La Good News Chapel refuse le dépistage de ses fidèles et bafoue les ordonnances de la santé publique

Les administrateurs de la Good News Chapel de Saint-Léonard ont fait la sourde oreille aux multiples ordonnances des autorités de la Santé publique de Montréal et ont refusé de laisser place à un dépistage massif pour juguler la prolifération de cas de COVID au sein de leurs fidèles. À défaut de se conformer, ce groupe religieux évangélique, réfractaire aux mesures sanitaires, voit planer au-dessus de sa tête le risque d’une fermeture.

Comme le révélait Le Devoir mardi, des dizaines de personnes ont été infectées, une est toujours aux soins intensifs et deux ont succombé de la COVID-19 après avoir fréquenté le lieu de culte du groupe évangélique Good News Chapel, qui a pignon sur rue dans Saint-Léonard.

Non seulement ce groupe marginal bafoue depuis des mois les mesures sanitaires, en se réunissant sans masque ni distanciation sociale, mais son chef spirituel, Steve Gesualdi, incite dans son prêche les fidèles à tourner le dos aux vaccins, à bannir masque et règlements sanitaires, tous vaguement associés à un signe de l’Apocalypse et à la marque « de la bête ».

Une lettre obtenue par Le Devoir d’une source ayant requis l’anonymat par crainte de représailles montre que le groupe a été sommé plusieurs fois de se conformer à diverses ordonnances de la Direction régionale de la santé publique de Montréal (DRSPM), qui associe l’éclosion survenue dans ce lieu de culte à une « menace réelle à la santé de la population ».

Le groupe a ainsi boudé une ordonnance de la DRSPM, émise le 26 novembre, exigeant que la liste complète des visiteurs du lieu de culte depuis le 1er novembre lui soit communiquée à des fins de traçage. Les séances religieuses se sont malgré tout poursuivies sans masques ni distanciation, ont constaté des enquêteurs dépêchés sur place le 28 novembre.

Les dirigeants du groupe religieux n’ont aussi donné aucune suite à l’ordonnance de la Santé publique d’informer leurs fidèles de la proposition de tenir un dépistage massif au lieu de culte, les 4 et 5 décembre derniers. La lettre, signée le 1er décembre par la directrice de la Santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, ordonne enfin aux dirigeants de limiter sur-le-champ l’accès du lieu de culte aux seules personnes vaccinées et brandit entre les lignes la menace d’une fermeture.

Risques de dissémination

Contacté pour vérifier les intentions de la DRSPM, Danny Raymond, porte-parole de la Direction de la santé publique de Montréal au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal, a corroboré le contenu de la lettre envoyée il y a une semaine au pasteur Gesualdi et fait savoir que le dossier de la Good News Chapel était suivi de « très près ». Les autorités de santé publique n’écartent aucune autre mesure, a-t-il insisté. « Tout organisme qui ne respecte pas les règles s’expose à des conséquences très graves. »

Un signalement aurait été fait à la Santé publique au moment où de premiers cas d’infection étaient rapportés. C’est à la suite d’enquêtes épidémiologiques ayant lié ces infections au lieu de culte de la Good News Chapel que la Direction de la santé publique a multiplié les ordonnances.

Plusieurs représentants du milieu, autant les maires que des députés locaux, ont été interpellés pour faire entendre raison au très controversé leader religieux Steve Gesualdi, qui gère la Good News Chapel.

Plusieurs membres gravitant autour de cette communauté, qui compterait jusqu’à 800 fidèles, ont également tenté d’alerter les autorités. Jonathan Di Carlo, un ancien membre de Good News Chapel, affirme avoir fourni au corps policier des preuves de manquement aux mesures sanitaires, sans avoir constaté de conséquences. Si les policiers peinent à sévir, c’est que le corps pastoral camoufle ses attitudes, selon lui. « Dès qu’ils savent que la police rentre, ils signalent à tout le monde avec des talkies-walkies de mettre des masques. On joue à la cachette. »

L’impact de cette éclosion dépasse la seule communauté de croyants, ajoute M. Di Carlo. « C’est pas une culture religieuse de la communauté de Saint-Léonard. Les gens viennent de vraiment partout. J’habite à Beaconsfield, j’ai des cousines qui habitent à Pointe-Claire, d’autres à Brossard, d’autres à Repentigny. Donc une éclosion qui arrive à l’église va se répandre un peu partout dans la grande région de Montréal. »

Dès qu’ils savent que la police rentre, ils signalent à tout le monde avec des talkies-walkies de mettre des masques. On joue à la cachette.

 

Approche « graduée »

Parmi les abonnés de la page Facebook de la Good News Chapel et de certains membres de son conseil d’administration, on trouve de nombreux fidèles et pasteurs recourant à diverses formules pour dénoncer les vaccins, les mesures sanitaires et les politiques de santé publique des gouvernements.

Des lieux de culte ont été rappelés à l’ordre depuis le début de la pandémie, mais des fermetures n’ont jamais été décrétées, affirme la DRSPM. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a notamment dispersé des fidèles réunis en trop grand nombre dans certaines synagogues en début de pandémie, mais ces interventions ont parfois causé un bris dans les relations avec des communautés religieuses.

C’est pourquoi les autorités adoptent une approche « graduée » et de « réduction des méfaits », pour éviter qu’une fermeture n’entraîne le repli des fidèles vers un lieu clandestin, ou les invite à se taire et à ne pas se faire dépister.

« Les leaders religieux ont une grosse influence sur certaines communautés. Je ne comprends pas que le passeport vaccinal ne soit obligatoire dans les lieux de culte, alors qu’il l’est pour aller au cinéma ou au restaurant », déplore le Dr Joseph Dahine, de la Cité de la santé à Laval, qui a déjà reçu des fidèles gravement malades aux soins intensifs.

Les autorités de santé publique de Montréal ont déjà eu recours à une ordonnance pour faire cesser une « menace réelle », notamment en fermant la résidence privée pour aînés Herron, tandis qu’à Québec, le club sportif Méga Fitness Gym et le bar karaoké Kirouac ont été fermés à la suite d’éclosions majeures.

Une communauté proche des évangéliques américains

Les prêches de l’église Good News Chapel font écho au courant évangéliste américain. La conjointe du pasteur Steve Gesualdi, Jessica Gesualdi, partage régulièrement des messages du télévangéliste américain Jonathan Shuttlesworth, suivi par des dizaines de milliers de personnes. Ce dernier a été remarqué par la presse des États-Unis pour avoir défié les mesures sanitaires au début de la pandémie, qualifiant publiquement les églises qui fermaient leurs portes de « perdantes » et de « mauviettes ». Les pratiques de Good News Chapel, comme indiqué sur leur site Web, incluent l’« imposition des mains » sur le front de malades de même que les « guérisons divines ». Cette église s’adonne aussi aux « thérapies de conversion », une pratique visant à modifier l’orientation sexuelle d’une personne homosexuelle, selon Jonathan Di Carlo, un ancien membre de la communauté. Jean-Louis Bordeleau
 

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