Des primes aux employés de RPA privées en retard de cinq mois

L’incitatif mis en place par le gouvernement pour encourager le travail à temps plein n’a pas été versé depuis près de cinq mois dans trois résidences du groupe Excelsoins. (photo d'illustration)
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir L’incitatif mis en place par le gouvernement pour encourager le travail à temps plein n’a pas été versé depuis près de cinq mois dans trois résidences du groupe Excelsoins. (photo d'illustration)

Les employés de trois résidences pour personnes âgées du groupe Excelsoins n’ont pas reçu depuis cinq mois leur prime mensuelle de 1000 $ censée les inciter à travailler à temps plein. « J’ai besoin de cet argent, car je travaille au salaire minimum à 13,50 $ après cinq ans. Mais depuis la mi-mars 2021, plus rien, pas un cent ! » lance une employée découragée du retard dans le paiement de sa « prime escalier ».

Mise en place par le gouvernement en mai 2020, cette mesure a pour objectif d’encourager le travail à temps plein pendant la pandémie de COVID-19 et ainsi de pallier la pénurie de personnel dans les RPA et les CHSLD non conventionnés du Québec. Un incitatif qui n’a pas été versé depuis près de cinq mois dans trois résidences du groupe Excelsoins, soit le CHSLD Argyle–Les Écluses Saint-Lambert, et les résidences Bellagio et Vivalis.

On parle ici d’une prime pouvant atteindre 1000 $ pour quatre semaines de travail à temps plein, et qui n’a pas été payée depuis le mois de mai. La valeur de cette dernière a été réduite à 400 $ le 4 juillet dernier, selon les directives du gouvernement.

Les sept employés à qui Le Devoir a parlé ont tous requis l’anonymat par peur de perdre leur emploi. Tous peinent à joindre financièrement les deux bouts depuis le printemps. « J’ai vécu l’enfer. J’ai travaillé avec l’armée, six jours par semaine, fatiguée, découragée, et la seule chose de positif que j’avais, c’est la prime de 1000 $ par mois que le gouvernement donnait », lance une employée découragée qui accuse un manque à gagner de plus de 3000 $ dans son compte bancaire.

Ces retards touchent près de 300 employés, selon les chiffres fournis par la CSN et la FTQ.

Le Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES), affilié à la FTQ, a déposé en avril dernier des griefs en lien avec la situation au CHSLD Argyle–Les Écluses Saint-Lambert et la résidence Vivalis. « On représente 125 RPA et CHSLD (plus de 10 000 travailleurs), et les autres payent les primes. Le délai peut être d’un mois, mais jamais de cinq mois ! » s’exclame Sylvie Nelson, présidente du SQEES.

Des avances insuffisantes ?

Le président d’Excelsoins, Christian Archambault, a confirmé au Devoir ne pas être en mesure de verser à temps la prime escalier pour l’ensemble de ses employés, ce qui représente environ 280 000 $ par mois. « Le gouvernement a pris beaucoup de retard dans le remboursement des mesures liées à la crise sanitaire cet été, dont les primes escaliers, et les avances versées ont été considérablement réduites. Nous accusons un déficit dans le traitement des remboursements, ce qui explique l’allongement des délais, et nous voyons en septembre une certaine normalisation », a tenu à préciser M. Archambault par courriel au Devoir.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux finance les différentes mesures mises en place depuis le début de la pandémie en effectuant des avances de fonds pour éviter les délais. « Une reddition de comptes est ensuite utilisée afin de s’assurer que les sommes ont été utilisées en respect des balises », a expliqué le ministère par courriel.

Depuis le 1er avril 2021, le remboursement des dépenses des ressources intermédiaires est la responsabilité des CISSS et des CIUSSS.

Le CISSS de la Montérégie-Centre affirme ne pas avoir de retard et que « les avances versées au CHSLD Argyle sont suffisantes pour lui permettre d’assurer le paiement des primes à ses employés ». « À sa demande, le CHSLD Argyle a déjà pu obtenir des avances supplémentaires, mais aucune nouvelle demande ne nous a été adressée depuis le printemps dernier », explique Martine Lesage, conseillère-cadre aux relations médias du CISSS.

Quant à la résidence Vivalis, elle a reçu entre janvier et août 2021 un peu plus de 2,3 millions de dollars en avances pour le paiement des diverses primes, selon les informations envoyées par le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal. « Nous procédons chaque mois à des avances de fonds basées sur une estimation des dépenses que nous déterminons selon leurs redditions de comptes précédentes », a tenu à préciser l’organisation.

Le président d’Excelsoins considère cependant que l’utilisation du mot « avance » reflète mal la réalité, puisque les montants dépensés en lien avec la COVID-19 excèdent considérablement les avances versées. « Elles ne viennent que réduire le déficit accumulé et ne sont donc pas des avances sur les montants à verser aux employés, par exemple. Depuis le milieu de 2020, les retards dans le remboursement des dépenses COVID-19 à Excelsoins représentent environ quatre millions de dollars en date d’aujourd’hui, ce qui met une pression énorme sur notre trésorerie, et ce, même si nous sommes une société en bonne santé financière », indique M. Archambault.

En entrevue avec Le Devoir, le président du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), Yves Desjardins, dit d’ailleurs avoir signalé il y a deux semaines au ministère de la Santé que des membres de son organisme étaient à court de fonds.

« La façon de faire, c’est que vous dépensez, vous faites une reddition de comptes, et on vous retourne un chèque. Mais il y a des endroits où c’était rendu 120 jours de délai. Il y en a qui étaient au bout de leurs ressources financières. Certains disaient : le plafond de ma marge de crédit est atteint. Je vais devoir couper les salaires des employés », indique M. Desjardins, tout en précisant que la majorité de ses membres n’ont par contre eu aucun problème.

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