Lente sortie de crise à Cornwall

Le faible taux de vaccination est en cause, selon des experts.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le faible taux de vaccination est en cause, selon des experts.

La ville de Cornwall, dans l’Est ontarien, se remet lentement d’une flambée de cas de COVID-19 qui a forcé la suspension d’opérations chirurgicales non urgentes à son hôpital communautaire, où des patients infectés ont été admis. Au moment où le reste de la province vogue vers un retour à la normale, seize patients atteints de la maladie occupaient la semaine dernière des lits de l’établissement, soit plus que tous les hôpitaux d’Ottawa combinés.

Le faible taux de vaccination est en cause, selon des experts. Une situation qui a poussé tour à tour le Bureau de santé de l’est de l’Ontario, dans un communiqué, puis 75 médecins de l’hôpital de Cornwall, dans une lettre, à tirer la sonnette d’alarme. Bien que le taux de vaccination de la région soit supérieur à la moyenne provinciale qui s’élève approximativement à 84 %, dans certains quartiers de Cornwall, seulement 73 % des résidents ont obtenu leurs deux doses.

Sept patients atteints de la COVID-19 recevaient toujours des soins à l’hôpital, le 27 octobre, une diminution par rapport aux dernières semaines, mais un nombre « considérable » pour l’établissement, a noté le médecin en chef, le Dr Lorne Scharf.

« Ce n’est pas facile [pour des résidents] de voir comment toutes les pièces du casse-tête s’assemblent », convient le médecin formé à l’Université McGill. « Si vous êtes dans le système de santé comme moi, vous voyez que les cas de COVID sont plus sérieux chez les personnes non vaccinées, qu’elles passent plus de temps à l’hôpital . De voir tout ça se dérouler comme un accident au ralenti, ça fait mal », laisse-t-il tomber.

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C’est le nombre de patients atteints de la COVID-19 qui occupaient la semaine dernière des lits de l’hôpital communautaire de Cornwall, soit plus que tous les hôpitaux d’Ottawa combinés.

Le Dr Scharf souhaitait expliquer à la population, par l’entremise de la lettre qu’il a cosignée, les répercussions d’une telle crise à l’hôpital. Des patients et leurs proches « attendent en douleur », puisque leurs interventions chirurgicales ont été reportées, lit-on dans la lettre.

Les seuls mots qui y sont soulignés ne laissent aucun doute sur le message clé : « S’il vous plaît, faites votre part et faites-vous vacciner ». Surtout que « les vaccins utilisés au Canada sont parmi les vaccins les plus étudiés, les plus sécuritaires et les plus efficaces dans l’histoire », indique-t-on.

Incompréhension

 

Marc Bisson peine à expliquer pourquoi certains Cornwalliens refusent la vaccination. Le directeur général du Centre de santé communautaire de l’Estrie, à Cornwall, s’est établi dans la ville il y a 30 ans. Son centre de santé, qui a participé aux efforts de vaccination en appelant des milliers de patients, a « frappé un village gaulois ».

Certains irréductibles l’ont fait tomber de sa chaise. La résistance aux vaccins l’a atteint jusque dans sa ligue de hockey amicale du dimanche matin. Des quelque 23 joueurs dans le groupe, sept ou huit, estime-t-il, ont refusé de se faire vacciner. Le groupe n’a donc pas encore pu retourner sur la glace cette année. Les personnes qui ont refusé le vaccin à Cornwall « n’étaient pas si “vocales” », explique-t-il. « Donc tu te dis, “ils sortent d’où ?” ».

Des interlocuteurs ont d’ailleurs lancé des messages « extrêmement durs » à l’endroit des réceptionnistes du Centre de santé communautaire de l’Estrie lorsqu’ils ont été contactés au début de l’automne, dans le cadre de la deuxième campagne de sensibilisation à la vaccination du centre. Syd Gardiner, conseiller municipal à Cornwall et président du Bureau de santé de l’est de l’Ontario, concède que la municipalité compte des « antivaccins ». « Ça ne sert à rien de se battre avec eux autres », dit-il.

Manque d’information

Marc Bisson et le Dr Lorne Scharf pensent toutefois que le manque de médecins de famille dans la municipalité — un problème à Cornwall antérieur à la pandémie  — pourrait avoir un rôle à jouer dans le faible taux de vaccination : certains résidents n’avaient personne vers qui se tourner pour poser leurs questions. Au milieu de la crise à l’hôpital, un homme s’est rendu directement aux urgences pour avoir une conversation avec Dr Lorne Scharf au sujet de la vaccination. Faute de financement, certaines cliniques médicales ont cessé de voir des patients en personne durant la pandémie, explique Marc Bisson.

Le 20 octobre, le gouvernement ontarien a présenté un plan de réouverture qui s’échelonnera sur plusieurs mois, mais qui vient trop rapidement pour Cornwall, selon Syd Gardiner. Les exigences relatives à la preuve vaccinale, par exemple, pourraient être levées dès le 17 janvier. « Si je suis quelqu’un qui ne veut pas se faire vacciner, je viens de gagner ma guerre », affirme Marc Bisson.

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