Efficace, le passeport vaccinal?

En vigueur depuis le 1er septembre, l’imposition du passeport vaccinal oblige les Québécois à présenter un code QR pour accéder à certains lieux publics et services non essentiels.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir En vigueur depuis le 1er septembre, l’imposition du passeport vaccinal oblige les Québécois à présenter un code QR pour accéder à certains lieux publics et services non essentiels.

Efficace, le passeport vaccinal ? Plus d’un mois après son entrée en vigueur, le nombre de cas de COVID-19 est en recul, tout comme les hospitalisations dues à la maladie. Et si les experts se disent incapables de mesurer le rôle précis qu’a joué la mesure dans l’accalmie actuelle, elle semble avoir aidé à accélérer la vaccination des plus réticents et ralenti les « super-éclosions ».

Selon les plus récentes données de l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ), le nombre de cas et d’éclosions est en recul dans presque tous les milieux de travail pour la première fois depuis le début de la quatrième vague. Y compris dans le secteur hôtelier et de la restauration, où le passeport vaccinal est exigé. Depuis deux semaines, on note une baisse des cas frôlant 50 % dans le milieu de la restauration.

En vigueur depuis le 1er septembre, l’imposition du passeport vaccinal oblige les Québécois à présenter un code QR pour accéder à certains lieux publics et services non essentiels. Depuis la mi-septembre, les personnes qui s’abstiennent de présenter ce sésame sont passibles de sanctions.

Mais il demeure ardu de mesurer le rôle exact joué par le passeport vaccinal dans la courbe descendante des infections, notent plusieurs experts. « Il est trop tôt pour savoir si ces baisses sont dues au passeport, dans les lieux qui le requièrent. Dans les restaurants, par exemple, les éclosions ont surtout touché des travailleurs non vaccinés, mais peu de clients », soutient le Dr Gaston De Serres, médecin-conseil à l’INSPQ.

La baisse actuelle des infections est certainement multifactorielle, estime Roxane Borgès Da Silva, professeure et chercheuse à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. « Mais le passeport pourrait avoir aidé à minimiser les situations de superpropagation, comme celle du gym [Méga-Fitness] de Québec l’an dernier », croit-elle. Les données démontrent en effet une baisse notable de la taille des éclosions.

Chose certaine, le passeport vaccinal semble avoir servi d’incitatif à la réception d’une première dose chez plusieurs personnes hésitantes. « Il n’y a pas eu de ruée après l’annonce du passeport vaccinal. Ça a probablement été un incitatif additionnel. Encore là, il est difficile de dire quel aurait été le taux de vaccination sans cette mesure », ajoute le Dr De Serres.

Les deux applications liées au passeport vaccinal du Québec ont été téléchargées à presque 5 millions de reprises depuis leur lancement. En date du 3 octobre, 4674 contrôles avaient été effectués par le ministère de la Sécurité publique, et 53 constats avaient été remis par des corps policiers.

Hausse du taux de vaccination

Au Québec, près de 523 000 doses de vaccin contre la COVID-19 ont été injectées en septembre (soit après l’entrée en fonction des applications VaxiCode et VaxiCode Vérif), dont 64 % à des adultes de 18 à 49 ans.

Du 1er septembre au 3 octobre, la proportion de jeunes de 18 à 29 ans adéquatement vaccinés a bondi de 68 à 77 %, et celle des 30 à 49 ans, de 75 % à 80 %. Des bonds notoires ont notamment été réalisés chez les 18 à 29 ans de Montréal (de 85 % à 94 %), du Saguenay–Lac-Saint-Jean (de 74 % à 80 %) et du Nunavik (de 58 % à 65 %).

Le 31 août, le taux de jeunes adultes ayant reçu au moins une dose de vaccin était sous la barre des 75 % dans 11 régions du Québec sur 17. C’est maintenant seulement le cas dans trois régions (Estrie, Outaouais et Nord-du-Québec), et uniquement chez les 30 à 39 ans.

