Les petits miracles de l’activité physique chez les personnes âgées

Martine Letarte
Collaboration spéciale
Avec le vieillissement de la population québécoise, l’intérêt pour maintenir le plus possible l’autonomie des personnes âgées ne risque pas de faiblir.
Jacques Nadeau Archives Le Devoir Avec le vieillissement de la population québécoise, l’intérêt pour maintenir le plus possible l’autonomie des personnes âgées ne risque pas de faiblir.

Ce texte fait partie du cahier spécial Bien vieillir, rester jeune

Prescrire des exercices simples et sécuritaires adaptés à l’état du patient réduit la durée de l’hospitalisation et le besoin de traitements en réadaptation pendant le séjour. C’est ce que révèle une étude publiée dans le Journal of the American Medical Directors Association.

Dès qu’on met des personnes âgées à l’hôpital, elles se déconditionnent physiquement parce que, par manque de personnel ou de formation, elles se retrouvent allongées dans leur lit, ou assises sur une chaise », observe Mylène Aubertin-Leheudre, professeure au Département des sciences de l’activité physique de l’Université du Québec à Montréal et chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Or, contrairement aux jeunes, une fois sorties de l’hôpital, les personnes âgées ne peuvent pas revenir au niveau où elles étaient avant leur hospitalisation lorsqu’elles se remettent à faire de l’exercice, précise-t-elle.

En discutant avec des gériatres, elle et son équipe de chercheuses ont voulu, avec ce projet de recherche-action, mettre en place un programme d’activité physique adapté à l’état du patient. Les exercices prescrits devaient aussi se faire simplement et de façon sécuritaire, dans la chambre du patient, sans qu’il ait besoin de supervision. « Nous voulions une solution qui n’ajoute pas de tâches au personnel, si ce n’est que de demander au patient s’il a fait ses exercices et de le motiver à poursuivre ses efforts », ajoute-t-elle.

Le bon programme pour chaque patient

Le programme MATCH (Maintenance of Autonomy Through exerCise in Hospital Setting), financé par les Instituts de recherche en santé du Canada et le ministère de la Santé et des Services sociaux, a ainsi vu le jour. Il fonctionne avec un code de cinq couleurs qui va du rouge au bleu, le rouge représentant la pire condition physique, le bleu, la meilleure. Chaque couleur est associée à un court programme à réaliser trois fois par jour qui peut inclure des exercices comme se lever plusieurs fois d’affilée de sa chaise et marcher.

Pour éviter les subjectivités, ce n’est pas le professionnel de la santé qui attribue le code de couleur au patient. C’est plutôt le résultat de trois tests physiques simples à réaliser qui mesurent la force, la vitesse de marche et l’équilibre. « Ainsi, on évite par exemple de tomber dans l’âgisme et de surprotéger un patient, ou encore, d’en demander trop à quelqu’un qui est très affaibli », explique Mylène Aubertin-Leheudre.

Une fois que le patient a reçu sa prescription de programme d’exercices physiques, le physiothérapeute ou le kinésiologue de l’hôpital le lui montre et par la suite, il le fait par lui-même.

L’étude réalisée auprès de 26 personnes âgées hospitalisées à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal a montré que celles qui ont réalisé le programme MATCH ont réduit leur séjour de deux jours en moyenne et ont eu besoin de moins de traitements en réadaptation pendant leur séjour. « C’est énorme comme différence, affirme la chercheuse. Avec MATCH, les coûts d’hospitalisation pourraient être réduits d’environ 3700 $ par patient. »

Étendre les études

Pour vérifier si ces résultats peuvent se réaliser à la grandeur de la province, de nouvelles études sont mises en place dans différents hôpitaux de la région métropolitaine et au Saguenay. « Nous voulons nous assurer que MATCH fonctionne dans des régions qui ont des populations très différentes, mais aussi, où les soins sont organisés différemment, indique la chercheuse. Si nos résultats sont validés par ces différentes études, notre programme pourrait être mis en place partout au Québec. »

D’autres pays montrent de l’intérêt pour cette approche. Déjà, la France a testé l’implantation de MATCH dans une unité COVID et comme l’expérience a été un succès, le programme fait maintenant partie d’un guide créé par l’European Geriatric Medecine Society pour prévenir les retombées du virus et de ses restrictions. « Nous continuons à implanter MATCH dans différentes régions de la France et nous avons été contactés par la Belgique, indique la chercheuse. Pour former à distance les gens qui veulent implanter le programme, nous avons créé un site en français et en anglais. »

Avec le vieillissement de la population, cet intérêt pour maintenir le plus possible l’autonomie des personnes âgées ne risque pas de faiblir. « Avoir des personnes âgées à l’hôpital, ça coûte cher et en les gardant immobiles, on leur crée des incapacités qui auront un impact à long terme sur leur qualité de vie, affirme Mylène Aubertin-Leheudre. Les faire bouger grâce à notre programme demande peu de ressources dans les hôpitaux et améliore grandement leur état de santé. Tout le monde y gagne. » 

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