L'APTS, entre la grogne et l'espoir

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
En juin dernier, des membres de l’APTS ont manifesté pour exiger une majoration salariale et dénoncer leur surcharge de travail.
Adil Boukind Le Devoir En juin dernier, des membres de l’APTS ont manifesté pour exiger une majoration salariale et dénoncer leur surcharge de travail.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Les négociations en vue du renouvellement des conventions collectives des membres de l’Association du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), rompues le 24 septembre dernier, ont repris le 1er octobre.

Cet été, le gouvernement québécois a remis à l’APTS une offre globale de reconduction des conventions collectives, échues depuis plus de 21 mois. Le syndicat comptait la présenter à ses membres cet automne, lors d’assemblées générales extraordinaires. L’annonce de mesures financières importantes pour attirer et retenir le personnel infirmier a toutefois mis un terme à cette démarche. Après s’être fait dire à maintes reprises par le Secrétariat du Conseil du trésor que les cordons de la bourse étatique ne pouvaient être déliés davantage, l’APTS a vu là une preuve que la marge de manœuvre financière existait bel et bien.

« Nous ne pouvions plus présenter l’offre gouvernementale à nos membres, elle était devenue désuète », observe Robert Comeau, président par intérim de l’APTS. Ce dernier avance qu’en trente ans dans le domaine, dont une vingtaine au sein du syndicat, il n’a jamais senti autant de grogne du côté de ces professionnels et techniciens, choqués par ce qu’ils perçoivent comme un déficit de reconnaissance envers leur travail.

« Nos membres vivent, à leur échelle, des problèmes très semblables à ceux du personnel infirmier, notamment sur le plan de la surcharge de travail et du manque de main-d’œuvre, mais jusqu’à maintenant, ils ne reçoivent pas le même appui », déplore Robert Comeau.

Rattrapage salarial

Sur le plan salarial, l’APTS réclame 12,4 % d’augmentation sur trois ans — dont 7,4 % en rattrapage salarial — pour ses 60 000 membres, dont 85 % sont des femmes. S’ajoutent à cela des demandes sectorielles particulières pour plusieurs des 106 professions qu’il représente. L’offre patronale plafonnait les hausses salariales à entre 6,1 et 7,2 % sur trois ans, en plus de certaines bonifications sectorielles.

« La discussion reprend maintenant sur de nouvelles bases, poursuit le président. Les demandes salariales sur le plan intersectoriel n’ont pas changé, mais la bataille se déroulera beaucoup plus sur le plan sectoriel. »

En plus des demandes salariales, l’APTS exige l’implantation de mesures pour lutter contre la surcharge de travail et pour favoriser le recrutement et la rétention de la main-d’œuvre. La situation — déjà sérieuse avant la pandémie — s’est aggravée depuis le début de la crise sanitaire. Les technologistes médicaux ont dû analyser des millions de tests de dépistage de la COVID-19 depuis un an et demi. Le manque de travailleurs jumelé à l’accroissement de la demande a fait gonfler la quantité de personnel technique sans formation collégiale dans les laboratoires. Normalement, les technologistes doivent suivre une technique de trois ans dans un cégep.

3000 à 4000

C’est le nombre d’employés membres de l’APTS qui pourraient s’absenter pour une durée indéterminée du fait de la vaccination obligatoire dans le système de santé.

L’APTS indique que la province compte actuellement 150 000 patients en attente d’un test d’imagerie médicale. En mars dernier, il en recensait également 18 500 sur la liste d’attente en santé mentale. « Non seulement les malades attendent, au risque dans certains cas de voir leur état empirer, mais en plus, cela bloque toute la chaîne de soins, qui a besoin du résultat des tests pour poser un diagnostic et procéder au traitement approprié », rappelle-t-il.

Pas le luxe de perdre des bras

L’imposition de la vaccination obligatoire dans le système de santé, si elle se défend sur le plan sanitaire, pourrait par ailleurs provoquer l’absence pour une durée indéterminée de 3000 à 4000 employés membres de l’APTS. À partir du 15 novembre, les travailleurs qui ne sont pas adéquatement vaccinés risquent en effet d’être suspendus sans solde.

S’il encourage la vaccination sans réserve, le syndicat se questionne sur la pertinence de la rendre obligatoire.« La méthode des trois tests de dépistage rapide par semaine jumelés à des équipements de protection tels les gants, les masques et les visières donnait de bons résultats, note Robert Comeau. Il faudra trouver une solution, car nous n’avons pas le luxe de perdre de la main-d’œuvre dans notre système de santé. » L’APTS soutient que le taux de vaccination s’élève à 94 % dans ses rangs.

Le syndicat croit que le véritable nœud de la négociation porte sur la reconnaissance des efforts effectués par ces travailleurs pendant la pandémie et sur l’importance de leur rôle dans le système de la santé. À ce titre, l’absence de François Legault lors de la rencontre du 30 septembre dernier à Québec en a déçu plus d’un. La présidente du Conseil du trésor aurait cependant fait preuve d’une ouverture encourageante aux yeux de l’APTS et d’un désir d’aller de l’avant rapidement.

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