À l’hôpital de Joliette, la «confiance revient, peu à peu»

Plusieurs mesures ont été déployées depuis la mort de Joyce Echaquan pour améliorer la qualité des soins. 
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne

Plusieurs mesures ont été déployées depuis la mort de Joyce Echaquan pour améliorer la qualité des soins. 

Plus d’un an après la mort de Joyce Echaquan, « la confiance revient, peu à peu » entre le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière et la communauté atikamekw de Manawan, au moment où plusieurs mesures sont mises en branle par l’organisation afin d’éviter que des Autochtones y subissent de nouveau un traitement discriminatoire.

Près d’une semaine après la publication du rapport de la coroner Géhane Kamel sur le décès de Mme Echaquan à l’hôpital de Joliette, il y a un peu plus d’un an, la présidente-directrice générale du CISSS de Lanaudière, Maryse Poupart, a détaillé jeudi l’état d’avancement des différentes mesures déployées par l’établissement pour améliorer la qualité des soins offerts aux patients autochtones et leur sécurisation culturelle. La gestionnaire, qui est entrée en poste le 5 avril dernier, a d’ailleurs assuré que les huit recommandations de la coroner concernant spécifiquement le CISSS de Lanaudière « sont présentement réalisées ou en travaux ».

Ainsi, « la confiance revient, peu à peu », a souligné le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Paul-Émile Ottawa, qui a pris part à cette annonce. Il s’est d’ailleurs dit « très heureux de voir les parents de Joyce venir consulter à l’hôpital [jeudi] matin alors qu’ils ne voulaient rien savoir de mettre les pieds dans cet établissement il y a quelques mois ». Signe, selon lui, que des ponts sont en train de se rebâtir.

Des formations

Dans les derniers mois, plusieurs formations ont notamment été offertes à l’ensemble du personnel du CISSS de Lanaudière. L’une d’entre elles, toujours en cours, a permis jusqu’à maintenant de rejoindre « plus de 70 % de nos employés », soit environ 12 000 personnes, a indiqué Maryse Poupart, tandis qu’une autre a été suivie à ce jour par 30 % du personnel. Une troisième formation, d’une durée de 11 heures, est également en cours de développement, en collaboration avec la communauté atikamekw de Manawan.

Deux agents de sécurisation culturelle ont par ailleurs fait leur entrée en poste au sein de l’organisation en février et en août dernier afin d’offrir un service d’accompagnement du matin jusqu’au soir, a évoqué Mme Poupart.

« [Les agents de liaison] sont intégrés et nos gestionnaires sont très sensibles à leur présence », a d’ailleurs assuré la gestionnaire. Le 28 septembre 2020, l’agente de liaison en sécurisation culturelle pour la communauté atikamekw de Manawan présente à l’hôpital de Joliette n’avait pas été appelée en renfort pour soutenir Joyce Echaquan. La mère de famille est ensuite décédée sous une pluie d’insultes racistes de la part du personnel soignant de l’établissement.

Du personnel autochtone

La haute direction a par ailleurs accueilli dans les derniers mois de nouveaux membres issus de la communauté autochtone de Manawan, comme Guy Niquay et Solange Dubé, tandis qu’une nomination sera annoncée « dans les prochains jours » concernant la personne qui deviendra commissaire adjoint aux plaintes et à la qualité des services offerts aux Autochtones, a évoqué Mme Poupart.

Cette dernière entend d’ailleurs augmenter le recrutement de personnes autochtones à l’avenir pour combler les besoins de main-d’œuvre dans son organisation.

« Les communautés autochtones ont beaucoup de personnes de grande valeur qui pourraient intégrer notre réseau de la santé […] Et ça, c’est une mesure pérenne pour la sécurisation culturelle », a fait valoir la gestionnaire, qui assure également travailler d’arrache-pied pour améliorer les ratios d’infirmières et de préposés aux bénéficiaires présents à l’hôpital de Joliette, tout comme ailleurs dans le CISSS.

« La communauté de Manawan a droit aux mêmes services que le reste de la communauté de Lanaudière », a insisté Mme Poupart.

Cette dernière prévient cependant que le chemin de la réconciliation avec les Autochtones ne pourra être parcouru en quatrième vitesse. La patience est donc de mise. « Ce qu’on est en train de faire comme travail de réconciliation, on ne peut pas penser qu’il va se faire rapidement. Ce serait faire une erreur monumentale en matière de sécurisation culturelle », a-t-elle dit. D’autres actions à prendre seront ainsi établies prochainement en concertation avec la communauté autochtone de Manawan.

« Le rapport de la coroner comporte plusieurs recommandations, mais on n’oublie pas aussi les recommandations de la Commission Viens. C’est à partir de tous ces éléments-là qu’on travaille sur un plan d’action pour améliorer l’accès aux services pour tous les membres de la communauté atikamekw de Manawan », a conclu le chef Ottawa.

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