Fermeture et diminution de services de santé en Abitibi-Témiscamingue

Des réductions de services sont entre autres prévues à l’hôpital de La Sarre. Le nombre de lits de soins intensifs et d’hospitalisation de courte durée sera réduit de moitié. Les services ambulatoires, quant à eux, seront maintenus «au minimum», indique le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Des réductions de services sont entre autres prévues à l’hôpital de La Sarre. Le nombre de lits de soins intensifs et d’hospitalisation de courte durée sera réduit de moitié. Les services ambulatoires, quant à eux, seront maintenus «au minimum», indique le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue.

Aux prises avec une pénurie de personnel sans précédent, le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue procède à la suspension temporaire et à la diminution de plusieurs services sur son territoire. Certaines de ces mesures demeureront en vigueur pendant « plus de quatre mois », selon la p.-d.g. de l’organisation, Caroline Roy.

Le plan de contingence du CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue, présenté en point de presse vendredi matin, est costaud. Une panoplie de mesures est prévue ; elles seront mises en place au cours des prochains jours et semaines.

La pénurie de personnel ne cesse de s’aggraver dans la région, malgré le recours aux agences de placement privées.

« Pour rendre l’entièreté des services », c’est maintenant « 240 infirmières [supplémentaires] qui seraient requises », a expliqué Mme Roy en conférence de presse. « C’est un chiffre qui évolue, qui croît de mois en mois. »

À Senneterre, l’urgence sera ouverte de 8 à 12 heures par jour, mais pas la nuit. Les quatre lits d’hospitalisation seront fermés.

Le service d’obstétrique de l’hôpital de Ville-Marie, déjà fermé temporairement depuis le 29 avril, le restera au moins jusqu’au 19 novembre.

Des réductions de services sont aussi prévues à l’hôpital de La Sarre. Le nombre de lits de soins intensifs et d’hospitalisation de courte durée sera réduit de moitié. Les services ambulatoires, quant à eux, seront maintenus « au minimum », indique le CISSS. En santé mentale, cinq lits sont maintenant ouverts plutôt que huit.

Dans plusieurs secteurs, les infirmières travaillant au sein des cliniques externes spécialisées et des groupes de médecine familiale (GMF) seront en effectif réduit. Moins de soins à domicile seront donnés. De plus, des infirmières retraitées effectueront des prélèvements sanguins en milieu rural.

Plusieurs blocs opératoires tourneront au ralenti. « À [l’hôpital de] Rouyn-Noranda, là, la capacité est plus réduite, indique Caroline Roy. On va être à une salle de fonctionnement qui permet de faire toutes les chirurgies urgentes, semi-urgentes, d’avoir un service de garde qui garantit la sécurité à la population, de faire quelques chirurgies électives, mais pas autant que la production à 100 % l’aurait permis. » L’hôpital de Val-d’Or fonctionnera à 70 % ou 75 % de sa capacité, ajoute-t-elle. À l’hôpital d’Amos, deux ou trois salles d’opération sur quatre seront ouvertes.

Le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue dit néanmoins « se positionner relativement bien au Québec » quant à la reprise des chirurgies. « Actuellement, on est à 87 % de la production chirurgicale en moyenne dans les derniers mois », affirme Caroline Roy.

Pour combien de temps ?

La p.-d.g. du CISSS se dit incapable de fournir la date exacte de reprise des activités normales. Certaines mesures, admet-elle, seront appliquées pendant « plus de quatre mois ».

« Le manque est tellement important, c’est pour ça qu’il fallait planifier, dit Mme Roy. Moi, je ne voulais pas être obligée, la semaine prochaine, de vous annoncer qu’on est en rupture de l’urgence de Val-d’Or, la semaine d’après, qu’on est en rupture d’obstétrique à La Sarre, en ne sachant pas quand on pourrait rouvrir. »

Le Dr Jean-Yves Boutet, chef du Département régional de médecine générale de l’Abitibi-Témiscamingue, assure que des mesures seront levées dès que du personnel sera disponible. « Ce qui nous a beaucoup inquiétés, c’est qu’il y a beaucoup de [réseaux locaux de services] qui sont touchés par ces restrictions, a-t-il souligné en point de presse. On essaie de maintenir le minimum requis, et il est clair que dès qu’on peut avoir plus d’infirmières, on va corriger le tir. »

À Senneterre, des citoyens réclament déjà la réouverture de l’urgence. Une manifestation a eu lieu tôt vendredi matin à la sortie de la municipalité, en direction de Val-d’Or. C’est dans cette ville voisine que les patients de Senneterre devront se rendre en cas d’urgence durant la nuit.

« Fermer une urgence la nuit de 8 h le soir à 8 h le matin dans un si grand territoire qu’est Senneterre — on est la troisième municipalité en fait de superficie au Québec —, c’est de mettre de la pression inutile sur d’autres services d’urgence, que ce soient les pompiers, les policiers, les ambulanciers », déplore Mindie Fournier, qui a participé à la manifestation. Val-d’Or est situé à plus de 45 minutes de route, souligne la citoyenne de Senneterre. « C’est long. C’est même une question de vie ou de mort pour plusieurs personnes en situation d’urgence. »

Le Syndicat interprofessionnel en soins de santé de l’Abitibi-Témiscamingue craint que ces mesures temporaires ne deviennent permanentes. Il revendique un statut spécial pour l’Abitibi-Témiscamingue, comme c’est le cas pour l’Outaouais.

« On veut faire reconnaître [le statut de] notre région, qui a des besoins très grands de main-d’œuvre, dit son président, Jean-Sébastien Blais. Ça prend des mesures spéciales et particulières pour la région. Oui, ça va mal au Québec, mais ça va encore plus mal en Abitibi-Témiscamingue ! »

Selon Jean-Sébastien Blais, ce plan de contingence est un « gros coup » pour le personnel qui a travaillé dur pour maintenir les services ouverts. « En ce moment, environ 25 % à 30 % des heures [effectuées par les employés] sont faites en temps supplémentaire, et 1 %, en temps supplémentaire obligatoire », signale-t-il. Une situation intenable à long terme. « Est-ce que ces gens-là auraient pu continuer encore bien longtemps à faire autant d’heures supplémentaires ? Poser la question, c’est y répondre. »

On essaie de maintenir le minimum requis, et il est clair que dès qu’on peut avoir plus d’infirmières, on va corriger le tir

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