COVID-19 en CHSLD: des agences de placement se défendent d’avoir profité de la crise

Le rôle d’une agence de placement privée est de «faire du dépannage» de dernière minute quand des centres de santé sont en manque de personnel, a expliqué Mme Gravel.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le rôle d’une agence de placement privée est de «faire du dépannage» de dernière minute quand des centres de santé sont en manque de personnel, a expliqué Mme Gravel.

La présidente de l’association des Entreprises privées de personnel soignant du Québec (EPPSQ), Hélène Gravel, a tenu à « remettre un peu les pendules à l’heure » quant à l’importance des agences de placement dans le réseau de la santé, lors de son passage jeudi aux audiences de la coroner Géhane Kamel sur les décès de personnes âgées ou vulnérables survenus dans des milieux d’hébergement au cours de la première vague de COVID-19.

Elle-même propriétaire de l’agence Continuum, elle blâme les « agences opportunistes » qui ont émergé en masse durant la pandémie pour la mauvaise presse que reçoit son secteur, accusé d’« aider à la propagation du virus », en plus d’être « profiteur » et « dangereux ».

Pour faire partie de l’EPPSQ, il faut être sous contrat avec le gouvernement, et donc répondre à certains critères de base évalués par celui-ci, a-t-elle expliqué. De plus, un « critère de longévité » empêche les toutes nouvelles firmes de joindre l’association avant d’avoir fait leurs preuves.

Chez Continuum, il y a une « validation de la formation et du permis » de chaque employé, une « orientation à nos frais » et « tous nos employés ont suivi le cours » de protection et contrôle des infections, a-t-elle ajouté.

Agences « opportunistes »

Le rôle d’une agence de placement privée est de « faire du dépannage » de dernière minute quand des centres de santé sont en manque de personnel, a expliqué Mme Gravel.

Cependant, avec la crise du coronavirus, « les demandes ont peut-être doublé », alors que les centres de soins devenaient de plus en plus désespérés.

Les nouvelles entreprises qui ont profité de la pandémie n’avaient pas de contrat avec le gouvernement qui les aurait obligées à suivre certaines balises, contrairement aux membres de l’EPPSQ, a indiqué Mme Gravel. Elles signaient « des contrats de gré à gré » avec les CHSLD et exigeaient « un salaire excessivement élevé » pour leur personnel, sans garantie de la compétence de celui-ci.

« Ça n’a aucun bon sens pour le public de payer le double du prix », s’est insurgé Mme Gravel.

Dans un communiqué de presse du 8 juin 2020, l’EPPSQ avait même appelé le ministère de la Santé à faire « une enquête publique sur les agences de placement en santé ». « Nous sommes bien malgré nous associés à des agences délinquantes, improvisées et dont la seule visée est mercantile […], qui agissent en toute impunité, mais en n’ayant aucune obligation », peut-on lire.

Exode vers le privé

 

La coroner Kamel s’est toutefois dite sceptique quant aux bienfaits des agences privées, qui engagent des employés qui auraient sinon pu intégrer le réseau public, aux prises avec un grand manque de personnel.

« Les gens vont venir en agence parce qu’ils sont épuisés » et veulent donner plus de place à leur vie personnelle et à leur famille, a répondu Mme Gravel. « La grande majorité d’entre eux travaillent à temps partiel, souvent trois jours par semaine », ce qu’un emploi dans le public ne permet que très rarement, justement en raison de la pénurie.

De multiples recommandations

 

Le fait que les maladies respiratoires qui se propagent par gouttelettes produisent aussi des aérosols, « ce sont des connaissances qui étaient disponibles bien avant la COVID-19 », a commenté la microbiologiste et spécialiste de la santé et sécurité au travail Geneviève Marchand, lors de son témoignage.

Elle a critiqué le manque de précaution du gouvernement pendant la première vague, et a plaidé qu’il aurait fallu prioriser la ventilation et le port d’équipement de protection respiratoire, comme le N95, dès le début. Une particule fine « peut parcourir jusqu’à 200 mètres » dans les airs, a-t-elle expliqué.

Le président-directeur général du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet, s’est insurgé contre le manque de préparation du gouvernement, notamment quant au dépistage, rappelant que l’Organisation mondiale de la santé avait déclaré l’état d’urgence sanitaire dès le 30 janvier, soit plusieurs semaines avant Québec.

Il a demandé d’« offrir une compensation financière aux familles et résidants martyrisés », en plus de « demander une reddition de comptes » de la part des dirigeants et de « considérer les proches aidants comme un service essentiel ». Il souhaite aussi que soit créée une infraction pénale provinciale « contre ceux qui maltraitent les personnes âgées », ce qui pourrait se produire avec l’adoption du projet de loi 101 visant à renforcer la lutte contre la maltraitance envers les aînés.

Le contexte de l’enquête

L’enquête de la coroner se penche sur les morts de personnes âgées ou vulnérables survenues dans des milieux d’hébergement au cours de la pandémie de COVID-19.

Pendant cette période, du 25 février au 11 juillet 2020, les Québécois de 70 ans et plus ont compté pour 92 % des décès dus à la COVID-19, d’après des données de l’Institut national de santé publique du Québec.

Son objectif n’est pas de désigner un coupable, mais bien de formuler des recommandations pour éviter de futures tragédies.

Six CHSLD et une résidence pour personnes âgées ont été désignés comme échantillon. Un décès a été examiné pour chaque établissement. Depuis lundi, la coroner se penche sur la gestion provinciale de la crise.

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