Des tests rapides sur la liste de Noël

Le gouvernement fédéral a distribué à ce jour près de 63 millions de tests rapides aux provinces.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le gouvernement fédéral a distribué à ce jour près de 63 millions de tests rapides aux provinces.

Des tests d’autodépistage de la COVID-19 : voilà le cadeau que le gouvernement Legault devrait offrir aux familles pour Noël, estiment plusieurs experts consultés par Le Devoir. Québec tente justement d’en distribuer prochainement, à l’instar des autres provinces canadiennes, qui ont elles aussi réclamé davantage de tests rapides au fédéral.

Le congé des Fêtes arrive à grands pas. Tout comme les rassemblements familiaux qui l’accompagnent. Mais les enfants de 5 à 11 ans n’auront reçu qu’une seule dose de vaccin d’ici là, tandis que les tout-petits n’y ont pas encore droit. Tout cela alors que les réseaux de santé sont à bout de souffle, partout au pays.

Les provinces ont donc eu la même idée. « Toutes les provinces demandent plus de tests rapides », confirme une source fédérale au Devoir.

Les gouvernements provinciaux font part de leurs demandes liées à la gestion de la pandémie sur leur territoire à l’Agence de la santé publique du Canada tous les mois. Ils ont revu leurs commandes de tests rapides à la hausse au cours des dernières semaines, selon les informations obtenues par Le Devoir. Celle du Québec n’a pas encore été chiffrée.

« Des discussions sont en cours avec le Québec concernant l’estimation définitive de leurs besoins pour novembre et décembre », a rapporté un porte-parole de l’agence de santé publique fédérale, par courriel.

Le bureau du ministre de la Santé, Christian Dubé, a quant à lui confirmé son souhait de simplifier d’ici peu le dépistage au Québec.

« C’est tout à fait dans l’intention du ministre Dubé d’amener plus d’autonomie dans la façon de [faire du dépistage chez] les Québécois », a indiqué son attachée de presse par courriel. « Nous comprenons d’ailleurs les parents qui ont très hâte d’avoir une formule plus autonome pour le dépistage [auprès] des enfants. Nous espérons recevoir d’ici les prochaines semaines de la part du fédéral de l’équipement qui permettra de concrétiser cette vision, graduellement. »

Le gouvernement fédéral a distribué à ce jour près de 63 millions de tests rapides aux provinces. De ce nombre, 9,2 millions ont été expédiés au Québec, dont 4,5 millions demeurent en réserve. Les 4,7 millions restants ont été envoyés dans divers points de service, mais seuls 327 000 tests rapides avaient été utilisés en date du 12 novembre, selon les données d’Ottawa.

Le gouvernement fédéral compte en outre encore 3,5 millions de tests rapides dans sa réserve stratégique à disposition des provinces.

Des tests pour les plus petits

 

La Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, croit que le gouvernement québécois devrait fournir gratuitement, avant les Fêtes, des tests de dépistage rapides aux familles comptant des enfants de moins de 5 ans (nécessairement non vaccinés) ou des enfants de 5 à 11 ans (partiellement vaccinés ou non vaccinés).

« Ce sont eux les plus à risque d’être infectés, sans nécessairement le savoir, dit-elle. Je pense que c’est une bonne idée d’être capable de les tester avant d’aller dans de grands rassemblements de famille. » La pédiatre doute fort que la distanciation soit respectée si beaucoup de convives se réunissent.

La professeure agrégée à l’École de santé publique de l’Université de Montréal Roxane Borgès Da Silva plaide elle aussi pour un plus grand accès aux tests de dépistage rapides, un outil de plus « pour éviter une circulation du virus pendant les Fêtes ».

« On pourrait améliorer notre gestion des risques en responsabilisant la population et en lui permettant de s’autotester avec les tests rapides », pense-t-elle.

Des cas pourraient passer entre les mailles du filet, reconnaît pour sa part la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au CHUM. « Les tests antigéniques n’ont pas une sensibilité parfaite, loin de là. Par contre, ils vont détecter une charge virale suffisante, et ce sont ces gens-là qui sont les plus susceptibles de transmettre la maladie », note-t-elle.

David Juncker, directeur du Département de génie biomédical de l’Université McGill, souligne à son tour que les tests antigéniques sont « extraordinairement sensibles » si l’individu est « contagieux » — les cas de figure qu’il faudrait justement trouver avant de se réunir en famille dans un mois.

« Pour infecter quelqu’un, il faut une grosse dose de virus, explique M. Juncker. Si vous allez dans votre famille, voir vos grands-parents, qui sont typiquement beaucoup plus à risque, le jour où vous allez les visiter, c’est le moment de faire un test. »

Dans le contexte actuel, la Dre Tremblay croit que Québec devrait rendre ces tests accessibles à la population.

Depuis le début de la pandémie, le gouvernement a limité leur utilisation afin d’éviter qu’ils soient utilisés à « mauvais escient », rappelle-t-elle. « Cela dit, je pense qu’on a été un peu trop strict, puis il est temps de l’utiliser comme outil de plus pour nous aider à gérer la pandémie », juge-t-elle.

L’Ontario a annoncé il y a une semaine qu’elle distribuerait aux écoles publiques 11 millions de tests antigéniques rapides avant les vacances de Noël. Chaque élève qui le souhaite disposera de cinq tests de dépistage, à s’administrer deux fois par semaine du 23 décembre au retour du congé.

Au Québec, l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires pense que ses membres pourraient gérer la distribution des autotests. « On est capables de renouveler des tests dans un dossier pour s’assurer que les gens n’abusent pas ou ne revendent pas ça sur Amazon », assure son président, Benoit Morin.

Les pharmaciens pourraient aussi enseigner aux gens de quelle façon utiliser ces tests, suggère-t-il. « On a des discussions [avec le gouvernement] sur le rôle qu’on pourrait jouer là-dedans », rapporte M. Morin, en précisant que celles-ci sont exploratoires.

Des tests d’autodépistage sont déjà vendus dans les pharmacies et certains points de vente en Ontario, pour les personnes asymptomatiques. En cas de résultat positif, celles-ci doivent s’isoler, et se faire tester dans une clinique de dépistage dans les 48 heures pour confirmer le diagnostic.

Ces autotests sont également vendus en pharmacie en France et au Royaume-Uni. Du côté des États-Unis, des tests rapides seront accessibles dans les pharmacies à compter du mois prochain.

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