«L’urgence sanitaire est utilisée de façon abusive», dénonce la FIQ

Adrien Bonot
Collaboration spéciale
Le personnel du réseau de la santé est parfois amené à effectuer près de 12 heures supplémentaires par jour.
Valérian Mazataud Le Devoir Le personnel du réseau de la santé est parfois amené à effectuer près de 12 heures supplémentaires par jour.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Nathalie Lévesque, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), expose les détails d’une situation qui n’est plus tenable depuis longtemps.

« La situation épidémique s’améliore grandement avec la vaccination, mais le gouvernement maintient l’urgence sanitaire, indique-t-elle. Depuis mars 2021, le gouvernement Legault l’invoque pour ne pas négocier avec les syndicats. Il y a une utilisation abusive de l’urgence sanitaire pour écarter tous les principes démocratiques et, du même coup, les syndicats des négociations sur les enjeux de base touchant aux conditions de travail du personnel en soins infirmiers et cardiorespiratoires. Il y a quelques négociations en cours hors cadre, mais, globalement, ces mesures contreviennent à ce qui avait été négocié dans le cadre de la convention collective précédente. »

Outre le maintien de cette urgence sanitaire, les heures supplémentaires obligatoires sont en place depuis plus d’une décennie. Cette mesure, qui vise à pallier le manque de personnel dans le domaine de la santé québécois, commence à être de plus en plus mal acceptée. En effet, le personnel soignant est parfois amené à effectuer près de 12 heures supplémentaires par jour.

Les primes promises par le gouvernement ne constituent que des bonbons distribués sans prendre en compte la fatigue du personnel. C’est comme si la fatigue était monnayable.

 

La vie familiale et la santé du personnel en pâtissent, comme en témoigne la syndicaliste : « Cela fait dix ans qu’on a les heures supplémentaires obligatoires. Il y en a assez. Il faut plus de moyens pour réussir à pourvoir tous les postes. Cette situation est très lourde à porter pour le personnel soignant. Il faut une planification des horaires intelligible pour pouvoir s’organiser dans la vie active. Les soignants savent quand ils arrivent, mais jamais quand ils repartent. Nous demandons vraiment une gestion plus humaine et une planification des horaires qui permettent à chacun de pouvoir vivre convenablement dans les milieux professionnel et personnel. La FIQ et les autres syndicats sont d’accord : nous voulons que notre convention collective soit appliquée dans son intégrité. »

Failles et faiblesses du système de santé

Le gouvernement caquiste essaie tant bien que mal d’attirer du personnel venant du monde du privé, notamment en promettant des primes. Les nouveaux retraités sont eux aussi visés. Les primes restent cependant bien inférieures à celles proposées par les hôpitaux privés. Cette pandémie a permis de mettre en exergue les failles et les faiblesses du système de santé québécois. Depuis plusieurs années, ce système apparaît à bout de souffle, sans moyens et archaïque. La pandémie a permis de voir cela très concrètement, affirme Nathalie Lévesque.

« Nous voyons bien au travers de cette situation sanitaire que le système de santé québécois va mal. Le personnel soignant est à bout de souffle. Les primes promises par le gouvernement ne constituent que des bonbons distribués sans prendre en compte la fatigue du personnel, poursuit la présidente. C’est comme si la fatigue était monnayable. Il y a une dangerosité d’exercer après 12 heures de travail, et les soins prodigués ne sont pas forcément optimaux. Il devrait y avoir des engagements fermes de la part du ministère pour ramener des gens du privé dans le public. La FIQ souhaite remettre le projet des ratios au cœur des négociations pour avoir le bon nombre de patients pour le bon nombre d’agents et ainsi pouvoir assurer des soins adéquats. »

À l’époque, les ratios avaient réussi à attirer des retraités, qui étaient revenus travailler dans le système de santé. Cependant, ceux-ci n’ont pas pu rester longtemps, car le projet s’est arrêté en 2018. Aujourd’hui, plus de 11 000 soignants sont en arrêt maladie ou en arrêt invalidité, preuve une nouvelle fois d’un réseau exsangue.

Nathalie Lévesque conclut : « Il faut investir massivement dans la santé, et ce, dès maintenant. Trop de retard a été pris par les gouvernements successifs. Les effets souhaités prennent des années avant de montrer leurs bénéfices. Il faut du bonheur au travail pour pouvoir prodiguer des soins de qualité aux patients. La pression actuelle est très importante pour le personnel, et la qualité des soins s’en ressent. Malgré cela, le personnel soignant est admirable de courage et de pugnacité à travers cette épreuve qu’est la pandémie. »

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