Deux rapports du CSBE attendus en décembre

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Le CHSLD Herron, à Dorval, où 47 résidents sont décédés pendant la première vague de COVID-19
Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le CHSLD Herron, à Dorval, où 47 résidents sont décédés pendant la première vague de COVID-19

Ce texte fait partie du cahier spécial Bien vieillir, rester jeune

Après avoir dévoilé les faiblesses dans la gouvernance du système de santé dans un rapport préliminaire, le Commissaire à la santé et au bien-être (CSBE) publiera non pas un, mais bien deux rapports finaux en décembre prochain.

Le premier traitera de la question de la santé publique, et l’autre se focalisera sur celle des personnes âgées. « On pensait que la santé publique n’était pas un secteur qui avait reçu suffisamment d’attention. On a tellement d’attentes sur ce qu’on va dire au sujet des personnes âgées que personne ne va entendre ce qu’on dit sur la santé publique », explique la commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay.

À cela s’ajouteront aussi plusieurs études effectuées par des chercheurs universitaires. Ainsi, des résultats seront publiés au sujet de la gestion des ressources humaines, de la mortalité, et également des coûts comparatifs de la prise en charge des aînés dans les établissements privés et publics.

Des décisions différentes

Le premier rapport préliminaire publié plus tôt ce mois-ci avait souligné l’absence d’une stratégie globale et le manque d’information quant aux soins et services donnés aux aînés. « Sans information, tu ne peux pas prendre de bonnes décisions. Et les décisions auraient été différentes » si de telles données avaient été disponibles, résume la commissaire.

L’accès à ce genre de données aurait-il permis de sauver des vies, durant la première vague ? Sans vouloir se prononcer, Mme Castonguay croit néanmoins que la situation au Québec « aurait probablement eu moins de conséquences, mais c’est très difficile à dire, après coup », suppose-t-elle.

Le rapport final du CSBE sur les soins aux aînés contiendra aussi plus de renseignements sur la mortalité dans les CHSLD et ses causes. « En général, ce qu’on observait, c’était dans les secteurs les plus populeux qu’il y avait le plus de transmission », décrit Mme Castonguay. « Mais si on avait eu de meilleures données, on aurait probablement tenu compte davantage de ces informations-là, mais c’est seulement une question qu’on peut soulever », dit-elle.

Sans information, tu ne peux pas prendre de bonnes décisions. Et les décisions [quant aux soins et services donnés aux aînés] auraient été différentes [si de telles données avaient été disponibles]

 

Même si la granularité des données était déjà présente avant la crise sanitaire, elle a été exacerbée par la réforme de la santé pilotée par l’ancien ministre libéral, Gaétan Barrette, selon la commissaire. « Toutes les données sont cumulées dans une seule région, et on n’a plus d’information [pour un] hôpital ou [une] installation. Ça a aggravé le problème », explique-t-elle.

Et c’est ce manque de données qui aurait compliqué la prise de décision.« Celle-ci est très difficile, puisqu’elle n’est pas basée sur des informations solides. »

La commissaire cite également l’absence de processus de contrôle de la qualité intégré. « Il n’y a personne qui a une vue d’ensemble sur la qualité de tout le réseau. » Le rapport final reviendra d’ailleurs en détail sur les failles que possèdent les mécanismes de contrôle, notamment sur l’hétérogénéité de l’attention portée à la qualité chez les hauts dirigeants des établissements.

Par exemple, si un centre de soins a mis sur pied une politique de lavage des mains, on ne s’assure pas nécessairement qu’elle est bien suivie, relève la commissaire. « C’est comme si on disait que les élèves québécois sont forts en mathématiques parce qu’ils ont tous suivi leur cours », sans vérifier s’ils l’ont réussi, illustre-t-elle. « Alors, en ne demandant pas de comptes au niveau de la gouvernance, on ne le sait pas. »

S’attarder aux failles du système de santé

En publiant délibérément le rapport préliminaire en septembre plutôt qu’en juin, au moment où il était prêt, la commissaire désirait ainsi le mettre sous les projecteurs. « On s’est dit qu’on allait se faire reprocher d’avoir essayé de le sortir en catimini. Alors on a décidé d’attendre la rentrée pour qu’il reçoive l’attention qu’il méritait », note Mme Castonguay.

Cette dernière souligne aussi que des solutions ont déjà été proposées plusieurs fois par des experts et que de meilleurs soins ne passent pas simplement par un meilleur financement.« Il s’agit de donner l’attention nécessaire et de réorganiser en fonction des besoins », précise-t-elle.

En raison de la lourde tâche qu’avait le CSBE, Mme Castonguay estime que cela « faisait quasiment le tour du système au complet ». « Ça fait tellement longtemps que les enjeux perdurent que, pour bien approfondir chacune des questions, ça demande une analyse sérieuse », observe la commissaire. « On essaie de répondre au mandat en décembre, mais on n’arrêtera pas là. » 

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