Les pays riches n’ont livré que 14% des vaccins promis aux pays pauvres

Sur le 1,8 milliard de doses promises par l’Occident, seulement 261 millions ont été livrées jusqu’à présent.
Photo: Jeff Kowalsky Agence France-Presse Sur le 1,8 milliard de doses promises par l’Occident, seulement 261 millions ont été livrées jusqu’à présent.

Les pays riches n’ont livré qu’une dose sur sept des vaccins contre la COVID-19 promis aux pays en développement, calcule un rapport d’Oxfam. L’organisation internationale dénonce un « apartheid vaccinal ».

Sur le 1,8 milliard de doses promises par l’Occident, seulement 261 millions ont été livrées jusqu’à présent, estime l’analyse titrée « une dose de réalité ».

Le Canada n’a livré pour l’instant que 3,2 millions des 40 millions de doses annoncées. Le gouvernement britannique n’a fourni que 9,6 millions des 100 millions de doses qu’il avait mis de côté pour les nations les plus pauvres. Les États-Unis ont pour leur part livré le plus grand nombre de doses — près de 177 millions de doses — mais cela ne représente que 16 % du 1,1 milliard initialement prévu.

Ainsi, le système COVAX censé redistribuer les vaccins dans le monde ne cesse de revoir à la baisse ses livraisons.

Les compagnies pharmaceutiques ont déclaré vouloir contribuer directement à ce système de partage des doses, mais leurs livraisons se font toujours attendre. Sur les 994 millions de doses allouées à COVAX par Johnson & Johnson, Moderna, AstraZeneca et Pfizer-BioNTech, seuls 120 millions ont été effectivement livrées. Johnson & Johnson et Moderna n’ont pas encore livré une seule des doses promises.

Même les commandes de vaccins passées par l’Union africaine n’ont pas été toutes honorées. Johnson & Johnson n’a par exemple fourni qu’environ 11 % des 50 millions de doses payées par les pays africains. Ces derniers n’ont pu se procurer par eux-mêmes qu’environ 100 millions de doses depuis le début de la pandémie pour une population totale de près de 1,2 milliard de personnes.

Le gaspillage de doses nourrit cette injustice, clame le rapport d’Oxfam. Plus de 100 millions de doses expireront d’ici la fin de l’année dans les réfrigérateurs de l’Occident, évalue l’organisme. Jusqu’à 800 millions de doses pourraient être jetées aux poubelles d’ici la mi-2022.

Les campagnes de vaccinations tournent au ralenti dans ces pays. Plus de la moitié des Nord-Américains sont désormais adéquatement protégés contre la COVID-19 de même que 64 % de la population de l’Union européenne.

Retards de production

 

Les retards de productions de vaccins contre la COVID-19 inquiètent également Oxfam. Son rapport estime que les quatre grands fournisseurs de vaccins ne pourront fabriquer que 83 % des vaccins prévus en début d’année.

Ces retards s’accumulent parce que « nous avons cédé le contrôle de l’approvisionnement en vaccins à un petit nombre de sociétés pharmaceutiques, qui donnent la priorité à leurs propres profits », accuse la directrice générale d’Oxfam-Québec, Denise Byrnes.

Son organisation plaide pour que les brevets et les technologies liées à ces vaccins tombent dans le domaine public. Plus d’une centaine de pays dont les États-Unis, la France et l’Inde appuient cette idée. Les compagnies pharmaceutiques contestent cette proposition, prétextant que cela dissuaderait les recherches sur de nouveaux vaccins et n’augmenterait forcément pas la production de doses. « Le Canada reste ambigu » sur la question, souligne Mme Byrnes.

« Comme disent les scientifiques, plus on attend, plus on va voir apparaître des mutations comme le variant Delta », insiste Denise Byrnes. « Il y a urgence d’agir. »

Lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre, le président des États-Unis Joe Biden a fixé l’objectif de vacciner 70 % des personnes dans chaque pays d’ici septembre 2022.

À voir en vidéo