Combattre la COVID-19 avec l’armée au Nunavik?

Le virus se propage de village en village et sévit maintenant dans 10 des 14 communautés inuites. En photo, le village de Salluit, confiné depuis un mois.
Photo: Ian Schofield Creative Commons Le virus se propage de village en village et sévit maintenant dans 10 des 14 communautés inuites. En photo, le village de Salluit, confiné depuis un mois.

La quatrième vague de COVID-19 frappe de plein fouet le Nunavik. Le virus se propage de village en village et sévit maintenant dans 10 des 14 communautés inuites. La Santé publique propose aux municipalités de faire appel aux Rangers, des réservistes de l’Armée canadienne qui pourraient leur offrir un soutien technique et faire de la sensibilisation auprès de la population.

Une offre déclinée, pour le moment, par les municipalités, indique la Dre Marie Rochette, directrice régionale de santé publique du Nunavik. « Il n’y en a pas qui a jugé nécessaire de [recourir à eux] pour l’instant, précise-t-elle. Mais la porte est ouverte, puis c’est quelque chose qui est toujours possible. » Il faudrait toutefois que Québec formule une demande à Ottawa, comme ce fut le cas pour le déploiement des forces armées dans les CHSLD.

Le Nunavik affiche actuellement le pire bilan de COVID-19 au Québec. Son taux de cas actifs par 100 000 habitants frôle les 1825, loin devant le réseau local de services du Granit, en Estrie, qui arrive deuxième avec 516.

La COVID-19 s’est répandue comme une traînée de poudre au Nunavik depuis la détection du premier cas, le 7 octobre. La Santé publique recensait jeudi 222 cas actifs. « La situation n’est pas totalement maîtrisée », reconnaît la Dre Rochette.

Deux communautés — Tasiujaq et Aupaluk — sont récemment passées au palier d’alerte rouge. Leur population est confinée, et les lieux publics non essentiels, comme les écoles et les services de garde, sont fermés. Quatre autres villages vivent sous le même régime, dont Salluit depuis un mois.

Un confinement difficile pour les résidents qui vivent nombreux dans de petits logements. « On se retrouve avec des familles qui doivent passer plusieurs jours, voire des semaines en isolement complet parce qu’une personne est infectée, après ça, une autre personne de la maisonnée l’est, se désole la Dre Rochette. Ça amène un fardeau très important sur les familles. »

Certaines communautés s’en tirent mieux et voient la lumière au bout du tunnel. Dès lundi, Kuujjuaq, le plus grand village du Nunavik, passera du palier rouge au « orange plus », un nouveau palier plus restrictif que le palier orange. Les enfants pourront retourner à l’école et dans les services de garde, « mais les restaurants et les églises vont demeurer fermés », précise la Dre Rochette.

Peu d’hospitalisations

La population du Nunavik étant jeune, on ne déplore aucun décès lié à la COVID-19 et peu d’hospitalisations depuis le 7 octobre. Au total, 13 personnes ont été hospitalisées, dont 8 qui ont été évacuées vers le sud et prises en charge par le Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Le centre hospitalier montréalais entretient des liens étroits avec le Nunavik et accueille depuis longtemps déjà des patients inuits.

Selon la Dre Ewa Sidorowicz, directrice des services professionnels du CUSM, environ la moitié des patients transférés depuis le 7 octobre l’ont été en raison de la COVID-19. Les autres étaient porteurs du virus, mais avaient besoin de soins pour d’autres problèmes de santé ou affections. Elle cite en exemple une femme enceinte. « Étant donné que [la patiente] était positive à la COVID, la région préférait qu’elle accouche plus proche d’un centre spécialisé, mais elle n’a pas eu de problème avec la COVID », précise-t-elle.

La capacité hospitalière du Nunavik demeure limitée. Les deux centres de santé de la région, situés à Kuujjuaq et à Puvirnituq, comptent au total quatre lits réservés pour des malades atteints de la COVID-19, selon la Dre Rochette. Une unité de débordement de 16 lits a toutefois été aménagée à l’hôpital de Kuujjuaq en prévision d’un afflux de patients.

Le CUSM a aussi donné des formations aux infirmières et aux médecins du Nunavik afin de les préparer à la prise en charge de patients souffrant de la COVID-19. Il a dépêché dimanche une infirmière spécialisée en prévention et en contrôle des infections afin qu’elle forme du personnel dans des villages.

Malgré la flambée des cas, la couverture vaccinale progresse plutôt lentement au Nunavik. Selon le dernier bilan régional, qui date du 10 novembre, 63 % des 12 ans et plus ont reçu leurs deux doses de vaccin. La proportion était de 59 % le 17 octobre. « Ce n’est pas une augmentation spectaculaire, observe la Dre Rochette. Ça suit la tendance qu’on voit depuis les derniers mois. »

Selon elle, plusieurs raisons expliquent cette faible couverture vaccinale, comme la crainte des effets secondaires, la désinformation et le discours antivaccin de « certaines personnes influentes dans certains groupes religieux » au Nunavik. « Probablement, un facteur majeur, c’est le manque de confiance dans le système de soins, un manque de confiance dans les vaccins qui viennent d’un système qui ne les a pas toujours bien traités et qui ne les traite pas toujours bien encore, malheureusement », croit-elle.

Au Québec, 87 % des 12 ans et plus sont doublement vaccinés. La Santé publique du Nunavik souhaite atteindre une couverture vaccinale semblable à celle des régions du sud. Elle compte profiter de la campagne de vaccination des 5 à 11 ans pour réinviter les parents à relever la manche. Elle veut aussi recourir à la radio locale pour offrir des séances d’information, comme elle l’a fait dernièrement. « Les gens peuvent appeler pour poser des questions, explique la Dre Rochette. C’est sûrement une stratégie [qu’on va adopter] pour la vaccination pédiatrique. »



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