans son coin n’aurait pas pu enregistrer des avancées de cette envergure-là », observe l’instigateur du réseau.

Émile Levy a aussi œuvré dans l’organisation de nombreux colloques et symposiums pour faciliter le transfert de connaissances entre les experts du Québec et d’Europe. Selon l’expert, la mise en commun des efforts permet aussi de faire des percées rapides en médecine et de pallier un investissement réduit en recherche au pays.

« On sait qu’il y a des enfants qui ont huit ou neuf ans et qui ont l’air d’en avoir trois ; ils ont des retards de croissance et des problèmes neurologiques, et on ne comprenait pas exactement pourquoi. Avec des collègues français, on a compris qu’il y avait un blocage au niveau intestinal et on a pu identifier la maladie, qui s’appelle aujourd’hui la maladie de rétention des chylomicrons », raconte-t-il. La compréhension de cette pathologie permet à présent de diagnostiquer et de traiter les malades de façon précoce en contrecarrant les effets de la malabsorption des lipides sur le développement de l’enfant.

Démystifier le rôle des lipides

« Aujourd’hui, on sait que l’intestin est l’hôte de plusieurs fonctions : la digestion, l’absorption. Le système immunitaire le plus coriace se trouve dans l’intestin, observe le spécialiste. Mais il y a 30 ans, la communauté scientifique ne comprenait pas comment le tube gastro-intestinal pouvait causer des maladies cardiovasculaires », s’étonne-t-il, en ajoutant qu’il était alors difficile de faire publier des articles scientifiques allant dans ce sens.

Il explique que les nutriments doivent passer par la circulation du sang pour être délivrés à chacun des organes afin de leur donner de l’énergie pour travailler. De la même façon, les lipides transportent des vitamines essentielles pour le cerveau. Des problèmes d’absorption peuvent ainsi se traduire en plusieurs maladies cardiovasculaires ou métaboliques. Tout au long de sa carrière, le chercheur a mis en lumière le rôle des malabsorptions, ainsi que les gènes et mécanismes qui y sont associés. Il a aussi démontré le rôle thérapeutique de divers nutriments dans la protection contre les maladies chroniques. L’expert a écrit près de 500 articles scientifiques et chapitres de livres dans des revues prestigieuses. Bon vulgarisateur, il a donné 177 conférences et a formé plus de 160 étudiants aux cycles supérieurs et stagiaires.

« Les choses dont je suis le plus fier, c’est le travail en communauté et la relève», conclut Émile Levy, qui précise que certains de ses anciens étudiants sont à présent à la tête de départements de recherche ou de compagnies pharmaceutiques. « C’est cette relève qui va, à son tour, essayer de mieux connaître de nouvelles pathologies et contribuer au mieux-être de la société. »

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