Luci, une application québécoise pour prévenir la maladie d’Alzheimer

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
Au Canada, plus de 500 000 personnes sont atteintes d’un trouble neurocognitif.
Photo: Getty Images Au Canada, plus de 500 000 personnes sont atteintes d’un trouble neurocognitif.

Ce texte fait partie du cahier spécial Bien vieillir, rester jeune

Près d’un million de Canadiens pourraient être atteints d’un trouble cognitif en 2030, selon la Société Alzheimer du Canada. Pour réduire les facteurs de risques, une start-up montréalaise et une équipe de chercheurs ont uni leurs forces pour développer une application permettant d’adopter plus durablement de saines habitudes de vie.

« Lucie avait 75 ans lorsqu’elle a commencé à être atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle perdait ses facultés, oubliait le nom des gens, changeait de comportement », se rappelle avec tristesse Marc-André Chagnon, président de la start-up Lucilab. Lucie, c’était sa grand-mère, décédée en 2014. Alors jeune adulte, il se souvient du sentiment d’impuissance de son grand-père, un homme d’action habitué à trouver des solutions aux problèmes. Ce dernier est devenu proche aidant, avant de fonder Lucilab afin de lutter contre la maladie d’Alzheimer. « Comme la maladie a affecté leur couple ! À quel point cela change la vie ! » remarque Marc-André Chagnon, qui a pris la relève de son grand-père depuis au sein de l’entreprise.

Au Canada, plus de 500 000 personnes sont atteintes d’un trouble neurocognitif, un nombre qui pourrait presque doubler au cours de la prochaine décennie, selon la Société Alzheimer du Canada. Les coûts des troubles cognitifs sont évalués à plus de 10 milliards de dollars par année au pays.

Pour lutter contre ces maladies en progression rapide au pays, l’équipe de Lucilab mise sur la prévention. Alliant santé, psychologie et technologie, son projet vise à aider les adultes de 45 à 70 ans à adopter de saines habitudes de vie dont l’effet sur la santé cognitive a été prouvé. « La plus grande innovation de ce projet, c’est que l’équipe travaille directement avec les chercheurs dans la cocréation, la conceptualisation, le contenu, les domaines qu’on priorise », observe Sylvie Belleville, présidente du comité scientifique chez Lucilab. Cette démarche, basée sur les théories du changement comportemental, pourrait-elle apporter de réels changements d’habitude ? C’est ce qu’ils croient.

Les ingrédients du changement

Combien de portions de fruits mangez-vous quotidiennement ? En ouvrant l’application Luci, il faut répondre à quelques questions, avant de planifier une première rencontre virtuelle avec un conseiller, qui joue un peu le rôle d’un coach. On peut alors établir un plan d’action avec des objectifs très précis. Pas question de commencer une toute nouvelle diète, de tenter de devenir un athlète ou de se fixer des résolutions irréalisables. « La clé, c’est de faire des petits pas sur ce que l’on peut changer. Les changements, il faut vraiment les intégrer », explique d’emblée Isabelle Lussier, directrice de la recherche chez Lucilab.

L’application est construite autour de trois axes : l’activité physique, la stimulation mentale et l’alimentation. Les objectifs que se fixent les participants peuvent aller de remplacer le beurre par l’huile d’olive à faire du vélo trois fois par semaine pour se rendre au travail. « Des rendez-vous de suivi sont réalisés, on revient sur les objectifs, les obstacles et les solutions », explique Mme Lussier, qui ajoute qu’une personne voulant faire du sport peut se trouver des activités à faire à la maison lorsqu’il neige l’hiver.

Les participants ont aussi accès à une grande bibliothèque de contenus et de fiches santé, afin qu’ils puissent s’informer sur les facteurs de risques de la maladie d’Alzheimer. « On combine plusieurs approches des théories de changement de comportement, on observe quels sont les ingrédients qui vont influer sur le comportement, on voit les méthodes les plus efficaces », ajoute la scientifique.

Une démarche scientifique

« Sur une période de huit semaines, la moitié des participants avaient atteint leur cible », expose Mme Lussier, à propos d’une première étude ayant permis de tester leur approche avec succès. Une étude pilote de six mois débutera cet automne avec des volontaires, afin de tester les changements du style de vie à plus long terme.

« C’est très excitant pour des chercheurs, parce qu’au bout du compte, on peut jouer un rôle important », observe Sylvie Belleville. « Souvent, on est au labo, mais on n’a pas nécessairement de levier pour faire bouger les choses. À long terme, ce sera très intéressant d’observer le chantier de données qui permettra de savoir ce qui marche, et ce qui fait que ça a marché », s’enthousiasme la chercheuse. « Cela permettra de préciser, d’un point de vue scientifique, l’approche en changement de comportement. »

Pour l’instant, l’application Luci est proposée gratuitement. Les adultes entre 50 et 70 ans peuvent également s’inscrire sur le portail de Lucilab pour participer à l’étude pilote. Avec un soutien financier adéquat et l’appui de l’intelligence artificielle, l’équipe espère pouvoir proposer l’application gratuitement au plus grand nombre.

À voir en vidéo