L’intervalle de 16 semaines à la loupe

Rappelons qu’au tout début de la campagne de vaccination, devant la rareté des doses de vaccin, les autorités sanitaires du Québec avaient décidé de retarder l’administration de la seconde dose afin de pouvoir offrir une protection vaccinale à un plus grand nombre de personnes vulnérables.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Rappelons qu’au tout début de la campagne de vaccination, devant la rareté des doses de vaccin, les autorités sanitaires du Québec avaient décidé de retarder l’administration de la seconde dose afin de pouvoir offrir une protection vaccinale à un plus grand nombre de personnes vulnérables.

La Santé publique du Québec a de toute évidence gagné son pari. Un intervalle de 16 semaines entre les deux doses du vaccin contre la COVID-19 génère une excellente réponse immunitaire qui est semblable à la réponse optimale espérée. C’est ce que révèle une nouvelle étude effectuée à Montréal et mise en ligne ces derniers jours sur un site de prépublications.

Rappelons qu’au tout début de la campagne de vaccination, devant la rareté des doses de vaccin, les autorités sanitaires du Québec avaient décidé de retarder l’administration de la seconde dose afin de pouvoir offrir une protection vaccinale à un plus grand nombre de personnes vulnérables. Cette stratégie dérogeait au protocole du fabricant, selon lequel la seconde dose devait être administrée de trois à quatre semaines après la première. « En principe, on aurait dû garder des doses en réserve dans le congélateur pour les administrer trois semaines après la première dose, mais on a décidé d’allonger le délai entre les deux doses parce qu’il y avait des analyses effectuées notamment par le Dr Gaston De Serres, de l’INSPQ, qui montraient que l’efficacité du vaccin contre les formes graves était toujours présente 16 semaines après la première dose. Ces données justifiaient donc la stratégie adoptée, qui a consisté à administrer une première dose au plus grand nombre de personnes possible et à donner la seconde dose plus tard que prévu dans le protocole du fabricant. Puis, au fur et à mesure que l’arrivage des vaccins s’améliorait, on a raccourci l’intervalle entre les doses », rappelle le chercheur en immunopathologie Andrés Finzi, du Centre de recherche du CHUM.

La décision de retarder l’administration de la seconde dose avait alors été vivement critiquée. Plusieurs redoutaient que cette stratégie diminue l’efficacité du vaccin. Certains prétendaient que la deuxième dose, qui sert de rappel pour bonifier la réponse immunitaire de la première dose, n’engendrerait pas l’effet escompté si on l’administrait plus tard que ce qui était recommandé par le fabricant.

Rattraper la référence absolue

L’équipe d’Andrés Finzi s’est appliquée à mesurer la réponse immunitaire induite par les deux doses de vaccin administrées à 16 semaines d’intervalle, comme cela a été le cas au Québec au début de la campagne de vaccination. Ces chercheurs ont donc analysé le sang de personnes n’ayant jamais contracté le SRAS-CoV-2 et celui de personnes ayant été infectées préalablement, à trois moments différents : trois semaines après la première dose, 12 semaines après la première dose afin de suivre la réponse immunitaire au cours du temps à la suite d’une seule dose et, finalement, trois à quatre semaines après la seconde dose qui avait été administrée 16 semaines suivant la première.

Au cours des 16 semaines qui ont suivi leur première dose de vaccin, les personnes qui avaient été préalablement infectées ont subi une diminution à peine perceptible des anticorps IgG dirigés contre une pointe de la protéine S du virus où se trouve le domaine de liaison au récepteur (RDB), ainsi que des anticorps dirigés contre le spicule complet. La teneur de ces anticorps est demeurée très élevée, et ce, que ces personnes aient reçu une dose ou deux doses de vaccin, « ce qui va dans le sens de la recommandation du Comité sur l’immunisation du Québec disant qu’une seule dose de vaccin pourrait suffire pour les personnes ayant déjà contracté le virus », souligne M. Finzi.

En juin dernier, Andrés Finzi et des collègues californiens avaient déjà montré dans la revue Science que, chez les personnes qui avaient été infectées par le SRAS-CoV-2, la réponse immunitaire induite par une seule dose de vaccin était extraordinaire. « En matière de réponse immunitaire, ces personnes représentent la référence absolue que l’on veut atteindre », souligne le chercheur tout en martelant que cette observation « n’est surtout pas une invitation à se faire infecter dans l’espoir d’obtenir une réponse immunitaire optimale ! ».

Quant aux personnes n’ayant jamais été infectées, elles ont vu leurs anticorps augmenter rapidement à la suite de leur première dose de vaccin, puis diminuer graduellement durant les 12 semaines suivantes, et ce, jusqu’à la seconde dose de vaccin, laquelle a alors induit une importante remontée des anticorps, qui ont atteint les niveaux de la référence absolue, soit ceux des personnes ayant été infectées avant leur première dose de vaccin.

En matière de réponse immunitaire, [les personnes qui avaient été infectées par le SRAS-CoV-2 et vaccinée une fois] représentent la référence absolue que l’on veut atteindre.

 

Des avantages ?

L’efficacité du vaccin durant ces 16 semaines d’intervalle entre les deux doses de vaccin s’expliquait probablement par la très bonne réponse effectrice des anticorps, appelée cytotoxicité cellulaire dépendante des anticorps (ADCC) à la suite de la première dose, croit M. Finzi. Cette réponse ADCC permet aux anticorps générés par le vaccin d’appeler à l’aide les cellules immunitaires qui patrouillent dans le corps, comme les cellules NK (natural killer) et les macrophages, qui savent reconnaître les signaux lancés par les anticorps fixés aux cellules infectées et qui viennent leur prêter main-forte en tuant ces dernières.

Maintenant, nous cherchons à savoir si l’allongement du délai entre les doses peut donner certains avantages, notamment au niveau de la longévité de la mémoire immunitaire.

 

Somme toute, « trois semaines après la seconde dose de vaccin administrée 16 semaines après la première, la réponse immunitaire est très bonne », affirme M. Finzi. Les niveaux d’anticorps neutralisants ont rejoint ceux des personnes préalablement infectées et vaccinées (la référence absolue), et ils sont capables de neutraliser les variants Alpha, Bêta et Delta, voire cet autre coronavirus qu’est le SRAS-CoV-1. Ces anticorps ont également une très bonne fonction DCC. « Les personnes qui ont reçu leur seconde de vaccin après un très long délai peuvent donc être rassurées », dit-il.

« Nos résultats montrent que les gens qui ont été immunisés par des doses administrées dans un intervalle de 16 semaines ont une très bonne réponse immunitaire, mais cela ne veut pas nécessairement dire que les autres approches n’étaient pas bonnes, souligne-t-il. Maintenant, nous cherchons à savoir si l’allongement du délai entre les doses peut donner certains avantages, notamment au niveau de la longévité de la mémoire immunitaire et de la nécessité ou pas d’une troisième dose et, pour le savoir, nous devons faire plus d’études. »

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