Des cas de COVID-19 parmi des célébrités vaccinées attisent la désinformation

La couverture par la presse de la mort de l’ancien secrétaire d’État Colin Powell, décédé de complications liées à la COVID-19 en octobre, a été «particulièrement décevante», selon Nina Jankowicz, experte en désinformation au cercle de réflexion Wilson Center. Sur la photo, les funérailles de M. Powell, vendredi.
Photo: Manuel Balce Ceneta associated press La couverture par la presse de la mort de l’ancien secrétaire d’État Colin Powell, décédé de complications liées à la COVID-19 en octobre, a été «particulièrement décevante», selon Nina Jankowicz, experte en désinformation au cercle de réflexion Wilson Center. Sur la photo, les funérailles de M. Powell, vendredi.

Le problème est récurrent : une personnalité publique vaccinée attrape la COVID-19, et les réseaux sociaux sont envahis d’affirmations selon lesquelles cela prouve que l’immunisation contre le coronavirus ne fonctionne pas.

Aux États-Unis, les célébrités concernées incluent la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, le juge de la Cour suprême Brett Kavanaugh et le comédien Chris Rock, qui ont été infectés par le virus, ainsi que l’ancien secrétaire d’État Colin Powell, mort de complications liées à la COVID-19.

L’annonce de leur infection par le SRAS-CoV-2 a déclenché chaque fois un déluge de fausses informations en ligne.

Les cas d’infections de personnes vaccinées ne sont pas une surprise et ne signifient pas que les vaccins ne sont pas efficaces, selon les autorités sanitaires américaines. Mais les affirmations soutenant le contraire peuvent éroder la confiance du public dans ces mesures de santé publique, cruciale au moment où les enfants de 5 à 11 ans peuvent finalement accéder aux vaccins aux États-Unis.

« Chaque contamination d’une personne vaccinée renforce les doutes des gens qui s’inquiètent de l’efficacité des vaccins », explique Andy Carvin, du laboratoire de recherche numérique scientifique de l’Atlantic Council, un cercle de réflexion basé à Washington.

En annonçant avoir été déclarée positive, Jen Psaki a attribué dimanche au vaccin la légèreté de ses symptômes, ce qui n’a pas empêché un internaute d’y voir « la preuve vivante que le vaccin ne fonctionne pas » auprès de ses 12 000 abonnés sur Twitter. Et il était loin d’être le seul à affirmer cela.

De semblables allégations ont suivi l’annonce de la contamination de MM. Kavanaugh et Rock, et celle de la mort du général Powell, en dépit du fait que ce dernier était atteint d’un myélome multiple, une forme de cancer du sang qui, selon les experts, affecte le système immunitaire et limite l’efficacité vaccinale.

« Pas un bouclier magique »

Le nombre de vaccinés continue d’augmenter, et avec lui devrait également croître celui des cas de COVID-19 — y compris les plus graves — dans la population immunisée, ce qui rend d’autant plus vitale la lutte contre cette désinformation.

« La vaccination est une technologie géniale, mais ce n’est pas un bouclier magique », explique Devon Greyson, qui conduit des recherches en santé publique à l’université de Colombie-Britannique.

Les autorités doivent donc mieux définir ce que le public est en droit d’attendre des vaccins, bénéfices ou limites, renchérit Yotam Ophir, spécialiste de la désinformation en matière de santé et de science à l’Université de Buffalo.

Un autre problème, selon lui, est que « les humains ont tendance à prêter attention aux cas [de COVID-19] frappants. On ne sait pas vraiment réfléchir selon les nombres ou les statistiques, on réfléchit généralement en termes d’histoires faciles à raconter ».

Le récit médiatique ne concerne généralement pas « tous les gens qui ont été vaccinés et sont en bonne santé », souligne-t-il.

« Éteindre des incendies »

La couverture par la presse de la mort de Colin Powell a été « particulièrement décevante », selon Nina Jankowicz, experte en désinformation au cercle de réflexion Wilson Center.

« D’après la couverture médiatique que j’ai pu observer, même par des médias sérieux de notre pays […] beaucoup n’ont pas mentionné le cancer du secrétaire [d’État Colin] Powell », ce qui a permis à la désinformation de se propager rapidement, dit-elle.

Pour Andy Carvin, de l’Atlantic Council, le rythme effréné auquel sont soumis les médias entre en conflit avec le besoin de contextualisation.

Décider quel cas de personnalité infectée malgré le fait qu’elle était vaccinée couvrir ouvre potentiellement la voie à une tempête de désinformation, et c’« est devenu une question d’éthique journalistique », estime-t-il, ajoutant que « les journalistes et les médias en général doivent faire preuve de créativité dans la façon dont ils présentent » ces cas.

Pour Yotam Ophir, la désinformation en matière de santé devrait être combattue par des politiques publiques, car « nous sommes extrêmement dépendants du bon vouloir d’entreprises privées comme Facebook et Twitter » dans ce domaine.

« Pour l’instant, nous éteignons des incendies », dit-il. « C’est une bataille qu’on ne peut pas gagner. Il faudra à un moment que nous trouvions une solution plus générale. »

Le gouvernement Biden défend l’obligation vaccinale suspendue

Le gouvernement américain de Joe Biden a défendu dimanche la légalité de son obligation vaccinale contre la COVID-19 dans les entreprises de plus de 100 salariés, mesure suspendue la veille par la justice, qui veut examiner sa constitutionnalité. « Nous sommes confiants quant à la conformité » de cette mesure « à la loi et aux réglementations », a déclaré Cedric Richmond, conseiller du président des États-Unis, sur la chaîne CBS. Il a souligné que « l’option d’un test hebdomadaire » était proposée aux employés totalement réfractaires au vaccin. « Être président, ce n’est pas prendre des décisions faciles, c’est prendre des décisions justes et avoir le courage de les mettre en oeuvre », a-t-il ajouté, alors que les conservateurs dénoncent toutes les formes d’obligation vaccinale, qu’ils considèrent comme des mesures « dictatoriales ».

Agence France-Presse



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