Non-respect des mesures sanitaires dans un club échangiste

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a joué les trouble-fêtes samedi soir au club échangiste L’Orage : les policiers y ont mené une intervention afin de faire respecter les mesures sanitaires, mettant abruptement fin au libertinage.

Des rapports d’infraction généraux « pour divers manquements aux décrets gouvernementaux provinciaux » seront remis au directeur des poursuites pénales et criminelles (DPCP), a confirmé le corps de police au Devoir. Le SPVM n’a pas précisé la nature exacte des infractions commises.

Selon le propriétaire du club L’Orage, Jean-Paul Labaye, tous ses clients détenaient un passeport vaccinal. Mais des mesures sanitaires ont été enfreintes, reconnaît-il.

Au premier étage du club, où se trouvent les tables, le bar et la piste de danse, une partie de la clientèle était debout, ce qui est interdit par les consignes sanitaires en vigueur. « Normalement, l’information que j’avais, c’est que les gens qui sont debout doivent avoir des masques », justifie M. Labaye, qui était sur place samedi. « Mais là, finalement, quand il y a eu la visite [des policiers], on m’a dit : “Non, non, il ne doit pas y avoir personne debout.” »

Selon les règles édictées par Québec, la danse et le chant (karaoké) sont également interdits dans les bars. Or, des clients se trémoussaient samedi — « certains » sans masque, admet Jean-Paul Labaye. « J’ai toujours permis une musique qui est là, qui n’est pas au volume fait pour aller danser, mais si quelqu’un au bout du bar, quelqu’un à côté de sa table, à deux ou trois personnes veulent danser, je l’ai comme toujours autorisé, parce que dans ma tête, ça n’implique rien », se défend-il.

Lors de la visite des policiers, environ le quart de la clientèle était « en train de s’amuser » au deuxième étage, estime le propriétaire du club. Dans cette aire ouverte où des lits sont installés à six mètres les uns des autres, les couples échangistes peuvent avoir des relations sexuelles. « [Samedi, les agents du SPVM] ont dit : “Ton deuxième étage doit absolument être fermé” », rapporte M. Labaye. Le propriétaire du club a convenu avec les policiers — « qui ont été tout à fait corrects avec nous », souligne-t-il — de mettre fin à la soirée.

Jean-Paul Labaye compte fermer le deuxième étage la fin de semaine prochaine. Mais il entend aussi contester la directive. « Dans ma tête, si on peut être six à une table à se “frencher” pendant trois heures [au premier étage], est-ce qu’il y a un problème [à ce que] ces six personnes-là soient nues sur un lit [au deuxième] ? Est-ce que ça change quelque chose ? » demande-t-il.

Dans le contexte, pas grand-chose, convient Nathalie Grandvaux, spécialiste des virus respiratoires et directrice du Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du CHUM. « La transmission [de la COVID-19] se fait par des gouttelettes, et des aérosols, explique-t-elle. Il n’y a pas de contamination par des échanges de fluides corporels autres. » 

Si on peut être six à une table à se “frencher” pendant trois heures [au premier étage], est-ce qu’il y a un problème [à ce que] ces six personnes-là soient nues sur un lit [au deuxième] ? Est-ce que ça change quelque chose ?

Selon elle, c’est la « première situation » — la séance d’embrassade à six personnes — « qui est problématique ». « Ce n’est pas dans les recommandations de la Santé publique, dit Mme Grandvaux. Ce n’est pas l’attitude à laquelle on peut s’attendre dans un bar. »

Réponse de la Santé publique

Interpellée à ce sujet, la Direction régionale de santé publique de Montréal a répondu que « le commerçant a le devoir légal de faire respecter les règles de distanciation en tout temps et les consignes sanitaires dans son établissement ». « Si ces dernières ne sont pas respectées, le propriétaire s’expose à des amendes », précise-t-on dans un courriel.

La Santé publique rappelle que L’Orage est assujetti aux règles des établissements ayant un permis d’alcool : danse interdite, distance de deux mètres avec le public lors de la présentation de spectacles, etc. « À cela s’ajoutent les consignes pour les lieux intérieurs, soit le port du masque ou du couvre-visage, ainsi que la distanciation sociale entre les personnes qui n’occupent pas la même résidence », écrit-on.

Jean-Paul Labaye, de son côté, déplore le flou entourant les mesures applicables dans les clubs échangistes.

Au Club L, situé à Montréal, les clients ont accès aux lits au deuxième étage. Sur son site Internet, le restaurant lounge libertin indique qu’il a « l’approbation de la Santé publique d’opérer [le] 2e étage et de laisser [ses] membres s’amuser avec d’autres membres dans une chambre ou [un] salon pour un maximum de trois adresses ». Le Devoir a tenté de confirmer cette information auprès de la Direction régionale de santé publique, mais n’a pas eu de réponse à ce sujet.

Le président fondateur du Club L, Mateo Lapointe, s’attend à recevoir la visite de policiers lui aussi. « Je ne suis pas trop craintif », dit-il. Il assure respecter les règles sanitaires imposées par Québec aux restaurateurs (les employés portent le masque et les clients aussi, lorsqu’ils se déplacent ou vont aux toilettes).

M. Lapointe affirme avoir échangé avec la Santé publique au sujet des chambres et des salons, désignés comme des espaces de réunion. « Je leur ai dit : “C’est quoi la différence entre six personnes assises à une table et six personnes dans une salle de réunion ?” À une table, les gens peuvent se “frencher” ensemble, ça ne change pas grand-chose. Et vous n’êtes même pas capables de savoir qui est [en couple] avec qui. » 

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