Le permis des infirmières non vaccinées sera suspendu vendredi prochain

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) a annoncé lundi la suspension à compter de vendredi prochain des permis d’exercice de ses membres qui n’auront pas été vaccinés contre la COVID-19.

Cette décision survient trois jours après que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a incité les différents ordres professionnels des travailleurs de la santé à suspendre les permis d’exercice de ceux qui n’auront pas eu recours à la vaccination.

Elle s’ajoute au décret du gouvernement du Québec qui obligera la suspension sans solde de tous les membres du personnel de la santé qui ne seront pas vaccinés en date de vendredi prochain, le 15 octobre. Le ministre avait ajouté vendredi que les récalcitrants qui pensaient pouvoir aller travailler ailleurs allaient peut-être avoir des surprises dans les prochains jours.

Lundi matin, le ministre Dubé a salué la décision de l’OIIQ. Il a aussi encouragé les infirmiers et les infirmières qui ne sont pas encore vaccinés à aller recevoir leur dose maintenant.

   

Le président de l’OIIQ, Luc Mathieu, a précisé qu’à la fin de la semaine dernière, 4338 de ses membres n’étaient toujours pas adéquatement vaccinés et que le statut de 5716 autres restait à vérifier.

La décision sur la suspension des permis devrait être communiquée officiellement aux personnes concernées mardi ou mercredi. M. Mathieu a signalé que les suspensions demeureront en vigueur tant qu’une preuve de vaccination adéquate n’aura pas été produite.

Il a rappelé que les membres de l’Ordre doivent protéger le public et que la vaccination est un moyen reconnu pour y arriver.

« Je ne comprends pas que des gens ayant une formation scientifique s’opposent à se faire vacciner », a-t-il déclaré en entrevue avec La Presse canadienne. « Si j’étais infirmier sur le terrain en clinique et j’avais des collègues qui ne sont pas vaccinés, j’aurais un gros inconfort pour les patients de nos soins, pour moi, pour les proches qui nous entourent. »

Les infirmiers et les infirmières non vaccinés affectés en télépratique feront-ils exception pour garder leur permis ? « C’était une des questions qui restaient un peu en suspens vendredi », a répondu le président de l’Ordre. Cette ambiguïté demeurera à éclaircir lors des prochaines discussions avec les représentants du ministère de la Santé.

M. Mathieu a ajouté que l’OIIQ va s’assurer que l’information communiquée à ses membres, les mesures mises en place ainsi que leur application respecteront le décret imposé par le ministère.

Une décision jugée excessive

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), qui représente une part importante des infirmières de la province, a déploré sur Facebook une décision « excessive dans le contexte où les professionnelles en soins non adéquatement vaccinées qui donnent des soins directs aux patients seront déjà suspendues sans salaire ». Le syndicat a dit avoir l’intention de contester cette décision devant les tribunaux.

Par ailleurs, la FIQ demande au gouvernement de repousser la date butoir du 15 octobre, craignant des interruptions de service dans les établissements de santé. Au Syndicat des professionnelles en soins de la Capitale-Nationale (FIQ-SPSCN), on dit n’avoir encore été informé d’aucun plan de réorganisation des services, alors qu’une trentaine d’infirmières risquent de ne pas pouvoir rentrer travailler quatre jours plus tard.

« La surcharge est déjà insoutenable. Il y a déjà beaucoup de temps supplémentaire obligatoire qui se fait. Va-t-on être capable de donner les soins tels qu’on devrait les donner en tant que professionnels ? » a demandé Caroline Larochelle, vice-présidente du SPSCN.

Certaines infirmières sont toujours à l’horaire après vendredi, même si elles ne sont pas adéquatement vaccinées, affirme Mme Larochelle. À l’inverse, certaines personnes ont reçu une lettre disant qu’elles seraient suspendues le 15 octobre, même si elles sont vaccinées. « Le dossier n’est pas à jour chez l’employeur, on ne sait pas pourquoi », a précisé Mme Larochelle.

Mme Larochelle craint que des ruptures de service soient prolongées par la mesure de l’OIIQ. Si une infirmière termine son processus de vaccination après vendredi, « il y aura des démarches à faire avec l’ordre, et ça va être des délais pour réintégrer le réseau », estime Caroline Larochelle.

Questionné sur une possibilité de bris de service pouvant survenir à la suite de cette annonce, Luc Mathieu s’est contenté d’indiquer que « le gouvernement dit qu’il n’y en aura pas ». Il ajoute toutefois que des plans de contingence sont mis en place et que l’OIIQ demeure préoccupé par cette possibilité.

Au 31 mars dernier, l’OIIQ comptait près de 80 500 membres, dont un peu plus de 900 qui étaient inactifs et 1347 autres qui avaient un droit d’exercice limité pour participer à la lutte contre la pandémie de COVID-19.

Le Collège des médecins a déjà annoncé qu’il suspendrait le droit d’exercice de ses membres récalcitrants.

Avec Roxane Léouzon

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