Il faut bonifier les conditions de travail des infirmières, plaide un rapport

Québec doit améliorer les conditions de travail des infirmières en adoptant une série de normes à travers la province, demandent les deux commissaires.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Québec doit améliorer les conditions de travail des infirmières en adoptant une série de normes à travers la province, demandent les deux commissaires.

L’argent ne réglera pas tous les maux que vivent les infirmières au quotidien. Il y a « urgence d’agir » pour améliorer leurs conditions de travail et valoriser leurs compétences, plaident les deux commissaires ayant dévoilé jeudi un rapport au terme d’états généraux sur la profession.

« De tout ce qu’on a entendu, il n’a jamais été question d’argent de la part des infirmières ou des personnes qui ont déposé des mémoires et des avis, commente Robert Salois, l’un des deux commissaires, en conférence de presse. Il faut bien lire le rapport pour savoir ce qui dérange et ce qui empêche les infirmières d’accomplir tous les actes qu’elles sont supposées [faire]. »

Sa collègue Francine Ducharme abonde dans le même sens. Les infirmières ne vont pas vers le système privé nécessairement pour des questions monétaires, nuance celle qui est aussi professeure honoraire à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal. Les conditions de travail, notamment les horaires, entrent en ligne de compte. « C’est évident que si on n’a pas de valorisation au travail, on n’a pas le goût de rester dans le système public. »

La publication du rapport survient à un moment où le manque d’infirmières dans le réseau public et le mal-être au travail que plusieurs disent ressentir rattrapent le gouvernement de François Legault. Le premier ministre a dit « travailler jour et nuit » pour trouver des solutions. Il a ouvert la porte à une augmentation de la rémunération des infirmières pour attirer celles qui se sont tournées vers le secteur privé.

M. Salois a précisé que le rapport des commissaires, qui compte 31 recommandations, se penche sur des enjeux à long terme. « Ça ne va pas en contradiction avec des actions importantes qui ont besoin d’être prises aujourd’hui à court terme », ajoute l’ancien Commissaire à la santé et au bien-être au gouvernement du Québec.

Les infirmières « souffrent », prévient-il. Le rapport de 104 pages, qui représente l’aboutissement d’un exercice de six mois et de la consultation de 106 avis et mémoires, leur donne la parole. « C’est une façon d’expliquer aux gestionnaires du système de santé, mais aussi à la population, qu’est-ce que les infirmières ont vécu depuis un bon bout de temps par rapport à leur valorisation. »

Amélioration des conditions de travail

Québec doit améliorer les conditions de travail des infirmières en adoptant une série de normes à travers la province, demandent les deux commissaires.

« Nous croyons qu’il est essentiel que les établissements de santé démontrent une volonté réelle de mettre un terme aux dysfonctionnements organisationnels et d’instaurer des conditions favorables à la valorisation et à l’utilisation des compétences des infirmières et des infirmiers », peut-on lire dans le rapport.

Parmi les mesures proposées, on demande de stabiliser les équipes de soins en évitant « autant que possible » le recours aux agences de placement. Il est suggéré d’établir un nombre d’heures maximales de travail pouvant être effectué par jour et par semaine.

Il faudrait également mieux planifier la composition des équipes selon les besoins de différents types de clientèle. On suggère également l’instauration d’un ratio infirmier-patient « permettant d’offrir les soins appropriés, au bon moment, à la bonne personne ».

Une formation universitaire obligatoire

Une autre recommandation phare est de faire du baccalauréat le seul diplôme donnant accès à un permis d’exercice de la profession au Québec d’ici cinq ans.

Le parcours DEC-Baccalauréat serait une autre avenue pour obtenir le permis d’exercice, mais il nécessiterait tout de même une formation universitaire. Les commissaires recommandent des mesures transitoires pour les étudiants qui suivent actuellement la formation au collégial ainsi que pour les quelque 32 000 infirmières et infirmiers (43 % de la profession) qui détiennent un DEC.

Il n’y a pas lieu de craindre que l’obligation d’une formation universitaire nuise à l’attraction d’étudiants, croit M. Salois. Il note que les inscriptions aux programmes universitaires ont augmenté de 45 % en Alberta et de 60 % en Colombie-Britannique quand les deux provinces de l’Ouest ont augmenté leurs critères de formation.

Derrière la recommandation de suivre une formation universitaire se trouve le principe plus large d’une reconnaissance des compétences des infirmières. La Loi prévoit 17 des activités qui leur sont réservées. « L’exercice a clairement démontré que les compétences et les savoirs des infirmières et infirmiers ne sont pas utilisés à leur plein potentiel », déplore Mme Ducharme.

« Concrètement, cela signifie que ceux-ci continuent d’effectuer des soins de nature procédurale qui pourraient être accomplis par d’autres membres de l’équipe de soins. C’est alors tout le sens donné à leur travail qui s’en trouve affecté », poursuit-elle.

Une pénurie mise en doute

Malgré la pénurie dans les hôpitaux, le nombre d’infirmières et d’infirmiers en exercice est en hausse, selon le rapport des commissaires. Elles sont 74 467 en 2020-2021, contre 69 776 en 2015-2016. « Objectivement, il y a lieu de croire que nous ne manquons pas d’infirmières et d’infirmiers, mais plutôt de soins infirmiers », écrivent les commissaires dans leur rapport.

L’enjeu se trouverait donc du côté de l’organisation du travail, toujours selon les commissaires. « Si les infirmières et infirmiers faisaient réellement ce qu’ils sont autorisés à faire et délaissaient les actes pouvant être faits par d’autres, le problème de la pénurie pourrait se résorber. »

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