Des parents avec bien des questions en suspens

Une femme et une enfant devant une clinique de vaccination à Montréal, mardi. Pour plusieurs, les avantages de la vaccination sont plus difficiles à percevoir puisque les enfants atteints de la COVID-19 développent généralement très peu de symptômes.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Une femme et une enfant devant une clinique de vaccination à Montréal, mardi. Pour plusieurs, les avantages de la vaccination sont plus difficiles à percevoir puisque les enfants atteints de la COVID-19 développent généralement très peu de symptômes.

La vaccination des enfants ne convainc pas tout le monde. Plusieurs parents doutent des bénéfices d’un vaccin destiné aux enfants, qui éprouvent peu de symptômes de la COVID-19.

Il n’est pas compliqué de trouver des parents qui hésitent à faire vacciner leurs enfants. Près de 46 % des parents d’enfants de 5 à 11 ans n’ont pas l’intention de faire vacciner leur progéniture ou demeurent indécis, selon l’Institut national de santé publique du Québec.

Marie, mère doublement vaccinée de deux enfants de 6 et 9 ans, fait partie de ce groupe. Le discours du gouvernement la laisse dans le flou. « Pourquoi il n’y a pas de recommandations de l’OMS ? Pourquoi est-ce qu’il n’y a qu’un seul vaccin autorisé ? Peut-être qu’il est moins sécuritaire », demande-t-elle au Devoir devant l’école primaire de son garçon. « Et est-ce qu’ils vont demander l’autorisation des deux parents ? Si leur père va les faire vacciner sans me le dire, comment ça se passe ? Est-ce que les restrictions vont être levées complètement après ? Est-ce que les enfants devront quand même faire leur quarantaine en revenant de voyage ? J’en ai des milliards, de questions. »

Antonio Valles est lui aussi ambivalent. « Je ne peux pas voyager si mes enfants ne sont pas vaccinés. La priorité, ce serait ça, de pouvoir se déplacer pour retrouver sa famille en dehors du pays. Je dois respecter le protocole des autres pays. » À ses côtés, son fils affirme qu’il souhaite recevoir le vaccin. « C’est à lui de décider, dans le fond. Il faut en parler avec lui. Il faut prendre un moment pour en discuter avec nos enfants », note le père de famille.

Après la conférence de François Legault, la perplexité flottait toujours dans la tête de parents contactés par Le Devoir. « Je ne trouve pas qu’il a vraiment expliqué grand-chose, mais oui, je pense que je vais faire vacciner mon enfant », confie Vicky Boulianne, elle-même vaccinée. « Mon garçon veut se faire vacciner, mais si c’était moi, j’attendrais un peu pour voir comment ça réagit. » Pour elle, « la seule bonne raison pour l’instant », c’est de permettre à son enfant de retirer son masque à l’école.

Essentielle communication

« [Les vaccins contre la COVID-19] ne sont pas plus dangereux ou sécuritaires que tous les autres vaccins qu’on donne aux enfants », a par ailleurs ajouté le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique. Les données indiquent que la vaccination pédiatrique protège à 91 % contre l’acquisition de l’infection. Québec enverra des formulaires de consentement et d’information au sujet de la vaccination aux parents par l’intermédiare des écoles.

L’hésitation vaccinale n’est pas le fruit de la pandémie. Près du tiers des parents hésitaient, avant la COVID-19, à faire immuniser leurs enfants contre les maladies infectieuses. Mais un parent hésitant, « ça ne veut pas dire qu’il ne vaccine pas », exprime avec nuance le professeur de pédiatrie à l’Université de Sherbrooke Arnaud Gagneur.

 

Le besoin d’être rassuré a par contre évolué. « Ce qui fait un peu le lit de l’hésitation de la vaccination aujourd’hui, c’est la désinformation, la mésinformation, tout ce qui circule sur les réseaux sociaux », explique M. Gagneur. « Ce qui est important, c’est de mettre l’accent sur le discours singulier des professionnels de la santé pour répondre aux préoccupations des parents. Ce serait important que les parents puissent se tourner vers des professionnels de la santé pour poser leurs questions sans se sentir jugés. Il y a peut-être un relais à offrir en plus [de la communication gouvernementale]. »

Ce constat rejoint celui de la Dre Maryse Guay, médecin spécialiste à la direction de santé publique de la Montérégie. « Quand je vois à quoi les parents font face, ils se sentent démunis au milieu de ce flot d’informations. Ils ne savent plus où donner de la tête, et c’est difficile à gérer. »

Les avantages de la vaccination sont plus difficiles à percevoir pour la COVID-19 puisque les enfants atteints de la maladie développent très peu de symptômes. « Les hospitalisations, il n’y a pas des conséquences là. Mais si les enfants transmettent le virus aux plus âgés, là, ça peut avoir des conséquences sur le système de santé », avance la Dre Guay.

« On est plus dans une perspective globale de gestion de la pandémie et la nécessité de diminuer la transmission du virus », renchérit Arnaud Gagneur. « On n’a pas l’habitude pour la vaccination des enfants d’être dans une logique plus collective qu’individuelle. »

La fin des mesures sanitaires après ce chapitre de la campagne de vaccination est sans doute le meilleur argument pour convaincre les réticents, selon lui, car le « lourd tribut » sur la santé mentale des jeunes et les retards dans les apprentissages pris lors des confinements constituent la première conséquence de la pandémie chez les jeunes. « Le bénéfice de la vaccination pour les enfants est très grand, mais ce n’est pas un bénéfice direct. »

Le Canada compte parmi les premiers pays du monde à immuniser les enfants avec des vaccins approuvés en Amérique du Nord. Seuls Israël, la Malaise et les États-Unis nous ont devancés. Les vaccins chinois sont en revanche déjà offerts aux moins de 12 ans au Chili, au Cambodge, en Équateur et, bien sûr, en Chine.

La Dre Guay note que des essais cliniques sont en cours pour des vaccins destinés aux bambins de 6 mois à quatre ans. « Après Noël, probablement en janvier ou février, on aura des données. »



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