Le taux d’absence maladie chez les infirmières atteint un sommet

Le dernier bilan montre que les absences pour maladie ont continué de grimper chez les infirmières en 2021, avec un ratio en hausse de 6,5% par rapport à la même période l’an dernier.
Photo: Ina Fassbender Agence France Presse Le dernier bilan montre que les absences pour maladie ont continué de grimper chez les infirmières en 2021, avec un ratio en hausse de 6,5% par rapport à la même période l’an dernier.

Le taux d’absentéisme pour cause de maladie a atteint un sommet inégalé ces derniers mois chez les infirmières. C’est sur ce problème chronique, un boulet pour le système de santé, que Québec devrait concentrer l’essentiel de ses efforts plutôt que sur la conversion des soignants réfractaires au vaccin, plaident plusieurs voix du milieu.

Le ratio d’heures payées en assurance salaire a dépassé en 2021 les seuils des dernières années, et même celui de la première année de pandémie. C’est du moins ce que révèlent les données fournies par le ministère de la Santé et des Services sociaux sur le temps payé en assurance salaire au personnel du réseau de la santé pour les six premières périodes financières de 2021-2022.

La méthode de calcul du ministère ne permet pas de connaître le nombre d’employés absents pour des raisons de maladie, mais produit plutôt un ratio indicateur du taux d’absentéisme. Ce ratio est fixé en divisant le nombre total des heures payées en assurance salaire par celui de l’ensemble des heures travaillées.

Or, le dernier bilan montre que les absences pour maladie ont continué de grimper chez les infirmières en 2021, avec un ratio en hausse de 6,5 % par rapport à la même période l’an dernier. Une hausse venue s’ajouter à un problème déjà criant, puisque l’augmentation du ratio du temps payé en assurance salaire avait déjà bondi de 29 % entre 2014 et 2019, et de 6 % entre 2019 et 2020.

De 6 % en 2014, le fameux ratio d’heures payées en assurance salaire pour le personnel infirmier a dépassé pour la première fois 8 % pendant la première année de pandémie, et a atteint 8,4 % en septembre 2021.

Le tableau n’est pas plus rose pour les absences liées à des maladies ou lésions dues au travail. Le ratio d’heures payées à des infirmières par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST), qui avait bondi de plus de 80 % pendant la première année de pandémie en raison des nombreuses infections liées à la COVID, est toujours 37 % plus élevé qu’en 2018.

« Énorme vague d’absentéisme »

Certains observateurs jugent que l’attention prioritaire du gouvernement devrait se tourner vers cette réalité délétère pour le réseau de la santé commande, plutôt que vers celle des travailleurs récalcitrants refusant toujours de se faire vacciner.

« Les départs qu’on anticipe le 15 novembre (si le décret sur la vaccination obligatoire est appliqué), c’est minime par rapport aux milliers de travailleurs en assurance salaire qui plombent le roulement du système de santé. Faut-il déployer autant d’énergie sur des gens dont les valeurs ne veulent pas bouger ? Ce serait plus gagnant d’investir dans des stratégies et de sérieux programmes d’aide au retour au travail pour aller chercher les infirmières qui veulent travailler, mais qui sont en épuisement », estime Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, qui poursuit actuellement des recherches sur l’absentéisme dans le réseau de la santé québécois.

Selon cette dernière, c’est jusqu’à 10, 15 et même 20 % du personnel qui manque à l’appel dans certains établissements du réseau de la santé. Un boulet qui ne pourra disparaître en appelant à l’aide quelques centaines d’infirmières à la retraite ou en convertissant des employés non vaccinés, pense-t-elle. « Il y a eu une énorme vague d’absentéisme lors de la première vague en raison de la peur du virus, des cas d’infections, puis du surmenage. Cet absentéisme ne s’est pas résorbé. Il faut d’abord s’attaquer à cela. »

Le ministère de la Santé ne fournit aucun chiffre sur le nombre d’employés du réseau de la santé en absence maladie, puisque certains travaillent à temps plein, d’autres à temps partiel, et certains s’absentent pour quelques jours, d’autres pour plusieurs semaines ou mois. D’où le recours à un ratio.

Mais selon la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), qui regroupe 76 000 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes, chaque hausse de 1,25 point du ratio payé en assurance salaire représente une perte équivalente à 540 infirmières à temps complet. À plus de 8,4 %, le ratio actuel qu’accuse le temps payé en assurance salaire aux infirmières dépasse de 3 points le ratio optimal de 5 que s’est fixé le ministère de la Santé.

« L’augmentation constante de l’absentéisme, on la constate depuis 2008. Ça découle de la pression exercée sur les infirmières, du temps supplémentaire obligatoire (TSO) et de la perte de proximité avec les supérieurs. Avoir vu des fins de vie atroces et la détresse des patients pendant la pandémie a aussi beaucoup affecté la santé mentale des professionnelles en soin », affirme Isabelle Groulx, vice-présidente Santé et sécurité au travail de la FIQ.

Près de 4000 infirmières et infirmiers ont quitté leur poste depuis le début de la pandémie, mais des milliers, en absence maladie, pourraient revenir en poste dans de meilleures conditions, affirme-t-elle.

« En s’attaquant à l’absentéisme et en ramenant celles qui sont absentes, on pourrait diminuer le temps supplémentaire obligatoire. Il faut faire de la prévention pour prévenir d’autres absences. C’est prouvé que dans les milieux où il y a des agents de prévention, ça diminue le nombre d’employés en invalidité. »

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