Québec dit ignorer combien de patients ratent ou reportent leur opération

La nouvelle directive qui vise le retrait des patients récidivistes pénaliserait injustement certains usagers.
Photo: Getty Images La nouvelle directive qui vise le retrait des patients récidivistes pénaliserait injustement certains usagers.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ne se dit pas en mesure de chiffrer le nombre exact de patients qui reportent ou annulent leur opération et contribuent au gonflement des listes d’attente. Mais la nouvelle directive visant le retrait de ces patients des listes après deux reports est jugée nécessaire pour une gestion « efficiente » en chirurgie.

« Nous n’avons pas les statistiques exactes du nombre de patient retiré (sic) de la liste d’attente pour les raisons évoquées. Avec les systèmes présentement en place, le MSSS n’est pas en mesure de chiffrer exactement le nombre de patients », a indiqué mercredi la Direction des communications du MSSS, en réaction à une demande faite par Le Devoir pour connaître l’ampleur du phénomène.

Dans sa réponse, le MSSS a dit agir sur la base de rapports venant d’établissements qui ont indiqué « à plusieurs reprises que ceci les empêchait de procéder à une saine gestion des listes d’attente ».

À cet effet, depuis le 2 novembre, les établissements sont priés d’appliquer une nouvelle directive ayant pour but de retirer des listes d’attente les patients qui ont déjà raté ou reporté leur intervention chirurgicale non urgente ou un examen diagnostique ou qui se sont déclarés par deux fois non disponibles pour une période maximale de six mois.

Le Devoir a pu obtenir des chiffres de quelques établissements, notamment des CISSS de Laval (9 %) et de la Montérégie-Ouest (2 %), qui semblent montrer que les annulations en chirurgie imputables aux patients sont marginales. À Montréal, par exemple, le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) a recensé 45 désistements, reports ou absences de patients à leur rendez-vous pour une opération sur les plus de 7500 interventions réalisées depuis avril 2021 à l’Hôpital général de Montréal et à l’hôpital Royal Victoria.

Interpellé sur ce dossier lors d’une mêlée de presse à Québec, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a quelque peu éludé la question, et a indiqué qu’il n’était pas encore capable de « quantifier le gain en efficacité » de cette mesure. « On n’a pas encore trouvé les infirmières pour faire ce rattrapage », a-t-il dit, faisant référence au problème des longues listes d’attente entraîné par les retards accumulés pendant la pandémie.

Mardi, des représentants des usagers ont toutefois déploré que cette directive pénalise injustement certains patients, alors que la majorité des reports et des annulations seraient plutôt le fait des hôpitaux et liés à des problèmes administratifs ou structurels.

Mercredi, la cheffe libérale, Dominique Anglade, également critique en matière de santé pour son parti, s’est dite d’avis qu’encore une fois, la CAQ « cherche des coupables, et c’est maintenant la faute des patients ».

« Au lieu d’annoncer qu’ils retireront des gens de la liste d’attente eux-mêmes, au lieu d’apporter des changements cosmétiques, dit-elle, peuvent-ils prendre tous les moyens pour améliorer l’organisation du système de santé ainsi que la communication entre le système de santé et les Québécois ? »

Quant au critique en matière de santé de Québec solidaire, le député de Rosemont, Vincent Marissal, il s’est dit étonné qu’une telle mesure ne s’appuie pas sur des chiffres probants.

« Si c’est un problème fréquent avec les snowbirds, qu’on revoie plutôt la règle des six mois de non-disponibilité, plutôt que d’éjecter des patients d’une liste. Si c’est plutôt un cas de force majeure, on ne peut pas bêtement punir tout le monde. On n’a pas les chiffres », a-t-il déploré.

« Ça semble plutôt être une logique comptable et punitive, un peu comme celle qu’on voulait imposer aux médecins. Les hôpitaux peuvent annuler unilatéralement une opération la veille, mais pas les patients ? »

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