CHSLD Herron: l’appel pour plus d’employés est arrivé trop tard

C’est comme si, ce n’est l’affaire de personne, s’est insurgée la coroner Géhane Kamel.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir

C’est comme si, ce n’est l’affaire de personne, s’est insurgée la coroner Géhane Kamel.

On aurait peut-être pu éviter beaucoup de décès au CHSLD Herron si la demande d’embaucher des « employés terrain », en plus des cadres du CIUSSS, avait été adressée plus tôt aux ressources humaines du CIUSSS.

C’est ce qu’a affirmé lundi Alexandre Mercier, qui travaillait aux ressources humaines du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, lors de la première vague de la COVID-19 au CHSLD privé Herron de Dorval.

Au départ, lorsqu’il est arrivé en renfort au CHSLD Herron, le 29 mars 2020, le CIUSSS n’y a dépêché que des cadres — bien que certains aient parfois effectué le travail de préposés et que certains avaient une formation d’infirmière.

Toutefois, ce n’est que le 5 avril que la demande a été faite à M. Mercier de contacter des employés terrain pour venir travailler à la résidence Herron, c’est-à-dire des infirmières, des préposés et des infirmières auxiliaires.

Questionné par le coroner assesseur, le docteur Jacques Ramsay, à savoir s’il y avait un « empêchement syndical » ou autre à dépêcher du personnel terrain à Herron, en plus des cadres, M. Mercier a été catégorique : « non ».

Pourquoi ne pas lui avoir demandé de contacter des employés terrain avant le 5 avril ? lui a demandé le docteur Ramsay. « Je pense qu’il y avait des choses à clarifier, à savoir c’était quoi notre rôle, nos responsabilités, peut-être », a avancé le témoin.

Et si la demande vous avait été faite avant le 5 avril ? lui a demandé le docteur Ramsay. « On aurait peut-être évité beaucoup de décès », a répondu M. Mercier.

Manque de personnel

Le témoin a expliqué que le CHSLD, qui hébergeait 137 résidants, aurait dû, selon les ratios, avoir une liste d’employés de 140 travailleurs pour combler tous les quarts de travail, plus une liste de rappel, portant le tout à environ 150 personnes.

Or, la liste d’employés de Herron qui lui a été remise, le 5 avril, ne comptait que 70 ou 80 employés.

M. Mercier a rapporté que le CIUSSS a dépêché au total 300 employés durant trois semaines. Il a déployé tous les moyens possibles pour trouver des employés, a-t-il relaté.

Et ce n’est qu’à partir de juin, a-t-il affirmé, qu’« on a commencé à reprendre une certaine forme de contrôle » et à avoir du personnel plus fixe, avec un horaire stable à Herron.

Car même s’il avait trouvé des volontaires avant, plusieurs voulaient partir après y avoir fait un seul quart de travail. Certains sont même tombés en arrêt de travail après, a-t-il rapporté. « On pouvait comprendre », a-t-il affirmé.

Interrogé par la coroner Géhane Kamel qui l’invitait à comparer la situation de Herron avec l’un des huit CHSLD sur le territoire du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, M. Mercier a répondu : « c’est 10, 15, 20 fois pire que dans les autres centres d’hébergement qu’on avait dans notre CIUSSS ».

« Au niveau des soins, je ne savais pas que c’était possible d’atteindre ce niveau-là », a-t-il laissé tomber.

Quant au personnel fourni par une agence de placement qui était là avant que le CIUSSS arrive en renfort, il en garde de mauvais souvenirs. Certains ne parlaient ni anglais ni français.

Il a raconté qu’un dénommé Ricardo s’est même enfui lorsqu’on lui a demandé ses papiers. Le lendemain, il s’était même présenté avec une demande d’asile. Puis il s’est présenté une troisième fois sous un autre nom.

Le témoin a aussi relaté le cas d’employés d’agence sans formation, qui se présentaient à Herron et au moins un qui allait dormir, pendant son quart de travail, dans la chambre de résidants qui étaient décédés.



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