Une troisième dose pour affronter les Fêtes?

Le Royaume-Uni prend les grands moyens pour octroyer une troisième dose aux plus de 40 ans avant le 11 décembre.
Photo: Paul Ellis Agence France-Presse Le Royaume-Uni prend les grands moyens pour octroyer une troisième dose aux plus de 40 ans avant le 11 décembre.

La France et le Royaume-Uni passent en quatrième vitesse et offrent une troisième dose à leur population adulte pour faire échec au virus avant Noël. Le Québec doit-il emboîter le pas ? Des experts jugent qu’il est « minuit moins une » pour des centaines de milliers de Québécois bientôt vaccinés depuis plus de six mois.

La cinquième vague qui déferle sur l’Europe a connu un nouveau tournant jeudi avec l’appel pressant à ce que la France généralise l’octroi d’une dose de rappel à toute la population adultedès samedi prochain. La Haute Autorité de santé française a même ramené de six à cinq mois le délai minimal entre la deuxième dose et la dose de rappel, désormais essentielle chez les 65 ans et plus pour conserver un passeport sanitaire valide.

Le Royaume-Uni prend aussi les grands moyens pour octroyer une troisième dose aux plus de 40 ans avant le 11 décembre, dans une course lancée pour éviter une transmission élevée lors des festivités de Noël et du Nouvel An.

Aux prises depuis l’automne avec des flambées d’infections, l’Europe se débat avec une cinquième vague qui pourrait faire jusqu’à 700 000 morts d’ici le printemps, selon l’Organisation mondiale de la santé.

Au Québec, alors que le nombre de cas augmente, les voix se multiplient pour demander l’administration d’une dose de rappel à toute la population. Et cela, afin d’éviter un ressac des infections chez les doublement vaccinés, comme ceux observés en Europe, notamment au Royaume-Uni.

« C’est le train de la science qu’il faut suivre, pas celui des politiciens. Et la science nous dit que l’immunité procurée par le vaccin diminue après six mois. Il faut être agile, rapide. Ne pas attendre la catastrophe », estime Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

À l’approche des Fêtes, il faut offrir une plus grande protection aux Québécois. « Ce serait faisable de faire ça rapidement, en même temps que la campagne pour les enfants », croit-elle.

Une immunité en sursis

Selon les chiffres colligés par Le Devoir à partir des données publiques de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), un peu plus de 2,3 millions de Québécois auront reçu leur deuxième dose depuis plus de six mois au cours du mois de décembre. À la fin de janvier, ce nombre atteindra 4,8 millions.

Le professeur André Veillette, chercheur en immunologie à l’Institut de recherches cliniques de Montréal et membre du groupe de travail fédéral sur les vaccins contre la COVID-19, signale que plusieurs études ont recensé une baisse de l’immunité bien avant six mois.

« Pour les travailleurs de la santé qui ont reçu leur deuxième dose en mars ou en avril, il est plus que minuit moins une avant que des éclosions refassent surface dans les hôpitaux qui traitent des patients vulnérables », presse-t-il.

Une étude menée en Israël auprès de 80 000 patients doublement vaccinés avec le vaccin de Pfizer-BioNtech, publiée jeudi dans le British Medical Journal, révèle que la protection contre les infections chez ces personnes avait chuté de moitié après quatre mois, et était 10 fois moindre après six mois. Le vaccin demeurait toutefois efficace pour prévenir les hospitalisations pendant six mois.

« On n’est pas différents génétiquement des Européens ou même des gens de la Colombie-Britannique, où on a vu que l’immunité des gens vaccinés a déjà commencé à diminuer. Le vaccin est disponible, il coûte 20 $, il augmente la protection de 60 à 90 %, alors pourquoi attendre que les cas augmentent ? » souligne André Veillette. La Colombie-Britannique a élargi à tous l’accès à la troisième dose, une mesure qui entrera en vigueur dès janvier 2022. C’est aussi le cas au Manitoba.

Selon cet expert en immunologie, le haut taux de vaccination atteint au Québec ne protège pas la population de la baisse d’immunité inhérente aux vaccins actuels. C’est le maintien des mesures sanitaires, combiné à la forte couverture vaccinale, qui explique la situation enviable du Québec par rapport à certains pays d’Europe ayant eux aussi atteint de bons taux de vaccination. La France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Allemagne et plusieurs pays scandinaves ont notamment assoupli trop vite les restrictions sanitaires et en paient désormais le prix, dit-il. L’Islande, le Danemark et l’Allemagne viennent d’ailleurs d’étendre la dose de rappel à tous leurs résidents.

Des données différentes

Mais selon l’INSPQ, rien ne justifie pour l’instant l’octroi au Québec d’une dose de rappel à tous. « L’Europe se distingue de nous sur plusieurs critères. Une différence de 10 % dans la couverture vaccinale, c’est énorme, et là-bas, on a agi cet automne comme si la COVID n’existait plus en levant plusieurs mesures sanitaires », affirme le Dr Gaston De Serres, médecin-conseil à l’INSPQ.

Pour l’instant, le suivi étroit des personnes vaccinées au Québec démontre que l’efficacité du vaccin se maintient, même au-delà de sept mois. L’INSPQ soutient que l’espacement des deux doses offertes s’est avéré plus efficace pour prolonger l’immunité contre le virus. « On suit cela à la loupe avec nos données locales pour voir s’il y a un affaiblissement de l’efficacité. Est-ce qu’on doit faire comme les autres pays par simple précaution ? Aux États-Unis, ils ont instauré la troisième dose pour toute la population avant même qu’il y ait des données scientifiques probantes sur son utilité », dit-il. Le Comité d’immunisation du Québec doit prochainement faire une mise à jour sur la surveillance de l’immunité conférée par les vaccins.

Le virologue et immunologue Alain Lamarre, professeur et chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique, avance pour sa part qu’une « troisième dose est inévitable plus tôt que tard ». « On n’aura pas le choix. Je crois qu’on a atteint les six mois fatidiques pour les 50 ans et plus. C’est déjà dépassé pour nombre de travailleurs de la santé. Ça commence à presser. Il faut prévenir plutôt que réagir. »

 


Une version précédente de ce texte faisait référence par erreur au virologue et immunologue André Lamarre. Il s'agit plutôt d'Alain Lamarre.

 

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