La vaccination obligatoire aura un impact sur les services en Abitibi-Témiscamingue

Selon le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue, 66 infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes ne seront pas adéquatement vaccinés au 15 octobre.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir

Selon le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue, 66 infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes ne seront pas adéquatement vaccinés au 15 octobre.

Après avoir annoncé un plan de contingence il y a près de trois semaines, le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue est de nouveau forcé de réorganiser ses services, en raison de la vaccination obligatoire du personnel de la santé. En date de jeudi, l’organisation prévoit que 272 employés, dont des dizaines d’infirmières et d’infirmières auxiliaires, seront suspendus sans solde le 15 octobre. Autant de départs qui aggraveront la pénurie de main-d’œuvre dans la région.

Selon le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue, 66 infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes seront non adéquatement vaccinés au 15 octobre. Parmi eux, une vingtaine ont pris rendez-vous pour une deuxième dose après la date butoir.

Des employés d’autres corps d’emploi seront aussi suspendus sans solde. Dans la « catégorie 2 », qui regroupe notamment les préposés aux bénéficiaires et le personnel d’entretien ménager, 112 employés seront non adéquatement vaccinés le 15 octobre. Près d’une vingtaine ont prévu une deuxième dose après cette date.

Devant un tel bilan, la présidente-directrice générale du CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue, Caroline Roy, indique que de nouvelles mesures, pouvant affecter les services, seront annoncées à la population la semaine prochaine. « C’est certain que ça [la vaccination obligatoire] aura un impact parce qu’on le sait bien, et il faut être réaliste, avec moins d’employés, on fait beaucoup de réorganisation, mais parfois, c’est une diminution d’accès », admet-elle, en entrevue au Devoir.

Caroline Roy n’anticipe pas de rupture de services. Elle ne veut toutefois pas s’avancer sur la réorganisation exacte des soins. Le nombre d’employés qui seront adéquatement vaccinés au 15 octobre évolue de jour en jour. « C’est difficile pour moi de vous confirmer quoi que ce soit aujourd’hui, puisque les équipes minimales font en sorte qu’une ou deux personnes peuvent faire la différence dans notre capacité de maintenir une offre de services, parfois, parce qu’on est avec de très petites équipes », explique-t-elle.

Le CISSS planche néanmoins sur des scénarios de réorganisation de services, « qui ne seront pas visibles à la population », assure Caroline Roy. Si des travailleurs sociaux venaient à manquer à l’appel, par exemple, d’autres professionnels pourraient assumer leurs tâches, indique la p.-d.g. « On va s’assurer de modifier notre organisation de travail tout en respectant les champs de pratique de chacun, mais probablement [qu’on va] intervenir davantage avec un autre type d’emploi auprès de la clientèle », dit Caroline Roy.

Les « routes de travail » des préposés « en hygiène et salubrité » seront revues en fonction du nombre de travailleurs présents le 15 octobre. « Probablement que plusieurs bureaux administratifs auront une fréquence moins grande d’entretien au niveau de leur espace de travail », pense Caroline Roy, précisant que la propreté sera préservée dans les milieux fréquentés par les usagers.

Malgré la perte de préposés aux services alimentaires, les cafétérias dans les hôpitaux et les autres installations maintiendront leur offre pour les patients, ajoute-t-elle. Mais les employés pourraient devoir se tourner vers des machines distributrices fournissant des repas chauds ou des fours à micro-ondes afin de réchauffer leur plat, selon Caroline Roy. Une telle mesure est déjà en vigueur dans les hôpitaux de Val-d’Or et de Rouyn-Noranda.

Inquiétude du syndicat local

Le Syndicat interprofessionnel en soins de santé de l’Abitibi-Témiscamingue se dit « extrêmement inquiet de la situation ». « En ce moment, il manque 250 infirmières et on en a beaucoup fermé des services, dit son président, Jean-Sébastien Blais. Si on en enlève encore, comment on va être capable d’arriver ? Mon impression, c’est qu’ils [au CISSS] ne savent plus où couper. Ça fait plusieurs fois qu’on demande le plan et on n’est pas capable de l’avoir. »

Jean-Sébastien Blais croit que le gouvernement Legault « doit repousser le délai de la vaccination obligatoire » pour assurer le maintien des services dans la région. Une solution que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, rejette du revers de la main.

Dans la population, le plan de contingence du CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue, annoncé il y a trois semaines, sème du mécontentement. L’urgence de Senneterre sera fermée le soir et la nuit à partir du 18 octobre. Mardi, le maire de la municipalité a d’ailleurs tenu un point de presse en compagnie de la cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, pour dénoncer cette décision.

En entrevue, Caroline Roy a réitéré que la fermeture partielle de l’urgence était nécessaire afin de réaffecter des infirmières y travaillant vers d’« autres services critiques à risque de rupture ». « De 0 à 3 patients » ont recours à l’urgence de Senneterre le soir et la nuit, a-t-elle répété. Assurer la « sécurité de la population » demeure « la priorité », signale-t-elle.

Difficile de recruter

Le CISSS dit s’activer à « trouver des solutions » pour rehausser les services. Le plan de contingence est « temporaire », rappelle-t-il.

Le recrutement demeure néanmoins ardu. Depuis l’annonce des incitatifs financiers du gouvernement Legault pour recruter 4300 infirmières, l’établissement de santé affirme avoir contacté 472 personnes ayant pris leur retraite ou démissionné de leur poste. « On n’a aucune embauche confirmée, dit Caroline Roy. Par contre, on a 12 infirmières et infirmières auxiliaires qui ont confirmé leur intérêt. Ce sont des personnes qui, en majorité, attendent différentes réponses quant aux modalités qui vont s’appliquer avant de confirmer leur embauche. »

Selon le CISSS, 16 infirmières et infirmières auxiliaires travaillant à temps partiel « ont confirmé leur volonté d’être à temps complet pour les prochains 12 mois ». Dans la région, 70 % des infirmières détiennent déjà un poste à temps complet.

Pour regarnir ses troupes, le CISSS a recruté 16 infirmières de la France au printemps dernier — le processus d’immigration est en cours. Il compte en embaucher 80 d’autres pays au cours de la prochaine année.

D’autres initiatives ont été lancées dans la région, dont un diplôme d’études collégiales intensif en soins infirmiers. Le programme débutera en janvier 2022. « On a déjà 30 admissions, dont certaines sous conditions », souligne Caroline Roy.

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