Faut-il stigmatiser les non-vaccinés pour les convaincre de tendre le bras ?

La stigmatisation polarise et « renforce le communautarisme », note Arnaud Gagneur, spécialiste de l'hésitation vaccinale.
Photo: Steve Russell (Archives) La Presse canadienne La stigmatisation polarise et « renforce le communautarisme », note Arnaud Gagneur, spécialiste de l'hésitation vaccinale.

Le fort taux d’hésitation des parents à faire vacciner leur enfant pourrait limiter les bénéfices collectifs de l’immunisation des 5 à 11 ans. La stigmatisation des non-vaccinés constitue en revanche la « pire stratégie » pour les convaincre.

« Il ne faut pas mettre de pression ni sur les enfants ni sur les parents », a insisté le premier ministre François Legault la semaine dernière en conférence de presse. « On ne veut pas se retrouver dans une situation où les enfants seraient stigmatisés s’ils ne sont pas vaccinés. C’est un choix personnel. »

La stigmatisation des non-vaccinés contre la COVID-19 est effectivement « la pire stratégie » pour convaincre quelqu’un qui hésite, selon Arnaud Gagneur, spécialiste de l’hésitation vaccinale.

Il a d’ailleurs banni le terme « convaincre » de ses études. « On veut les motiver. On veut que ça vienne d’eux. »

M. Gagneur est à l’origine d’une approche innovante en la matière : le « Programme d’entretien motivationnel en maternité pour l’immunisation des enfants » (EMMIE). Conçue d’abord en Estrie il y a une dizaine d’années sous le nom de « Promovac », la formule a été mise au point pour inciter les parents à faire vacciner leurs enfants contre les maladies infantiles telles que la coqueluche, la méningite ou le tétanos. Cette méthode a depuis été reprise par Santé Canada dans la campagne de vaccination contre la COVID-19.

« Souvent, c’est des gens qui répètent ce qu’ils entendent. Le réflexe, c’est de juger et dire qu’il est stupide de croire ça », explique le chercheur associé à l’Université de Sherbrooke. Or, « la majorité des personnes qui hésitent, ce sont des personnes qui sont sensées, qui réfléchissent et qui se posent des questions. Quand on commence à les stigmatiser, les prendre de haut, ça ne fonctionne pas. »

La stigmatisation polarise et « renforce le communautarisme », note-t-il. Les personnes se positionnent alors « comme des incompris », vivent un sentiment de victimisation et « génèrent de la révolte ».

La clé réside dans « la responsabilisation », l’écoute, l’empathie, la réception des questionnements « avec bienveillance », le tout « dans un climat de non-jugement et de respect ».

Chez les parents qui recevaient les conseils d’une personne formée à l’EMMIE, « le niveau d’hésitation diminuait de 40 % ». L’approche a été testée chez les parents « très hésitants », qui représentent environ 15 % de la population. « Après l’intervention, il n’y avait que 5 % qui étaient encore très hésitants », affirme M. Gagneur.

« Si tu ne te vaccines pas, voici ce que ça comporte comme conséquence pour toi et pour les autres. Je ne te juge pas pour ce que tu décides, mais il faut comprendre que ta décision a un impact sur toi, ton enfant et la population générale », exemplifie le spécialiste.

Cette méthode éprouvée pour convaincre les hésitants commence à se propager à travers le monde. Arnaud Gagneur a formé cet été des conseillers à la vaccination en Roumanie et prévoit tenter l’expérience en France d’ici peu.

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