Québec aura fort à faire d’ici le 15 novembre

À 21 jours de l’ultimatum prévu pour exiger la vaccination de tous les travailleurs de la santé, tout semble indiquer que la cible du gouvernement Legault sera fort difficile à atteindre pour le 15 novembre. Moins de 4000 travailleurs sur plus de 22 000 ont été vaccinés depuis le report de la date butoir.

Le bilan actuel, dressé par le ministère de la Santé et des Services sociaux, semble expliquer les récents commentaires du premier ministre François Legault, qui a évoqué en début de semaine la possibilité d’instaurer le décret seulement dans certains départements ou services, comme l’urgence, ou de le reporter à nouveau. Et ce, pour éviter que des services de santé essentiels soient touchés.

Depuis le 11 octobre, seulement 3984 travailleurs de la santé sur les 22 446 non adéquatement vaccinés ont accepté de relever leurs manches pour recevoir le vaccin. Et de ce nombre, il semble que la majorité (2702) avait déjà reçu une première dose.

Seulement 1282 employés faisant partie du noyau dur des travailleurs de la santé non vaccinés comptabilisés le 11 octobre, soit plus de 14 600 employés, ont accepté de changer leur fusil d’épaule.

Tout semble indiquer que depuis le sprint engagé pour atteindre la cible le 15 novembre, les plus grandes avancées ont été faites chez les employés qui avaient déjà reçu une première dose.

À l’encontre des valeurs

Pour certains experts, cette « capitulation » du gouvernement avant l’heure n’est pas de bon augure.

« C’est hyperdécevant, d’abord sur le plan politique, mais aussi en matière de santé publique. Je comprends qu’on est dans une situation très fragile, mais ça va à l’encontre de nos valeurs de santé publique. Ça veut dire qu’une infirmière non vaccinée en soins à domicile, ou à l’hôpital, pourrait transmettre la COVID à des patients vulnérables », a déploré Roxane Borgès Da Silva, professeure agrégée à l’École de la santé publique de l’Université de Montréal.

« Je comprends que la priorité, c’est de soigner les gens, mais ce faisant, on prend maintenant le risque d’infecter des patients », s’est-elle désolée.

Selon le bilan vaccinal dressé le 26 octobre, parmi les 18 462 employés du réseau de la santé toujours non adéquatement vaccinés, plus de 7500 dispensent des soins directs aux patients.

De ce nombre, 70 % n’ont reçu aucune dose, soit 1700 infirmières, infirmières cliniciennes et infirmières praticiennes, 952 infirmières auxiliaires, 449 auxiliaires familiales et 2245 préposés aux bénéficiaires. Le reste de ces 7500 employés ont reçu une seule dose à ce jour, soit 668 infirmières, infirmières cliniciennes et infirmières praticiennes, 387 infirmières auxiliaires, 154 auxiliaires familiales et 907 préposés aux bénéficiaires.

Selon le ministère de la Santé, tous les employés qui ont reçu une première dose ont d’ores et déjà obtenu leur rendez-vous pour la deuxième dose.

Si le rythme de vaccination des employés de la santé semblait encourageant à la rentrée, avec une pointe qui a atteint près de 1200 travailleurs vaccinés par jour à la mi-septembre, et plus de 1500 doses octroyées le 8 octobre, le report de l’obligation vaccinale semble avoir freiné cet élan.

Le nombre de doses administrées aux employés de la santé non vaccinés est passé de près de 5700 dans la semaine du 3 octobre, à 3600 la semaine suivante. Depuis cette semaine, le nombre quotidien d’employés nouvellement vaccinés oscille entre 100 et 200 par jour.

« Drapeaux rouges »

Isabelle Groulx, vice-présidente en Santé et sécurité au travail de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), espère toujours que Québec annoncera l’abandon ou le report de l’ultimatum du 15 novembre prochain. À son avis, en pleine pénurie de personnel, cette exigence aurait des conséquences désastreuses sur les services aux patients et la rétention du personnel soignant. « On a déjà levé les drapeaux rouges, on espère que le premier ministre nous a entendues. Reporter, ça donnerait le temps de préparer des plans de contingence, et d’éviter que d’autres employés soient forcés de faire du temps supplémentaire obligatoire, et tombent eux aussi en épuisement », dit-elle.

La fédération, qui regroupe des infirmières, des inhalothérapeutes et d’autres professionnelles de la santé, redoute particulièrement les répercussions qu’aurait la suspension de milliers d’employés, en janvier et février, en pleine saison de la grippe.

Reporter [la date limite du 15 novembre pour la vaccination du personnel de santé], ça donnerait le temps de préparer des plans de contingence, et d’éviter que d’autres employés soient forcés de faire du temps supplémentaire obligatoire, et tombent eux aussi en épuisement

Selon Ève Dubé, anthropologue et conseillère scientifique à l’Institut national de santé publique du Québec, les sondages démontrent que les réticences d’un faible pourcentage du personnel soignant face à la vaccination sont les mêmes que celles relevées chez les opposants aux vaccins en général. Le premier motif évoqué à l’encontre du vaccin contre la COVID-19 est la crainte liée aux effets secondaires et à long terme du vaccin, suivi de la perception d’être en bonne santé et de ne pas en avoir besoin.

Pas de vaccination obligatoire pour le personnel scolaire

Le gouvernement québécois a annoncé mercredi qu’il n’imposera la vaccination obligatoire contre la COVID-19 ni au personnel des écoles ni à celui de l’enseignement supérieur. Il justifie sa décision par le fait que la situation pandémique s’améliore et que « les mesures en place et le contrôle des éclosions dans les établissements d’enseignement supérieur sont suffisants ».

Par voie de communiqué, le ministère de la Santé et des Services sociaux fait valoir que 91 % du personnel des établissements publics et privés de niveau préscolaire, primaire et secondaire a reçu au moins une dose de vaccin contre la COVID-19, et que 90 % du personnel est adéquatement protégé.

Pour ce qui est des établissements de formation générale aux adultes et de formation professionnelle, 91 % du personnel a reçu au moins une dose de vaccin, et 89 % est adéquatement protégé.

Le Devoir



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