C’est parti pour la vaccination à l’école

Eline Proslier, 7 ans, se faisait vacciner lundi à l’école Saint-Marc.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Eline Proslier, 7 ans, se faisait vacciner lundi à l’école Saint-Marc.

« Ça fait rire les oiseaux, ça fait chanter les abeilles, ça chasse les nuages et fait briller le soleil… » En ce lundi matin, la célèbre chanson de La Compagnie créole résonne dans le petit gymnase de l’école primaire Saint-Marc, à Montréal. À l’ombre de paniers de basket, entre d’épais tapis de gymnastique faisant office de paravents, des infirmières vaccinent joyeusement des élèves de la maternelle à la sixième année.

Ballons en forme d’animaux, boîtes de jus, bonbons, collants… L’opération vaccinale prend des airs de fête. Les élèves de l’école Saint-Marc ont même eu droit à la visite de Preti, une chienne Mira formée pour soutenir les gens souffrant d’anxiété. Eline Proslier, 7 ans, l’a caressée, une fois vaccinée. « Ça fait pas mal », dit l’élève de deuxième année. Assise sur un banc de bois du gymnase, elle appose le tampon de son choix sur son « diplôme d’enfant courageux ».

 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Ça fait pas mal», a dit la jeune Eline Proslier une fois vaccinée. Assise sur un banc de bois du gymnase, elle appose le tampon de son choix sur son «diplôme d’enfant courageux».

Environ 240 des 538 élèves de l’école Saint-Marc devaient être vaccinés lundi. Il s’agit de la première journée de vaccination au Centre de services scolaire de Montréal, organisée par le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. L’établissement de santé a déjà tenu des séances vendredi dans deux écoles du Centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île. Des cliniques mobiles seront mises sur pied dans chaque école du territoire, assure le CIUSSS.

« Plus braves qu’on peut penser »

« Ça va vraiment bien, les enfants ne pleurent pas, dit Marie-Claude Bédard, cheffe d’administration des programmes Santé scolaire et hygiène dentaire. Ils sont pas mal plus braves qu’on peut penser. »

De nombreux élèves de la maternelle se sont fait vacciner lors du passage du Devoir à l’école Saint-Marc. Deux d’entre eux ont toutefois refusé, malgré les propos rassurants des infirmiers, l’intervention de Preti et la présence de leur enseignante. « Quand il n’y a rien à faire, on avertit les parents, dit le directeur Sylvain Cléroux. On ne force personne. »

Preti arrive toutefois à faire « de petits miracles », selon Léa Marie George, une psychoéducatrice du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal qui accompagne l’animal. Elle cite en exemple une jeune fille de 11 ans, phobique des aiguilles, qui s’est littéralement agrippée à la fourrure du chien pendant sa vaccination au Stade olympique.

 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Preti, une chienne Mira formée pour soutenir les gens souffrant d’anxiété, était venue donner du courage aux enfants de l'école Saint-Marc.

La chienne de 4 ans, qui travaille habituellement avec les adultes, n’a pas bronché. « Elle est patiente, dit Léa Marie George. Elle aime vraiment beaucoup ça, les enfants. »

Les parents sont nombreux à vouloir faire vacciner leur enfant contre la COVID-19. En point de presse lundi, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a souligné que le tiers des enfants de 5 à 11 ans, soit environ 200 000, avaient été vaccinés ou avaient un rendez-vous pour obtenir une première dose.

Partout dès la semaine prochaine

Dès la semaine prochaine, la vaccination scolaire se mettra véritablement en branle partout au Québec, selon la Fédération québécoise des directions d’établissement scolaire. « Quelques écoles ont commencé, dit son président, Nicolas Prévost. Mais la majorité, c’est la semaine prochaine. » Il rappelle que les parents doivent acheminer le document de consentement aux directions avant que les opérations vaccinales débutent.

À l'Association montréalaise des directions d'établissement scolaire, on s’explique mal pourquoi certains CIUSSS montréalais sont en mesure d’offrir la vaccination dans toutes les écoles de leur territoire et d’autres non. « Nos petits se sentent en confiance à l’école, rappelle sa présidente, Kathleen Legault. On favorise l’accessibilité à la vaccination quand on l’offre à l’école. Dans certains quartiers, il semble que les parents n’auront pas ce choix. »

Le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal a confirmé au Devoir que 100 % des 56 écoles primaires publiques ou primaires spécialisées de son territoire seront visitées par une équipe de vaccination. Les 36 écoles primaires privées, elles, pourront envoyer leurs élèves dans un site de vaccination attitré si elles organisent un transport pour s’y rendre, précise-t-on.

Le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal indique pour sa part que des équipes de vaccination mobiles se rendront dans la moitié des écoles de son territoire. « Certaines écoles enverront des groupes par transport organisé vers nos sites fixes de vaccination où des plages horaires seront réservées pour eux », ajoute-t-on. Les parents peuvent aussi accompagner leur enfant dans un site de vaccination, rappelle-t-on.

Sylvain Cléroux se dit impressionné que le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal ait dépêché lundi une quarantaine d’employés dans son école. Il souhaite que la vaccination de ses élèves facilite la gestion des cas de COVID-19, une source de stress pour le personnel. Depuis la rentrée, son école a enregistré dix infections chez des élèves et une chez les employés. « On a fermé deux classes, dit le directeur. Ça ressemble à l’année passée, mais cette année, ça se répand plus vite. »

Les 5-11 ans sont actuellement la population la plus touchée par la COVID-19, souligne le Dr Paul Le Guerrier, médecin-conseil à la Direction régionale de santé publique de Montréal. Il espère que les parents « vont embarquer » dans le train de la vaccination. « Il y a une modélisation qui a été faite au Québec, et si on peut vacciner une bonne proportion des enfants, on pourra peut-être atténuer la quatrième vague, donc avoir moins de cas, surtout dans le temps des Fêtes », explique-t-il.


Une version précédente de ce texte indiquait que Kathleen Legault est présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, alors qu'elle est celle de l'Association montréalaise des directions d'établissement scolaire.



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