Quatre villages du Nunavik confinés en raison de la propagation de la COVID-19

Quatre villages, dont celui de Salluit (photo), sont en confinement strict pour une durée indéterminée.
Photo: Ian Schofield Creative Commons Quatre villages, dont celui de Salluit (photo), sont en confinement strict pour une durée indéterminée.

La COVID-19 se propage à un point tel au Nunavik que quatre communautés sont désormais confinées, comme en mars 2020. Kuujjuaq, le plus grand village nordique de ce territoire, est passé en alerte rouge jeudi. Les lieux publics non essentiels, comme les garderies et les écoles, demeurent fermés jusqu’à nouvel ordre. Les rassemblements et les visites dans les maisons sont aussi interdits. La Santé publique signale que le risque de contracter la COVID-19 est « maintenant le plus élevé qu’il ne l’a jamais été ».

Le Nunavik a été épargné lors des dernières vagues de COVID-19. Mais depuis deux semaines, les infections se multiplient. « C’est sans précédent, dit Josee Lévesque, membre de la cellule de crise pour la COVID-19 à la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSSN). On n’a jamais eu de transmission communautaire avant. C’est très alarmant, parce qu’on n’est pas capables d’identifier, pour chaque cas, la source d’infection. »

La RRSSSN a enregistré jeudi 14 nouveaux cas actifs, pour un total de 39. Outre Kuujjuaq, les villages d’Ivujivik, de Kangirsuk et de Salluit sont en confinement strict jusqu’à une date indéterminée. Les 10 autres villages du Nunavik viennent de passer au palier orange, et ils le demeureront jusqu’au 3 novembre.

Pour le moment, un seul cas a été détecté à Kuujjuaq. L’individu touché n’est pas un « voyageur en provenance du sud de la province », ce qui signifie que le virus circule dans le village. Les autorités ont réagi promptement pour éviter une propagation de la maladie. « On a appris qu’il y avait un cas et une heure après, c’était fermé [le village] », explique Josee Lévesque.

Hésitation vaccinale

Un premier cas de COVID-19 a été signalé le 8 octobre dans le village d’Ivujivik, situé dans le nord du Nunavik. Selon la RRSSSN, la personne infectée avait voyagé dans le sud du Québec. Deux jours plus tard, l’alerte rouge était décrétée. La communauté se trouve depuis en confinement. Un couvre-feu est en vigueur de 22 h à 7 h.

Le maire d’Ivujivik, Salimuni Qavavauk, a attrapé la COVID-19. Il dit avoir été « assez malade » la semaine dernière, mais il va maintenant mieux. Le taux de vaccination dans son village est faible. « À Ivujivik, environ 50 % des gens ne sont pas vaccinés », dit le maire. Il fait partie de ceux-ci. Malgré la maladie, il hésite encore à recevoir une première dose. « Cela pourrait être mieux d’être vacciné », poursuit-il.

Le Nunavik a reçu des doses de vaccin contre la COVID-19 avant les autres régions québécoises. Malgré tout, les taux de vaccination demeurent « faibles » dans les villages, selon Josee Lévesque. La RRSSSN n’est pas en mesure de fournir des chiffres précis sur la couverture vaccinale de chaque village. Elle compile actuellement les données du dernier mois.

« Il y a une très grande hésitation vaccinale, explique Josee Lévesque. C’est dû à de la méconnaissance, de la désinformation. Cela peut aller dans les croyances religieuses. »

« Menace extérieure »

Les communautés du Nunavik font face à un autre « défi », selon Thomassie Mangiok, un citoyen d’Ivujivik joint par Le Devoir. Le virus peut se propager rapidement dans les familles qui vivent dans des logements exigus. « Il y a beaucoup d’enfants [ici], il y en a plus que dans le sud », dit-il. Thomassie Mangiok en a pour sa part quatre, dont une qui étudie à Montréal.

Benoit Barbeau, expert en virologie et professeur au Département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal, estime que la Santé publique a bien fait de confiner aussi rapidement ces communautés « vulnérables ». Il rappelle que le Nunavik n’a pas les mêmes capacités hospitalières que les régions au sud. « C’est la raison pour laquelle on voulait vacciner [en premier] les citoyens des régions plus rurales et éloignées », précise-t-il. Selon lui, il faut mener des interventions pour améliorer la couverture vaccinale.

D’ici là, le Nunavik maintient ses mesures barrières à l’intention des voyageurs du sud. Josee Lévesque explique que ceux-ci doivent passer un test de dépistage 48 heures avant leur départ, remplir un « formulaire d’accès » destiné à la Santé publique, fournir une preuve vaccinale et passer un nouveau test cinq jours après leur arrivée. Si la personne n’a reçu qu’une dose de vaccin, précise-t-elle, elle doit faire une quarantaine de 10 jours après son entrée sur le territoire.

« On intercepte beaucoup de gens au jour 5, dit Josee Lévesque. C’est ce qui nous protège contre la menace extérieure. »


Une version précédente de ce texte désignait Josee Lévesque comme agente de communication à la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik.

À voir en vidéo