Doit-on vacciner les jeunes enfants contre la COVID-19?

Est-il sage d’immuniser les enfants contre la COVID-19 ? Plusieurs parents s’interrogent sur la pertinence de vacciner les moins de 12 ans, qui souffrent moins de la maladie. D’autres encore s’inquiètent des effets secondaires que pourraient provoquer les nouveaux vaccins à ARN messager chez leurs bambins. Parmi les experts, par contre, il y a peu d’hésitation : vacciner les petits sera assurément bénéfique, tant pour les enfants eux-mêmes que pour l’ensemble de la société.

Pfizer et Moderna, les deux fabricants de vaccins à ARNm contre la COVID-19, effectuent actuellement des essais cliniques sur l’efficacité et l’innocuité de leur vaccin chez les enfants âgés de six mois à 11 ans. Ils n’ont pas encore rendu publiques ces données.

Pfizer devrait soumettre ses données sur les effets de sa formule chez les enfants d’âge scolaire (de 5 à 11 ans) à la Food and Drug Administration (FDA) américaine au début d’octobre, puis celles portant sur les tout-petits (de six mois à 4 ans) la semaine suivante. Sur la chaîne ABC, le Dr Anthony Fauci, responsable de la santé publique aux États-Unis, affirmait d’ailleurs ces derniers jours que « la FDA devrait [en principe] autoriser l’administration d’une première dose chez les enfants en âge de fréquenter l’école primaire à la mi-octobre ».

Cela dit, est-il vraiment nécessaire de vacciner les jeunes enfants, qui souffrent généralement peu d’une infection au SRAS-CoV-2 ? se demandent certains parents. « Il est vrai que le risque de complications chez les tout-petits est moindre que chez les adultes et les adolescents, mais il n’est pas absent », affirme le Dr Gaston De Serres, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Aux États-Unis, plusieurs hôpitaux pédiatriques sont actuellement submergés par les cas de COVID-19, note-t-il également.

« À travers le Canada, on a vu des enfants gravement malades en raison d’une COVID-19 aiguë, et certains qui étaient transférés aux soins intensifs. Ces cas sont peu fréquents, mais leur nombre n’est pas négligeable », ajoute de son côté le Dr Jesse Papenburg, spécialiste en microbiologie et en infectiologie pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

Ce dernier souligne aussi le risque posé par le syndrome inflammatoire multisystémique postinfectieux, qui peut se déclarer quelques semaines après une infection banale et « affecter plusieurs organes de façon fulminante ». « Il s’agit d’un syndrome inflammatoire où les enfants deviennent très malades, très rapidement. Un tiers de ces enfants sont transférés aux soins intensifs. Heureusement, ils répondent très bien aux agents anti-inflammatoires, mais il reste qu’un séjour aux soins intensifs, ce n’est pas banal », détaille-t-il.

« Si le vaccin s’avère inoffensif, il sera pertinent de l’administrer pour prévenir ces infections sévères. La vaccination protégera les enfants eux-mêmes, mais permettra aussi le retour en toute sécurité des activités qui sont si importantes pour le développement et la santé mentale des enfants », souligne le Dr Papenburg.

« Protéger contre la maladie, même si celle-ci n’est pas très grave, c’est quand même avantageux : l’infection perturbe l’enfant et toute sa famille. De plus, le vaccin permettrait de réduire la transmission aux autres membres de la famille, voire aux autres personnes [que l’enfant côtoie] », fait valoir le Dr De Serres, qui évoque aussi le risque de COVID-19 longue durée.

« On voit depuis la rentrée scolaire comment la COVID-19 continue d’être un casse-tête dans les écoles [primaires] et les garderies. Celles-ci seraient beaucoup moins perturbées si les jeunes enfants étaient vaccinés », ajoute-t-il.

Beaucoup de précautions

Le Dr Papenburg fait remarquer que, lorsque la FDA et Santé Canada approuveront les vaccins pour les jeunes enfants, cela fera presque un an qu’on administre ces mêmes vaccins à des adultes. « Cette expérience d’un an ajoute une couche supplémentaire de données sur leur innocuité », dit-il, avant de préciser les raisons pour lesquelles ces vaccins tardent à être utilisés chez les jeunes enfants.

« Premièrement, on a dû mener des études pour déterminer quelle serait la plus petite dose qui induirait une aussi bonne réaction immunitaire chez les jeunes enfants que chez les adultes. Il a ainsi été démontré qu’environ la moitié de la dose adulte du vaccin de Pfizer suffisait pour susciter les mêmes types d’anticorps et la même immunité cellulaire que ce qu’on obtient chez les adultes. Cela s’explique par la plus petite masse corporelle des jeunes enfants, mais surtout par leur réaction immunitaire généralement plus vigoureuse », explique-t-il, tout en faisant remarquer qu’« en minimisant la dose, on réduit ainsi les risques d’effets secondaires ».

« Deuxièmement, la FDA a demandé aux fabricants de recruter deux fois plus de participants pour leurs études cliniques chez les jeunes enfants que pour celles chez les adolescents, afin d’ajouter une autre couche de données », ajoute-t-il.

« Troisièmement, vu qu’il s’agissait d’une nouvelle technologie vaccinale, on a prolongé la durée du suivi. Elle est de six mois, au lieu de deux mois pour les adultes et les adolescents […], et ce, malgré le fait qu’en vaccinologie, les effets secondaires se manifestent toujours au cours des deux premiers mois qui suivent l’administration », signale-t-il.

Le Dr De Serres rappelle que, bien que quelques adolescents et jeunes adultes aient développé une myocardite après avoir reçu un vaccin à ARN messager, les jeunes enfants sont normalement très peu touchés par cette pathologie — qui peut d’ailleurs être facilement guérie à l’aide d’un médicament anti-inflammatoire.

Une fois que le vaccin sera autorisé et distribué au Canada, « un programme de surveillance mené par la Société canadienne de pédiatrie et l’Agence de la santé publique du Canada sera déployé dans les salles d’urgence et les hôpitaux pédiatriques afin de pouvoir dépister les possibles effets secondaires plus rares qui n’auraient pas été détectés dans les études initiales », ajoute aussi le Dr Papenburg afin de rassurer les parents.

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