« C’est difficile de dire ce qui est dû au passeport vaccinal [dans la baisse actuelle des cas], car la vaccination elle-même fait baisser les infections depuis la fin août. Donc, tout bouge. Les comportements des gens ont aussi changé quand la pandémie a repris. Sans essais cliniques avec des groupes contrôle, on ne peut pas isoler l’effet du passeport vaccinal », affirme Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Selon cet expert, le plateau observé en ce moment reflète plutôt l’impact de l’amélioration du taux de vaccination, une situation à laquelle le passeport aurait contribué indirectement. « Mais c’est certain que le passeport a diminué les contacts entre personnes vaccinées et non vaccinées dans plusieurs lieux ; c’est certain que ça renforce des comportements », explique-t-il.

C’est difficile de dire ce qui est dû au passeport vaccinal [dans la baisse actuelle des cas], car la vaccination elle-même fait baisser les infections depuis la fin août. Donc, tout bouge. Les comportements des gens ont aussi changé quand la pandémie a repris.

 

L’imposition dès la rentrée du port du masque aux élèves du primaire dans plusieurs régions pourrait aussi avoir contribué au plafonnement du nombre de cas, estime Mme Borgès Da Silva.

Adoptée par plusieurs pays, dont la France — où elle a engendré son lot de protestations — , l’attestation vaccinale est d’usage trop récent pour avoir fait l’objet d’études scientifiques, précise le Dr De Serres. On sait par contre que, dans l’Hexagone, le « pass sanitaire » (qui témoigne d’une vaccination adéquate ou d’un test de dépistage négatif fait dans les 24 dernières heures) a précipité la course aux vaccins : le nombre d’injections a atteint un million de doses quotidiennes après que le président Emmanuel Macron eut étendu sa portée.

Une situation toujours imprévisible

Malgré la baisse des cas rapportés au Québec, il reste difficile de prédire quelle tangente prendra la quatrième vague ces prochaines semaines, mettent en garde les experts consultés par Le Devoir. D’autant plus que des assouplissements viennent d’être annoncés par le gouvernement Legault.

« Plusieurs moyens aident à limiter en ce moment la transmission, mais quelle part joue chacun d’entre eux ? On ne peut le dire, précise Dr De Serres. D’autres mesures, comme le port du masque ou le fait de devoir demeurer assis dans certains lieux, continuent de s’appliquer. Mais penser qu’il n’y aura bientôt pas de transmission, c’est rêver en couleur. »

« La transmission va continuer chez les enfants jusqu’à ce qu’une décision soit prise de les vacciner ou pas. Même si la COVID n’a pas de conséquences majeures sur leur santé, cela aiderait à limiter les éclosions qui, elles, ont un impact clair sur l’interruption des cours et les retards scolaires que certains enfants accumulent », pense Benoît Mâsse.

Malgré l’embellie observée, Mme Borgès Da Silva juge aussi que la prudence doit rester de mise, car l’immunité des personnes âgées vaccinées depuis bientôt six mois ira en diminuant. « Il suffirait d’un élément déclencheur comme un nouveau variant pour tout changer, donc le port obligatoire du masque et le passeport demeurent une combinaison gagnante. »

En Chaudière-Appalaches, l’épidémie demeure

La COVID-19 continue de se propager dans Chaudière-Appalaches. La région affiche l’un des pires bilans au Québec, avec Laval et Montréal.

Selon le CISSS de Chaudière-Appalaches, 356 nouveaux cas ont été détectés sur le territoire la semaine dernière, comparativement à 325 la semaine précédente. Les citoyens de moins de 19 ans et de 70 ans et plus sont les plus touchés par la maladie. D’après les autorités, 51 % des éclosions se trouvent dans des écoles et 17 % dans des résidences privées pour aînés.

Le CISSS note « une tendance à la stabilité » des hospitalisations, au nombre de 17 la semaine dernière. Il signale toutefois que mardi, dix patients étaient en cours d’hospitalisation, dont six à l’hôpital de Saint-Georges, en Beauce.

Marie-Eve Cousineau




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