69 000$ payés en trop par médecin québécois, selon une étude

La « surrémunération » des médecins québécois coûte à l’État 1,5 milliard de dollars par année, selon une nouvelle étude. Une somme qui, utilisée autrement, pourrait combler 60 % du « manque à gagner » dans le reste du budget de la santé.

« Les médecins ont gagné la bataille de l’allocation des ressources au sein du système de santé, et ça se fait au détriment des services à la population et des autres catégories d’employés », explique Anne Plourde, coautrice avec Philippe Hurteau d’une nouvelle analyse de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Pour ces chercheurs, une rémunération normale des médecins serait proportionnelle à la croissance du salaire moyen des autres travailleurs de la santé en tenant compte de la croissance du nombre de médecins.

L’excédent de 1,5 milliard de dollars qu’ils dégagent se partage entre 978 millions pour les médecins spécialistes et 491 millions pour les médecins de famille. En répartissant ces montants par personne, cela correspond à 69 000 $ en surplus par an.

Selon les données de l’IRIS, la surrémunération des médecins a atteint un sommet en 2016-2017 alors que chaque médecin spécialiste recevait en moyenne l’équivalent de 179 000 $ pour l’année en « rémunération excédentaire ».

Comme le rappellent les auteurs, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) s’était engagé en 2018 à réduire de 1 milliard de dollars par an la rémunération des médecins spécialistes.

Au terme de la négociation, ils ont plutôt conclu une entente réduisant l’enveloppe de 1,6 milliard sur quatre ans. Or, comme le révélait Le Devoir en avril, cette cible sera difficile à atteindre.

Sous-financement en santé

Par « manque à gagner », les auteurs font référence au sous-financement du réseau découlant de politiques d’austérité depuis 2009. Cette année, ce montant manquant s’élèverait à 2,5 milliards de dollars d’écart par rapport à ce que le budget aurait été si les dépenses en santé avaient crû chaque année en tenant compte l’inflation, de la démographie, de l’effet du vieillissement et d’une part d’amélioration des services offerts, expliquent-ils. Ce manque à gagner a toutefois baissé de façon significative depuis l’an dernier grâce aux réinvestissements en santé dans le dernier budget, passant de 6,2 milliards à 2,5 milliards.

Les chercheurs ont par ailleurs remarqué avec une certaine surprise que la surrémunération des médecins avait baissé de façon importante depuis deux ans. « C’est probablement sous-estimé », signale Mme Plourde. « On est obligés de se baser sur les prévisions budgétaires du gouvernement, et ces chiffres-là sont systématiquement inférieurs à ce qui est vraiment dépensé ». La COVID-19, convient-elle, a aussi pu faire diminuer la rémunération des médecins, le délestage réduisant le nombre d’actes médicaux.

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